Qatar : Doha lance un mécanisme pour surveiller Israël sur le mont du Temple

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Qatar : Doha lance un mécanisme pour surveiller Israël sur le mont du Temple

Par Claudine Douillet pour Alliance magazine le 27 septembre 2026

Le Qatar annonce un mécanisme pour documenter la présence juive sur le mont du Temple et saisir l'ONU, après les montées record de Yom Kippour à Jérusalem.

Le Qatar veut documenter chaque présence juive sur le mont du Temple et la porter devant les instances internationales. À New York, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, Doha a affirmé que l'esplanade était un lieu de culte exclusivement musulman, effaçant d'un trait le site le plus sacré du judaïsme.

Doha passe à l'offensive à New York

L'appel a été lancé par le ministre d'État qatari aux Affaires étrangères, Mohammed bin Abdulaziz Al Khulaifi, lors d'une réunion ministérielle conjointe de la Ligue arabe et de l'Organisation de la coopération islamique tenue en marge de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies, samedi 26 septembre. Le message est clair : Doha réclame une action diplomatique et médiatique coordonnée contre Israël à Jérusalem.

Le diplomate qatari a rejeté les mesures unilatérales visant selon lui à imposer une nouvelle réalité à Jérusalem et dans ses lieux saints, les qualifiant de nulles et non avenues au regard du droit international. Il a surtout affirmé que la mosquée Al-Aqsa est un lieu de culte exclusivement réservé aux musulmans, tout en réaffirmant le soutien du Qatar à la tutelle hachémite sur les lieux saints islamiques et chrétiens de Jérusalem.

Un outil de surveillance et de propagande

Le cœur de l'annonce tient en un dispositif. Ce mécanisme comprend une plateforme médiatique chargée de surveiller, documenter et dénoncer ce que Doha qualifie de violations israéliennes contre les lieux saints et les fidèles, puis de les présenter aux organisations internationales et à l'opinion publique mondiale.

Le projet n'est pas encore opérationnel. Le Qatar dit attendre la poursuite de la coordination avec les secrétariats généraux de la Ligue arabe et de l'OCI pour activer ce mécanisme, en définir les procédures et les sources de financement, et lancer une campagne diplomatique et médiatique destinée à mobiliser la pression internationale. En clair, il s'agit d'une machine de communication financée par des États pour alimenter les dossiers contre Israël devant les instances onusiennes.

L'idée ne sort pas de nulle part. Dès le mois d'août, des ministres arabes et musulmans des Affaires étrangères s'étaient entendus pour lancer un mécanisme opérationnel commun de documentation à Jérusalem, en brandissant le risque d'un conflit religieux aux répercussions mondiales. La Malaisie a déjà rallié l'initiative : son chef de la diplomatie soutient un mécanisme destiné à signaler les agissements d'Israël à Jérusalem et à lui en faire rendre compte.

Yom Kippour, le prétexte chiffré

L'offensive qatarie s'appuie sur des chiffres publiés par l'Autorité palestinienne. Selon le gouvernorat palestinien de Jérusalem, 1 678 Israéliens sont entrés sur l'esplanade les 20 et 21 septembre, 992 le premier jour et 686 le second, soit le niveau le plus élevé jamais relevé par ce gouvernorat pour Yom Kippour. L'agence WAFA qualifie ces visites de « prise d'assaut ».

Les sources israéliennes décrivent une tout autre scène. Selon Arutz 7, le mont du Temple a ouvert à 6 h 30 le jour de Kippour, la yeshiva du mont du Temple a distribué des livres de prières approuvés par la police, et plus de 200 personnes ont prié ensemble pendant environ quatre heures. Au total, 654 montées juives ont été enregistrées ce jour-là. Des fidèles en prière, pas des émeutiers.

La tendance de fond est réelle. Le nombre de visiteurs juifs sur le mont du Temple a nettement augmenté sur l'année écoulée, malgré 134 jours de fermeture aux juifs pour raisons de sécurité, fêtes musulmanes et Shabbat, avec près de 69 000 montées au total.

Le statu quo, un arrangement qui évolue

Sur le fond, la situation a bougé. Selon le statu quo en vigueur depuis 1967, l'esplanade est un lieu saint et de prière musulman, que les non-musulmans peuvent visiter. Depuis janvier, la police a autorisé pour la première fois les fidèles juifs à monter avec des feuillets de prière imprimés distribués par des étudiants de la yeshiva du mont du Temple.

Itamar Ben Gvir revendique ce changement. Le ministre de la Sécurité nationale est monté sur le mont du Temple la veille de Yom Kippour et a participé à la prière de Minha avec le rabbin Elisha Wolfson, à la tête de la yeshiva du mont du Temple. De son côté, Benyamin Netanyahou assume : il a déclaré que les changements menés par Ben Gvir ne modifient pas le statu quo, qu'ils sont coordonnés avec lui et que c'est lui qui décide de la politique.

Jérusalem, lieu saint des juifs avant tout

La formule qatarie d'un lieu « exclusivement musulman » est au cœur du problème. Le mont du Temple est le site le plus sacré du judaïsme, vénéré comme l'emplacement des deux Temples de l'Antiquité. Nier cette réalité revient à réclamer la liberté de culte pour les uns en l'interdisant aux autres.

Jérusalem avait déjà répondu à ce discours en août. Le ministère israélien des Affaires étrangères avait jugé la déclaration arabe fondée sur de fausses accusations et des distorsions historiques, estimant particulièrement cynique d'accuser Israël de violer la liberté de culte tout en déclarant l'ensemble du mont du Temple réservé aux seuls musulmans. Israël avait ajouté que Jérusalem n'a jamais été aussi ouverte et accessible aux fidèles de toutes les religions que sous souveraineté israélienne.

Le Qatar, médiateur et accusateur

Reste la question qui fâche : la position de Doha. Le Qatar héberge depuis des années la direction politique du Hamas et se présente en médiateur incontournable entre Israël et l'organisation terroriste. Ce n'est pas la première fois qu'il utilise le mont du Temple comme levier. En 2024 déjà, le Qatar avait qualifié les prières juives sur le site d'attaque contre des millions de musulmans et averti que cela pourrait nuire aux négociations de cessez-le-feu.

Le même jour à New York, le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Fahmy, a appelé la communauté internationale à dépasser la condamnation et à prendre des mesures concrètes contre Israël. La coordination est assumée : Doha fournit l'outil, la Ligue arabe et l'OCI la tribune.

Ce qui se joue maintenant

Le mécanisme n'a ni budget ni procédures définies. Mais le signal est lancé : chaque montée juive sur le mont du Temple sera désormais recensée, qualifiée de violation et versée aux dossiers internationaux. Pour Israël, l'enjeu dépasse la gestion d'un lieu saint. Il s'agit de défendre, à l'ONU comme sur le terrain, le droit des juifs à se rendre sur le lieu le plus sacré de leur histoire.

Sources : WAFA (26 septembre 2026), The Peninsula, Gulf Times, Arutz 7 (Israel National News), Haaretz, The Times of Israel, Malay Mail, Daily News Egypt.

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