NAZA : Tsahal visionne enfin le documentaire à Bologne et prépare sa riposte

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NAZA : Tsahal visionne enfin le documentaire à Bologne et prépare sa riposte

NAZA de Yuval Abraham : l'armée israélienne dissèque le film et dénonce des témoignages invérifiables
Tsahal a visionné NAZA à Bologne et rédigé un rapport interne. L'armée conteste les accusations de frappes par IA à Gaza et dénonce des témoignages anonymes.

Tsahal a visionné NAZA pour la première fois. Un représentant de l'armée israélienne a assisté à une projection en Italie et rédigé un rapport interne sur le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor, primé à Venise, qui accuse Israël d'avoir tué des civils à Gaza au moyen de l'intelligence artificielle. L'armée oppose sept étapes de contrôle à des témoignages anonymes qu'elle juge invérifiables.

NAZA : Tsahal visionne enfin le documentaire à Bologne et prépare sa riposte

NAZA : Tsahal visionne enfin le documentaire à Bologne et prépare sa riposte

 

Un officier de Tsahal dans une salle de cinéma à Bologne

Un représentant de l'armée israélienne a visionné pour la première fois le documentaire controversé de production israélienne « NAZA » et a rédigé un rapport interne résumant ses allégations, a rapporté jeudi la chaîne N12.
Jusqu'ici, l'armée ne s'était prononcée que sur la base des bandes-annonces. Le déplacement n'était pas un choix : le représentant militaire a visionné le film à Bologne, en Italie, après que ses créateurs eurent refusé les demandes de projection formulées par l'armée israélienne.

Le rapport classe les accusations du film par thèmes : la destruction massive et l'incendie de maisons, la mort de civils sur les sites de distribution alimentaire, et enfin les comparaisons avec le nazisme destinées à étayer l'accusation de génocide. Tsahal examine actuellement ces allégations et déterminera comment y répondre, selon la chaîne N12.

Ce que raconte le documentaire NAZA

Le film dure 80 minutes. Ses auteurs, Yuval Abraham et Rachel Szor, sont deux des quatre réalisateurs du documentaire oscarisé No Other Land. Le titre provient d'un acronyme militaire israélien tiré de l'expression hébraïque « nezek agavi », qui signifie dommages collatéraux.

Le documentaire repose sur les témoignages anonymes de 24 soldats présentés comme membres du renseignement militaire. Il s'appuie sur leurs descriptions d'un système assisté par intelligence artificielle qui identifierait des cibles à partir de données collectées sur des milliers de téléphones piratés. Selon le film, deux sources ont affirmé à Abraham que durant les premières semaines des combats, des frappes contre des combattants de rang subalterne pouvaient être autorisées avec un bilan civil anticipé allant jusqu'à 15 ou 20 personnes.

Présenté à la Mostra, le film a remporté un prix spécial du jury au Festival du film de Venise, où il a été ovationné pendant 25 minutes. Il devrait sortir en salles dans 56 pays la semaine prochaine et sera diffusé gratuitement en ligne en novembre. Yuval Abraham indique avoir pris cette décision avec sa coréalisatrice et le quotidien britannique The Guardian.

Tsahal oppose sept étapes de contrôle

Face au film, l'armée israélienne développe un argument central : les témoins n'ont vu qu'un maillon de la chaîne. Un responsable militaire interrogé par i24NEWS explique que le ciblage suit un processus en sept étapes et que les personnes interrogées servaient toutes à la première, sans accès aux suivantes.

Le circuit décrit est le suivant. Des analystes croisent d'abord diverses sources de renseignement, puis un officier de renseignement distinct vérifie le matériel et décide de le désigner ou non pour une frappe.

Des militaires non issus du renseignement choisissent ensuite les munitions, le moment et l'effet recherché, avant que des conseillers juridiques indépendants n'évaluent la légalité du plan, imposent des conditions ou le renvoient. Les commandants opérationnels mettent ensuite en balance le préjudice civil attendu et l'avantage militaire, puis approuvent, restreignent ou rejettent la frappe. Viennent enfin une vérification en temps réel, susceptible d'annuler l'opération, et une évaluation après la frappe confiée à une unité distincte.

Conséquence directe, selon ce responsable : un analyste peut avoir retenu une estimation élevée de victimes civiles et supposer que la frappe a eu lieu sur cette base, alors que les étapes suivantes peuvent réduire nettement ce chiffre, en resserrant la cible, en changeant d'arme ou d'horaire, ou en intégrant les données d'évacuation après avertissement.

Sur les accusations précises, l'armée est catégorique. Aucune frappe causant 500 victimes civiles n'a jamais été planifiée, approuvée ou exécutée, selon ce responsable, qui conteste aussi l'existence d'un quota de victimes attribué aux commandants selon leur rang.
Le témoin aurait confondu un seuil d'autorisation, qui impose l'aval d'un échelon supérieur, avec une permission de tuer un nombre donné de civils. Quant à l'intelligence artificielle, elle ne sert ni à produire des listes de cibles ni à approuver des frappes, et aucune frappe n'a été menée par algorithme.

Des témoignages impossibles à vérifier

Dès la sortie du film, le porte-parolat de Tsahal avait pointé la fragilité des sources. L'armée soulignait que le film reposait sur des témoignages anonymes de personnes dont l'identité et le rôle militaire ne pouvaient être vérifiés. Elle relevait aussi des affirmations sur la stratégie nationale et militaire qui dépassaient clairement les connaissances de soldats subalternes. Tsahal dénonçait enfin l'usage erroné de termes juridiques par des non-juristes et des contradictions internes, notamment l'idée que des dommages involontaires issus d'attaques légales auraient été délibérés ou relèveraient d'un « génocide ».

S'ajoute un grief de méthode : les réalisateurs n'ont pas soumis leurs accusations à l'armée avant publication, la privant de droit de réponse, et ont continué de refuser de lui fournir une copie ou des détails sur les incidents.

Eyal Zamir saisit le juriste en chef de l'armée

Le chef d'état-major n'a pas attendu le rapport pour agir. Le lieutenant-général Eyal Zamir a chargé le plus haut responsable juridique de Tsahal d'examiner d'éventuelles poursuites contre le film et ses auteurs pour diffamation envers l'armée, et a ordonné une enquête sur la fuite présumée de documents classifiés utilisés dans le documentaire. Il a qualifié le film d'œuvre fondée sur des diffamations sanglantes et sur une déformation délibérée de la réalité.

Une tempête politique en Israël

La classe politique s'est emparée du dossier. Benjamin Netanyahu s'est engagé à faire adopter deux lois : l'une pour retirer la citoyenneté à quiconque diffame les soldats israéliens, l'autre pour multiplier par 20 les dommages et intérêts en matière de diffamation. Le ministre de la Culture Miki Zohar a saisi le chef du Shin Bet, David Zini, pour enquêter sur les sources et les documents utilisés dans le film et sur la manière dont ils sont parvenus aux réalisateurs.

Le Conseil israélien du cinéma exige de son côté une projection immédiate. Il avertit que cacher le film aux instances professionnelles israéliennes renforce le soupçon d'une œuvre fabriquée au service des ennemis d'Israël, au premier rang desquels le Hamas. Dans la rue, la colère monte : des dizaines de manifestants se sont rassemblés à Savyon devant le domicile des parents de Rachel Szor. L'ancien otage Rom Braslavski, qui a passé 738 jours en captivité à Gaza, a qualifié les deux cinéastes de traîtres.

Des voix critiques existent pourtant dans la presse israélienne. Un éditorialiste du Jerusalem Post juge la réaction nationale disproportionnée, tout en reconnaissant que l'enquête sur les 24 sources a du sens, puisqu'elles auraient divulgué des informations secrètes dont une partie serait fausse selon certaines sources militaires.

Une bataille désormais jouée hors d'Israël

Le paradoxe est total : le film n'a été vu que par quelques Israéliens, alors qu'il s'apprête à conquérir les écrans européens. Des cinémas néerlandais le programment dès le 1er octobre, à Rotterdam, Delft et Hilversum. Le rapport rédigé à Bologne doit désormais permettre à Tsahal de répondre sur le fond, et non plus sur des bandes-annonces. Dans cette guerre de l'image, l'armée israélienne sait qu'une réponse tardive vaut souvent une défaite.

 

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