Ben Gvir veut réécrire le code éthique de Tsahal : « Celui qui vient pour te tuer, lève-toi tôt et tue-le en premier »

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Ben Gvir veut réécrire le code éthique de Tsahal : « Celui qui vient pour te tuer, lève-toi tôt et tue-le le premier »

Itamar Ben Gvir veut remplacer la « pureté des armes » par la « justesse des armes » dans le code éthique de Tsahal s'il obtient la Défense.

Par Claudine Douillet I 16 octobre

Itamar Ben Gvir réécrira « l'Esprit de Tsahal » s'il obtient le ministère de la Défense. Le chef d'Otzma Yehudit a présenté un projet de code éthique qui remplace la « pureté des armes » par la « justesse des armes », fait de la victoire la mission première de l'armée et efface toute référence aux valeurs morales universelles.

Un projet de campagne à l'approche des législatives

Le ministre de la Sécurité nationale ne cache plus son ambition. À quelques jours des élections législatives israéliennes prévues ce mois-ci, Itamar Ben Gvir revendique le portefeuille de la Défense et vient de dévoiler, selon le Jerusalem Post, la refonte du code éthique de Tsahal qu'il mènerait s'il obtenait ce poste. Le texte s'inscrit dans un programme plus large consacré au ministère de la Défense, avec un objectif affiché : renforcer l'identité juive de l'armée et replacer la victoire au centre de sa doctrine.

Le message de campagne est assumé. À Tel Aviv, des affiches électorales d'Otzma Yehudit proclament que si Ben Gvir avait été ministre de la Défense, le 7 octobre n'aurait pas eu lieu. Ce projet de code éthique en est la traduction doctrinale.

Ce que dit aujourd'hui « l'Esprit de Tsahal »

Le code éthique de l'armée israélienne, connu sous le nom de « Rouah Tsahal », a été adopté au milieu des années 1990. Il repose sur un ensemble de valeurs fondamentales qui encadrent le comportement du soldat, au combat comme en dehors. Parmi elles figure la « pureté des armes », un principe hérité de la Haganah dans les années 1930 : le soldat n'emploie son arme que pour accomplir sa mission, uniquement dans la mesure nécessaire, et préserve son humanité même au cœur des combats. Le texte actuel interdit explicitement de s'en prendre aux non-combattants et aux prisonniers, et se réfère à la fois à la tradition juive, aux valeurs démocratiques et aux valeurs morales universelles.

De la « pureté » à la « justesse » des armes

C'est ce pilier que Ben Gvir veut remplacer. Son projet substitue à la « pureté des armes » la notion de « justesse des armes » et érige en principe moral fondamental la maxime talmudique « Celui qui vient pour te tuer, lève-toi tôt et tue-le le premier ». Frapper le premier un agresseur deviendrait ainsi une règle de conduite inscrite noir sur blanc dans la doctrine de l'armée.

Dans le même mouvement, le texte supprime l'obligation de limiter l'usage de la force au strict nécessaire. Il retire aussi les clauses qui protègent explicitement les non-combattants et les prisonniers de guerre. Toutes les références aux valeurs morales universelles présentes dans la version actuelle disparaîtraient.

Une armée « juive et étatique »

Le projet redéfinit la mission même de Tsahal. Son but premier serait de remporter la victoire et de vaincre de manière décisive les ennemis de l'État d'Israël et du peuple juif, tout en assurant la sécurité du pays, de ses citoyens et de ses résidents. Le service militaire y serait fondé sur l'amour du peuple juif et de la patrie, et sur l'engagement envers Israël, présenté comme l'État juif et le foyer national démocratique du peuple juif.

Les sources de valeurs de l'armée seraient elles aussi recentrées. Le texte puiserait davantage dans la Bible, l'éthique juive, la halakha et les traditions du peuple juif. Tsahal y serait définie comme l'armée du peuple, une armée juive et étatique, soumise à l'autorité de la loi et du gouvernement, dont les soldats placent la mission et la sécurité de l'État au-dessus de toute autre considération.

Un principe survit à la refonte : la dignité humaine. Le projet maintient que chaque personne possède une valeur intrinsèque, quels que soient son origine, sa religion, sa nationalité, son sexe ou son statut.

Les questions que soulève le texte

Les partisans de Ben Gvir y verront une réponse au traumatisme du 7 octobre et à un sentiment répandu dans une partie de l'opinion : celui d'une armée trop entravée par ses propres règles face à des ennemis qui n'en respectent aucune. Le slogan « frapper le premier » parle directement à cet électorat.

Le texte comporte pourtant des contradictions qui ne manqueront pas d'être relevées. Il conserve la dignité de toute personne, mais retire la protection explicite de ceux qui ne combattent pas. Surtout, la suppression de ces clauses ne délierait pas Israël de ses obligations : le droit international humanitaire et les conventions de Genève, qu'Israël a ratifiées, continueraient de s'appliquer à chaque soldat, quel que soit le contenu du code interne.

Le calendrier pose une autre question. Israël fait face depuis deux ans à des procédures devant la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale, où ses détracteurs s'acharnent à présenter Tsahal comme une armée sans limites. Le code éthique actuel constitue l'un des arguments que l'État oppose à ces accusations. Le vider de ses protections les plus explicites reviendrait à fournir des munitions à ceux qui attaquent l'armée israélienne de mauvaise foi.

Enfin, « l'Esprit de Tsahal » est un document de l'état-major. Sa réécriture supposerait l'adhésion du commandement militaire, qui a toujours défendu ce texte comme un élément central de la cohésion et de la légitimité de l'armée.

Un portefeuille encore hypothétique

Rien ne garantit que ce projet verra le jour. Pour l'appliquer, Itamar Ben Gvir devra d'abord obtenir un score suffisant aux législatives, puis arracher le ministère de la Défense dans les négociations de coalition qui suivront. Mais en dévoilant ce texte, il fixe un enjeu clair de la campagne : la doctrine morale de l'armée israélienne est désormais un sujet électoral.

Sources : The Jerusalem Post

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