Artiste juif : Jan Saudek un monde autre

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Jean Saudek artiste juif

Tout ce qui ne va pas droit dans le mur est suspendu aux lèvres des femmes. Saudek ne cesse de le rappeler.

Son univers est usé, tendu, éreinté mais ne meurt pas. Son univers demeure agonisant, comme un éternel crépuscule mais la laideur et la difformité y prennent une étrange beauté.

Jan Saudek a connu les atrocités de la guerre avec son frère jumeau

Jan Saudek a connu les atrocités de la guerre avec son frère jumeau

Des personnages de sa famille (et peu à peu d’autres plus éloignés) sont offerts parfois dans une nudité sans fards. Ils évoluent dans des paysages industriels, urbains ou naturels arides.

Des lumières dures dépeignent ceux qui, malgré une banalité inexpressive, deviennent un idéal nocturne. L’artiste retrace dans ses photographies la tension humaine qui induit l’idée de rupture et de relâchement sous-jacent pour décrire une simple appréhension de l’existence dans sa dureté mais aussi sa revendication à la survie.

Les sujets sont à la fois écrasés par une lumière agressive et entourés par un environnement devenu métaphorique jusque dans sa réalité. S’y révèle leur intensité physiologique au sein d’un univers de ruines ou d’abandon.

Né en 1935 Jan Saudek a vu son enfance marquée par les horreurs du nazisme.

Plusieurs membres de sa famille sont morts dans les camps et lui-même fut interné avec son frère jumeau et échappa de peu aux tortures de Mengele .

Il a survécu à la guerre et trouva un premier emploi dans une imprimerie. Il y prit goût à la peinture ainsi qu'à la photographie. En 1972, il transforma un sous-sol en studio.

Ses premières photographies sont en noir et blanc, recoloriées par ses soins. L’artiste est marqué par les scènes atroces des camps et ses images reflètent ses pulsions de mort et ses fantasmes sexuels.

Ses nus féminins ont une beauté provocante qui peut choquer. Suspect dans son propre pays, il travaille en usine pendant plus de 30 ans. En 1984 les autorités communistes le reconnaissent enfin comme artiste et lui permettent de quitter son travail en usine. Souvent menacé de censure, il se défend de l'accusation de pornographie : « La différence entre la pornographie et l'art est selon moi très simple. Vous pouvez regarder l'art indéfiniment alors que vous ne pouvez jeter qu'un coup d'oeil à la pornographie avant de la laisser. » En 2005, une grande rétrospective lui est consacrée à Prague.

Toute son oeuvre recèle une atmosphère dramaturgique. Le photographe cherche à provoquer notre émotion devant la rage de la vie à travers des protagonistes parfois abîmés physiquement par l’existence. L’artiste explore cet univers dans lequel il a dû patauger avec eux et pour lesquels il garde un amour total. Jamais distant de ses douleurs anciennes, Jan Saudek est partagé entre les forces de vie et de mort.

L’inexorable est là. Mais la pulsion d’éros demeure aux limites de la jouissance ou de l’abattement. L’usage de la surexposition ou à l’inverse de la sous exposition altère parfois et volontairement la perception des être comme les altèrent les voiles qui les recouvrent parfois par pudeur ou pour signaler une forme de chosification. Les personnages semblent perdre leur visage, laissant la place à une masse aux formes humaines. Tout cela reste toutefois proche car paradoxalement et terriblement humain et familier.

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