7 octobre : Amit Mann « Ils sont dans la clinique, je ne crois pas que je vais m'en sortir »

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7 octobre« Ils sont dans la clinique, je ne crois pas que je vais m'en sortir »

Par Claudine Douillet

« Ils sont dans la clinique, je ne crois pas que je vais m'en sortir » : les derniers appels d'Amit Mann révélés

Trois ans après la mort d'Amit Mann, secouriste de 22 ans tuée à Be'eri en soignant les blessés, des enregistrements inédits de ses appels à l'aide ont été diffusés. Sa sœur réclame désormais que l'État remette à chaque famille tous les documents existants sur ses morts du 7 octobre.

Sept appels, la famille n'en connaissait que quatre

Les enregistrements ont été diffusés mardi par la chaîne 12. Leur découverte est due au hasard. Plus tôt cette année, Haviva Mann Izikson, la sœur d'Amit, a contacté le Magen David Adom pour connaître l'heure exacte des appels passés par sa sœur le 7 octobre, afin de compléter une présentation consacrée à sa mémoire. Le service d'urgence lui a transmis la trace de sept appels. La famille n'en connaissait que quatre.

« Dites-moi juste que vous êtes là »

Les appels retracent les heures d'Amit Mann dans le dispensaire dentaire de Be'eri, pendant que les terroristes du Hamas envahissent le kibboutz. Dans l'un d'eux, elle tente d'expliquer à une opératrice de police ce qui se passe : des blessés, des morts autour d'elle, des tirs qui ne cessent pas. Elle demande si l'armée ou la police sont arrivées. Quand on lui répond que les secours sont en route et qu'elle doit rester à l'intérieur, elle fond en larmes : « Dites-moi juste que vous êtes là. »

À 10 h 41, après sept appels au Magen David Adom, elle passe son dernier appel enregistré à la police : « Des terroristes se sont infiltrés à Be'eri ! Il nous faut d'urgence une ambulance ou la police. Venez vite au dispensaire dentaire. »

Quelques heures plus tard, elle envoie à ses sœurs un dernier message : « Ils sont là, dans la clinique. Je ne crois pas que je vais m'en sortir. Je vous aime. »

Soigner jusqu'au bout

Ce que sa sœur retient avant tout, c'est qu'entre deux appels désespérés, Amit se reprenait pour retourner auprès des blessés. Elle leur parlait, leur demandait des nouvelles de leur famille, leur apportait de l'eau, glissait des casques sous leur tête et couvrait ceux qui grelottaient après avoir perdu beaucoup de sang. « Elle les maintient en vie jusqu'à ses derniers instants, et elle reste fidèle à elle-même jusqu'à son dernier souffle », dit Haviva Mann Izikson. Ce qu'elle a vécu, ajoute-t-elle, était « encore pire que ce que nous pensions ».

Vingt minutes rendues à une veuve

Parmi les blessés soignés par Amit figurait Gil Buyum, 55 ans, membre de l'équipe de sécurité du kibboutz. Dans un appel, elle le signale blessé, dans un autre, elle annonce sa mort. Grâce à ces deux enregistrements, sa veuve, Ayelet, a pu situer son décès dans une fenêtre de vingt minutes. Leur fils Inbar, 22 ans, a lui aussi été tué ce matin-là en défendant Be'eri.

« Ces documents appartiennent aux familles »

Haviva Mann Izikson demande la création d'un organisme central qui rassemblerait tous les documents du 7 octobre, enregistrements des secours et de la police, images de caméras de surveillance, les classerait par victime et contacterait chaque famille pour lui proposer de les recevoir. « Ce matériel appartient aux familles. C'est à elles de décider ce qu'elles en font. »

Une loi votée en juillet crée une Autorité de la mémoire du 7 octobre, dotée d'archives centralisées, qui doit entrer en vigueur en janvier. Rien n'indique pour l'instant qu'elle associera les documents à chaque victime ni qu'elle préviendra les familles.

La proposition divise. Merav Israeli-Amarant, cofondatrice de la Commission civile sur les crimes du Hamas du 7 octobre, la juge « profondément importante » : aucune famille ne devrait découvrir par hasard, des années plus tard, l'existence d'enregistrements de ses proches. Maya Gan-Zvi, qui dirige l'archive du 7 octobre de la Bibliothèque nationale d'Israël, met en garde : certaines familles veulent tout savoir, d'autres pas encore, et un contact non sollicité pourrait « rouvrir des plaies ». Elle préconise que les familles s'inscrivent elles-mêmes pour être contactées.

Le corps d'Amit Mann avait mis deux jours et demi à être identifié. « Trois ans après, nous ne connaissons toujours pas toute la vérité », dit sa sœur. « Chaque document de ce type apporte un peu plus de lumière. »

Sources : The Jerusalem Post, JTA, chaîne 12

 

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