7 octobre : Aryeh Amidror chef du renseignement de la division Gaza se dit « bouc émissaire » de Tsahal

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7 octobre : Aryeh Amidror chef du renseignement de la division Gaza se dit « bouc émissaire » de Tsahal

Officier de renseignement de la division Gaza le 7 octobre, Aryeh Amidror est écarté de Tsahal. La Cour suprême rejette son recours : il se dit bouc émissaire.

Le lieutenant-colonel Aryeh Amidror, officier de renseignement de la division Gaza le 7 octobre 2023, est écarté de Tsahal et privé de ses droits. La Cour suprême a rejeté son recours. Dans des documents judiciaires désormais publics, il accuse l'armée d'avoir fait de lui le seul responsable d'un échec collectif.

Par Claudine Douillet I Le 6 octobre 2026

Un nom enfin révélé, un dossier explosif

Pendant près de trois ans, il n'était qu'une fonction : le « kaman » de la division Gaza, l'officier chargé du renseignement face au Hamas. Depuis la semaine dernière, il a un nom. La Haute Cour de justice israélienne a autorisé, à la demande du quotidien Yedioth Aharonoth et de son site Ynet, la publication de l'identité du lieutenant-colonel Aryeh Amidror.
Dans la foulée, les pièces de la procédure ont été rendues publiques : sa requête administrative, les réponses de l'État et la transcription de l'audience du 22 juin.

Ces documents racontent la bataille d'un officier qui refuse de porter seul le poids du pire échec de l'histoire du renseignement israélien. Et ils lèvent un coin du voile sur ce que Tsahal lui reproche concrètement.

« Le seul commandant qui paie un prix réel »

Le cœur de sa défense tient en une phrase. Aryeh Amidror affirme être « le seul commandant de Tsahal qui paie un prix réel, sous la forme de la perte de ses droits, pour les défaillances de l'armée et de l'État » dans le domaine du renseignement et de l'alerte avant le massacre du 7 octobre 2023.

Il qualifie la décision de mettre fin à son service permanent d'« arbitraire, discriminatoire et sélective ». Selon lui, des officiers bien plus gradés, généraux de division ou de brigade, ont quitté l'armée en conservant l'intégralité de leurs droits sociaux et de leur pension. Sa requête cite nommément l'ancien chef du commandement Sud Yaron Finkelman, l'ancien chef du renseignement militaire Aharon Haliva et l'ancien commandant de la division Gaza Avi Rosenfeld. Des extraits de ce document ont été diffusés mardi matin sur X par Doron Kadosh, correspondant militaire de la radio de l'armée Galei Tsahal.

L'affaire du « Mur de Jéricho »

Ce que Tsahal reproche à Amidror est lourd. Avant l'attaque, il aurait écarté le scénario d'invasion décrit dans le plan du Hamas connu sous le nom de « Mur de Jéricho », allant jusqu'à le qualifier de « scénario totalement imaginaire ».
Et ce malgré les alertes répétées de V., une sous-officière de l'unité 8200, le service d'écoute et de renseignement électronique de l'armée. Cette semaine, V. a reçu un certificat de reconnaissance du chef d'état-major pour son courage intellectuel et son professionnalisme.

L'État cite notamment un échange de courriels intitulé « La mort dans le kibboutz à tout prix », ainsi que l'analyse d'un document décrivant l'entraînement de la Nukhba, la force d'élite du Hamas qui a mené l'assaut. Pour l'armée, il s'agit d'une « erreur professionnelle et éthique significative ».

Sa version : « Il y a beaucoup d'or à extraire ici »

Amidror conteste cette lecture. Il affirme que c'est lui qui, à son arrivée à la tête du renseignement de la division, a constaté que la collecte sur les capacités opérationnelles du Hamas avait été négligée. C'est lui, dit-il, qui a ordonné à l'unité 8200 d'analyser les exercices du mouvement terroriste. V. aurait réalisé ce travail sur ses instructions.

Selon sa défense, le courriel retenu contre lui n'était qu'une discussion préliminaire, antérieure à la diffusion de l'analyse complète. À première vue, explique-t-il, l'exercice contenait des éléments que tout le renseignement militaire jugeait alors irréalistes. Il dit avoir ensuite cherché à distinguer ce que le Hamas pouvait réellement exécuter de ce qui relevait de la mise en scène destinée à motiver ses combattants.

Il produit des messages omis, selon lui, de l'évaluation retenue contre lui. Dans l'un, il écrit qu'il semble y avoir « beaucoup d'or à extraire ici ». Dans un autre, il précise que son but n'était « pas de rabaisser mais d'élever » l'analyse. Il affirme aussi avoir commandé l'étude d'autres exercices du Hamas pour remettre en cause les hypothèses de la division et du renseignement militaire.

« Une sorte d'élimination ciblée »

À l'audience du 22 juin, ses avocats ont dénoncé une procédure à charge. Ils réclamaient l'accès à l'ensemble des pièces sur lesquelles s'était appuyé le chef d'état-major adjoint, le général Tamir Yadai, auteur de l'évaluation professionnelle à l'origine de son éviction. « Nous avons le sentiment qu'il y a ici une sorte d'élimination ciblée », a lancé l'un d'eux, soulignant qu'aucune des quatre enquêtes menées n'avait abouti à une conclusion personnelle contre son client.

La défense contestait aussi la compétence du général Yadai. « Le chef d'état-major adjoint n'est pas son commandant. Il ne connaît pas le requérant et ne connaît pas le renseignement », ont plaidé ses représentants, estimant que seul le chef du renseignement militaire pouvait l'évaluer.

La réponse de l'État : des fautes « très concrètes »

L'État a balayé ces arguments. Il rappelle qu'il s'agit d'une procédure administrative, non pénale, et que le requérant ne peut exiger l'accès à toutes les enquêtes internes sur le 7 octobre. L'évaluation, selon le parquet, contient des griefs « très concrets » portant sur une série d'erreurs professionnelles, dans les mois précédant l'attaque comme durant la nuit du 6 au 7 octobre.

Pour l'État, le comportement d'Amidror est resté « nettement en deçà de ce qui est attendu » d'un officier de renseignement, tenu de remettre en question les hypothèses dominantes et de donner une place centrale aux avis contraires. L'armée lui impute également sa responsabilité de commandement dans l'absence d'alerte de la part du renseignement de la division.

Quant à l'accusation de traitement discriminatoire, l'État répond que le dossier a été examiné à plusieurs échelons, jusqu'au chef d'état-major, et rappelle que l'actuel chef du renseignement militaire, le général Shlomi Binder, a lui-même reçu un blâme de commandement à l'issue d'une autre enquête.

Une éviction actée, une question qui demeure

La chronologie est implacable. Tsahal a annoncé le 23 novembre 2025 le retrait d'Amidror de son poste. La procédure de fin de service permanent a été formellement lancée le 14 février 2026. La Cour suprême a rejeté sa requête et laissé l'armée aller au bout du processus. Le mois dernier, Tsahal a décidé de mettre fin à son service.

Reste la question que pose, au-delà de son cas personnel, la défense d'Aryeh Amidror. Trois ans après le massacre, un officier de rang intermédiaire perd sa carrière et ses droits, tandis que plusieurs généraux sont partis avec leur pension intacte. Que l'on juge ses fautes établies ou non, ce déséquilibre nourrit en Israël un débat qui ne s'éteindra pas avec ce jugement : celui de la responsabilité au sommet, que seule une commission d'enquête d'État pourrait trancher.

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