Tribune juive de Noa Lev : 1858, cette réforme ottomane a façonné le destin de la Terre d’Israël

Actualités, Alyah Story, Antisémitisme/Racisme, Contre la désinformation, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Israël voleur de terre ? Voici les faits

Tribune de Noa Lev
1858, cette réforme ottomane a façonné le destin de la Terre d’Israël

Il y a des dates minuscules qui déplacent des continents. 1858 est de celles-là.
Cette année-là, à Istanbul, loin des oliviers de Galilée et des collines de Judée, l’Empire ottoman promulgue un texte juridique apparemment anodin : le Code foncier.
Une réforme administrative, dit-on. Un ajustement fiscal. Une modernisation.
Et pourtant ce texte allait dessiner, en profondeur, les lignes de fracture d’un pays encore sans nom politique mais déjà chargé de mémoire ,la Palestine ottomane, ou, plus anciennement, Eretz Israël.

Une réforme écrite à la plume… appliquée au couteau

Le sultan Abdülmecid Ier, dans le cadre des Tanzimat, veut moderniser son empire vieillissant. Il lui faut recenser, contrôler, taxer. Alors on change le statut des terres, on impose l’enregistrement cadastral, on force le passage d’une réalité agricole coutumière à un droit foncier centralisé.

C’est l’idée sur le papier.
La réalité, elle, se déroule sur les chemins de terre, dans les villages, dans les familles.

Les paysans palestiniens ,pour beaucoup des fellahin ,refusent de se présenter au registre par
peur de l’impôt, peur de la conscription, peur de l’État.
Alors d’autres prennent leur place. Des notables, des urbains, des clans influents. Ils inscrivent à leur nom des terres qu’ils n’ont jamais cultivées. Ils deviennent propriétaires d’immenses surfaces dont ils ne verront parfois jamais la poussière.

Le Code foncier de 1858 n’a pas redistribué la terre. Il a redistribué le pouvoir.

Une architecture foncière qui préfigure le conflit

Lorsque les premières vagues d’immigration juive arrivent, à la fin du XIXᵉ siècle, elles achètent légalement des terres… à ces grands propriétaires nouvellement formés. Pas aux paysans qui y travaillaient parfois depuis des générations sans en être juridiquement détenteurs.

C’est ainsi que s’enracine une tragédie infinie
• le paysan se sent dépossédé,
• le propriétaire l’a vendu sans même le consulter,
et l’acquéreur est légal mais perçu comme intrus.

Une collision parfaite entre le droit, l’histoire, la psychologie et l’identité.

À partir de là, tout se joue dans les interstices.
Le Mandat britannique reprendra ce système. Les nationalismes arabes et juifs naissants l’utiliseront comme carburant idéologique. Le XXᵉ siècle sera bâti sur cette première fracture ! celle d’une terre inscrite d’un côté, habitée de l’autre.

Le rôle oublié de l’Empire ottoman

On parle souvent du « problème de la terre » comme d’un conflit du XXᵉ siècle.
Mais la matrice est ottomane.
Elle est bureaucratique.
Elle est écrite en turc administratif, à la chancellerie d’Istanbul.

La grande ironie, c’est que ni les Juifs ni les Arabes ne sont à l’origine de cette structure foncière explosée. Ils en sont les héritiers forcés, les acteurs tardifs d’un scénario tracé par une puissance qui, aujourd’hui, n’existe plus.

Pourquoi cette histoire nous concerne encore?

Parce qu’en 2025, on continue de débattre de légitimité, de propriété, de présence sans toujours voir que les cartes du conflit ont été dessinées avant même que les protagonistes n’entrent en scène.

Parce que la mémoire ne se construit pas dans le vide , elle s’appuie sur des lignes cadastrées, des frontières tracées parfois par ceux qui ne connaissaient ni les peuples ni les terres.

Et parce que comprendre d’où vient la faille permet de reconstruire, peut-être, un pont.
La paix n’a jamais émergé de l’ignorance.
Elle naît de la lucidité.

Conclusion ? 1858, ou l’histoire comme avertissement

L’histoire du Code foncier est une leçon politique à considérer
un texte juridique peut façonner un siècle de conflits.
Un registre foncier peut créer un avenir de combats.
Un empire disparu peut laisser, sur une terre vivante, une plaie encore ouverte.

Raconter 1858, ce n’est pas chercher des coupables.
C’est comprendre que la complexité n’est pas un complot, mais un héritage.
Et c’est rappeler que, pour écrire un futur pacifié, il faut d’abord savoir qui a rédigé les premières lignes.

Voici le schéma chronologique clair, simple, net, visuel pour comprendre d’un coup d’œil comment 1858 → 1948 devient une chaîne continue qui fabrique le conflit foncier.

De 1858 à 1948
Comment une réforme ottomane a créé le problème foncier palestinien

1858 Réforme ottomane : le Code foncier (Arazi Kanunnamesi)
• Objectif : mieux taxer + mieux contrôler les provinces.
• Obligation : enregistrer chaque terre au nom d’un propriétaire officiel.
• Conséquence :
• Les fellahin refusent d’enregistrer (peur impôts + conscription).
• Les notables urbains enregistrent à leur place → deviennent propriétaires légaux.
Naissance d’une élite foncière artificielle.

1860–1880 — Consolidation d’une classe de grands propriétaires
• Familles urbaines (Damas, Beyrouth, Naplouse…) accumulent les titres.
• Les paysans deviennent de facto tenanciers.
La fracture sociale est posée.

1881–1914 Arrivée des premières vagues juives (pré-sionistes et Première Alya)
• Les pionniers juifs achètent légalement des terres à ces notables.
• Les fellahin travaillent encore la terre… mais elle ne leur appartient pas.
Ils se sentent dépossédés, alors que la vente est juridiquement correcte.
Première tension : décalage entre droit et réalité rurale.

1900–1917
Les élites arabes vendent massivement
• Les notables vendent à bon prix aux organisations juives (Keren Kayemet, etc.).
• Les paysans expulsés deviennent précaires.
La colère sociale se transforme en ressentiment identitaire.

1917 Les Britanniques arrivent (Mandat)
• Ils héritent du système ottoman… et le durcissent.

1920–1935 Cadastre britannique (Land Settlement)
• Délimitation stricte des parcelles.
• Confirmation des titres des grands propriétaires (héritage de 1858).
• Aucune protection réelle des paysans.
Des dizaines de milliers de fellahin deviennent sans droits, légalement inexistants.

1929–1936 — Explosion sociale
• Endettement massif des paysans arabes.
• Évictions.
• Montée de la misère rurale.
Les tensions économiques se transforment en idéologie anti-juive.
Apparition du récit de la « dépossession », pourtant issue du système ottoman.

1936–1939 Grande Révolte arabe
• Pas seulement nationaliste : c’est une révolte sociale rurale.
• Les élites arabes sont aussi visées : accusées d’avoir vendu la terre.

1940–1947 Polarisation totale
• Les Britanniques continuent de valider les titres historiques (héritage de 1858).
• Les achats juifs se poursuivent, toujours dans le cadre légal.
• Les paysans arabes restent en marge du système.
Le foncier devient un symbole identitaire irréversible.

1948 Point d’aboutissement
• L’injustice perçue (perte de terres) n’est pas née en 1948.
• Elle est enracinée dans la réforme ottomane de 1858, amplifiée par le Mandat.
La question des « réfugiés » ne peut être comprise sans cette généalogie.
Le conflit moderne prend ses racines dans un acte bureaucratique ottoman destiné… à lever plus d’impôts.

Résumé en une phrase

Le conflit foncier israélo-arabe n’a pas été créé par les Juifs ni par les Arabes , il est né d’une réforme ottomane destinée à contrôler la terre et à remplir des caisses vides un mécanisme économique devenu, un siècle plus tard, une tragédie identitaire.
À méditer 

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi