Sa jumelle tuée le 7 octobre son université exige une expertise psychiatrique

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Université Ben-Gourion : un frère endeuillé du 7 octobre sommé de prouver son traumatisme
7 octobre : la mère de Libi Cohen Maguri accuse l'université Ben-Gourion d'oublier les familles endeuillées

Sa jumelle tuée au festival Nova le 7 octobre, l'université Ben-Gourion exige de Tomer une expertise psychiatrique

Par Claudine Douillet

L'université Ben-Gourion du Néguev met fin aux aménagements d'examen accordés à Tomer Cohen Maguri, dont la sœur jumelle Libi a été assassinée le 7 octobre 2023. Pour les conserver, l'étudiant doit désormais produire une évaluation psychiatrique. Sa mère dénonce une exigence humiliante.

Trois ans après le massacre, la question ne devrait même pas se poser. Pourtant, Tomer Cohen Maguri, étudiant à l'université Ben-Gourion de Beer-Sheva, vient d'apprendre que les dispositions dont il bénéficiait en tant que frère endeuillé arrivent à leur terme. Selon le message qui lui a été adressé, rapporte le quotidien Israel Hayom, il ne pourra continuer à profiter notamment d'un temps supplémentaire aux examens qu'à une condition : présenter une évaluation psychiatrique attestant de son état mental.

Libi, 22 ans, assassinée en fuyant le festival Nova

Libi Cohen Maguri avait 22 ans. Née en 2001 à Tel-Aviv avec son jumeau Tomer, inséparables depuis l'enfance, elle avait servi dans Tsahal comme officière d'infanterie avant de partir sept mois en Amérique du Sud. Elle était rentrée en Israël juste avant Rosh Hachana, avec un billet en poche pour le festival Nova, près du kibboutz Réïm.

Le matin du 7 octobre, lorsque les sirènes ont retenti, elle a appelé sa mère, Shelly Meshel Yogev. Faute d'abri, elle est montée dans sa voiture avec son amie Adi Meisel pour tenter de regagner Tel-Aviv. Comme des centaines d'autres festivaliers, elle s'est retrouvée bloquée dans un embouteillage transformé en piège mortel par les terroristes du Hamas. Touchée par balles, elle est restée en ligne avec sa famille pendant de longues minutes, consciente qu'elle allait mourir. Tomer a entendu les derniers mots de sa sœur et les tirs qui ont mis fin à sa vie.

Des aménagements qui prennent fin au bout de trois ans

Après le 7 octobre, l'université Ben-Gourion, comme d'autres établissements d'enseignement supérieur en Israël, avait mis en place des aménagements pour les étudiants ayant perdu un frère ou une sœur dans le massacre, dont un temps additionnel aux examens. Trois ans plus tard, ces étudiants ont reçu une notification annonçant la fin du dispositif. Ceux qui estiment avoir encore besoin d'aide doivent fournir une évaluation psychiatrique et déposer une demande qui sera examinée par les instances compétentes de l'université.

Pour la famille Cohen Maguri, ce changement de règle revient à exiger d'un jeune homme brisé qu'il prouve sa souffrance sur ordonnance.

La colère d'une mère : « Mon fils ne vous apportera pas de certificat »

Shelly Meshel Yogev a réagi dans un message public d'une rare dureté. Elle y résume la décision de l'université en des termes amers : selon elle, l'institution signifie aux familles que le temps du traumatisme est révolu et que celui de la compréhension l'est aussi.

Elle décrit un fils qui, depuis le meurtre de sa jumelle, peine à se concentrer, souffre de troubles du sommeil et vit avec des pensées incessantes tournées vers Libi. Elle demande si quelqu'un peut sérieusement douter de son traumatisme et de sa peur. Elle refuse catégoriquement que Tomer se présente devant un psychiatre pour obtenir un document le classant parmi les malades psychiques. « Mon fils ne vous apportera pas de certificat de malade psychique », écrit-elle en substance, rappelant qu'il reste un excellent étudiant qui réussit malgré tout ce qu'il a traversé, et dont la famille est fière.

En conclusion, elle interpelle directement la direction de l'université : a-t-elle décidé qu'il était temps d'oublier, temps de retirer la compassion et la sensibilité dues à un jumeau qui a entendu sa sœur quitter le monde ? Elle qualifie la décision de choquante, blessante et insultante.

Une mère qui refuse que Libi soit effacée

Ce n'est pas la première fois que Shelly Meshel Yogev se dresse face aux institutions. Depuis trois ans, elle consacre sa vie à la mémoire de sa fille. Sa famille a notamment ouvert une clinique portant le nom de Libi, destinée à accompagner les femmes ayant vécu des traumatismes. En septembre 2026, elle avait interpellé publiquement l'ancien chef du renseignement militaire, Aharon Haliva, croisé par hasard près de chez elle, lui reprochant de n'être jamais venu voir la famille en trois ans.

Une question qui dépasse le cas de Tomer

Au-delà de cette famille, l'affaire pose une question qui concerne des centaines de jeunes Israéliens. Le deuil d'un frère ou d'une sœur assassiné le 7 octobre ne s'arrête pas à une date administrative. Exiger un diagnostic psychiatrique pour maintenir une aide pédagogique revient à transformer la douleur en pathologie, et à faire peser sur les endeuillés la charge de la preuve.

L'université Ben-Gourion, située au cœur du Néguev, à quelques dizaines de kilomètres des localités frappées par le massacre, compte parmi les établissements les plus directement touchés par le 7 octobre. C'est précisément ce qui rend sa décision difficile à comprendre pour les familles.

Sollicitée, l'université n'avait pas encore réagi au moment de la publication de l'article par Israel Hayom.

Source : Israel Hayom, 3 novembre 2026

Sources :
Israel Hayom
Kan

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