Houdini, Okito, Ben Ali Libi : Amsterdam célèbre les magiciens juifs, de l'âge d'or à Sobibor

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Houdini, Okito, Ben Ali Libi : Amsterdam célèbre les magiciens juifs, de l'âge d'or à Sobibor

 

Les illusionnistes juifs ont façonné l'âge d'or de la magie avant que le nazisme ne les chasse des scènes et ne les assassine. Depuis le 25 septembre 2026, le Musée juif d'Amsterdam leur consacre « Abracadabra, les secrets de Houdini à Hans Klok », une exposition visible jusqu'au 29 mars 2027, l'année du centenaire de la mort de Harry Houdini.

Le Musée juif d'Amsterdam consacre l'exposition Abracadabra aux magiciens juifs, de Houdini à Ben Ali Libi, assassiné à Sobibor. Jusqu'au 29 mars 2027.

Abracadabra : à Amsterdam, le Musée juif raconte l'histoire des magiciens juifs, de l'âge d'or à la Shoah

Par Claudine Douillet  Le 26 Septembre 2026

Harry Houdini, Horace Goldin, Okito : derrière les plus grands noms de l'illusion se cache une histoire juive méconnue. Le Musée juif d'Amsterdam, rattaché au Quartier culturel juif de la ville, la présente au public depuis le 25 septembre 2026 avec « Abracadabra », une exposition qui mêle histoire, secrets de fabrication des tours et expériences à vivre en famille, jusqu'au 29 mars 2027.

Du champ de foire aux grands théâtres

Les prestidigitateurs existent depuis toujours, mais autour de 1900, leur métier change de dimension. Les magiciens quittent les marchés et les fêtes foraines pour investir les grandes salles de spectacle. Leurs numéros deviennent des productions spectaculaires, leurs noms s'affichent en lettres géantes sur les façades. C'est l'ouverture de ce que les historiens appellent le « Golden Age of Magic », l'âge d'or de l'illusion, porté par les innovations techniques de l'époque.

La scène, une porte ouverte aux Juifs

Selon le musée, les illusionnistes juifs ont joué un rôle clé dans l'essor de cet art. L'explication tient à l'époque : alors que les Juifs restent exclus de nombreuses professions en Europe, le monde du spectacle leur offre une voie d'ascension. Sur scène, ni l'origine ni la religion ne comptent, seul le talent fait la différence.

Houdini, le fils du rabbin devenu roi de l'évasion

Figure centrale de l'exposition, Harry Houdini est né Erik Weisz en 1874 à Budapest, fils du rabbin Mayer Samuel Weisz. Émigré enfant aux États-Unis avec sa famille, il devient le plus célèbre artiste de l'évasion de l'histoire, capable de se libérer de camisoles de force, de menottes et de cuves remplies d'eau. Il meurt le 31 octobre 1926 à Detroit. Le musée marque ce centenaire le 31 octobre 2026 par un après-midi consacré à Houdini, suivi de la projection du film « Houdini » de 1953, avec Tony Curtis dans le rôle-titre.

Horace Goldin et la femme sciée en deux

Autre pionnier mis à l'honneur, Horace Goldin, né Hyman Elias Goldstein en 1873 dans la région de Vilnius. Installé aux États-Unis, il popularise au début des années 1920 l'un des tours les plus célèbres du répertoire : la femme sciée en deux. Il fait breveter son dispositif pour empêcher ses concurrents de le copier. Un siècle plus tard, l'illusion reste un classique des scènes du monde entier.

Les Herrmann, une dynastie de la scène

L'exposition présente aussi Alexander Herrmann, surnommé « Herrmann le Grand », l'un des magiciens les plus populaires de la fin du XIXe siècle, issu d'une famille d'illusionnistes. À ses côtés figure son épouse Adelaide Herrmann, qui reprend le spectacle après sa mort en 1896 et poursuit une longue carrière sous le titre de « reine de la magie », un parcours rare pour une femme à l'époque.

Okito, six générations de magiciens néerlandais

Le volet néerlandais de l'exposition est consacré à la famille Bamberg, dynastie juive d'Amsterdam active dans la magie pendant six générations. Son représentant le plus célèbre, Theodore Bamberg, se produit dans le monde entier sous le nom d'Okito, un personnage inspiré de l'Orient. Il reste connu des spécialistes pour ses inventions, dont la « boîte d'Okito », toujours utilisée par les magiciens d'aujourd'hui. Pour le musée, la famille Bamberg incarne à elle seule l'âge d'or du métier.

Sous l'occupation nazie, la scène devient un piège

La scène, qui avait offert aux Juifs une voie d'émancipation, se referme brutalement sous l'occupation allemande des Pays-Bas. En mai 1941, tous les orchestres sont « aryanisés » et les musiciens juifs doivent partir.
À partir de juin 1941, les Juifs ne peuvent plus se produire que devant un public juif, au Hollandsche Schouwburg d'Amsterdam, rebaptisé Joodsche Schouwburg, le « Théâtre juif ».
Le 15 septembre 1941, ils sont exclus de la vie publique et culturelle, et interdits de théâtres, de salles de concert, de cafés et de restaurants.
Fin juillet 1942, Ferdinand aus der Fünten, directeur de l'Office central pour l'émigration juive à Amsterdam, ordonne l'arrêt des représentations. Le théâtre devient un lieu de rassemblement avant déportation.
Selon le Comité national néerlandais du 4 et 5 mai, entre 60 000 et 80 000 personnes y sont envoyées vers les camps de concentration et d'extermination. Le bâtiment, devenu mémorial, fait aujourd'hui partie du même Quartier culturel juif que le Musée juif.

Ben Ali Libi, le magicien voisin d'Anne Frank

Parmi les artistes engloutis par la Shoah figure le Professeur Ben Ali Libi, de son vrai nom Michel Velleman, né à Groningen le 5 janvier 1895.
Installé à Amsterdam au début du XXe siècle, il se produit comme « magicien humoristique » dans tout le pays, des kermesses de village aux fêtes de la Saint-Nicolas.
Au début de la guerre, il joue encore devant des travailleurs forcés juifs dans des camps de travail néerlandais. Il habite alors Merwedeplein, à quelques portes de la famille Frank. Selon la chaîne publique néerlandaise NTR, il est arrêté avec sa femme lors d'une rafle allemande à Amsterdam le 20 juin 1943, puis envoyé via le camp de Westerbork à Sobibor, où il est assassiné le 2 juillet 1943. Il fait partie des 34 000 Juifs néerlandais tués dans ce camp. Longtemps oublié, son nom a été sauvé par un poème de Willem Wilmink, puis par un documentaire de Dirk Jan Roeleven en 2015, un mémorial inauguré à Groningen en 2017 et une biographie de l'historien Ben Hummel en 2018.

Le 14 octobre, le Musée juif proposera aux enfants d'apprendre ses tours, une façon de faire vivre sa mémoire par ce qu'il savait faire de mieux : émerveiller.

Hans Klok guide les visiteurs dans les coulisses

Disparaître, s'évader, léviter, affronter des illusions dangereuses : l'exposition lève le voile sur les secrets de fabrication des grands tours. Les visiteurs peuvent aussi passer à la pratique, en « sciant » un parent ou en faisant disparaître un frère ou une sœur. Ils sont accompagnés dans cet apprentissage par Hans Klok, l'illusionniste le plus connu des Pays-Bas, qui a notamment fait carrière à Las Vegas. Le parcours s'adresse aux enfants comme aux adultes.

Un programme autour de l'exposition

Plusieurs rendez-vous accompagnent « Abracadabra ». Outre l'atelier Ben Ali Libi et un atelier de pâtisserie pour enfants le 14 octobre, et l'après-midi Houdini du 31 octobre, un spectacle intitulé « In de Illusie » sera présenté le 17 décembre. L'exposition a été réalisée avec le soutien de plusieurs fondations culturelles et juives néerlandaises.

Informations pratiques

L'exposition « Abracadabra, les secrets de Houdini à Hans Klok » est présentée au Musée juif d'Amsterdam (Joods Museum) du 25 septembre 2026 au 29 mars 2027. Le billet d'entrée coûte 20 euros, le billet famille 44 euros. Réservation sur le site du Quartier culturel juif d'Amsterdam, jck.nl. Pour toutes les informations cliquez-ici

 

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