PESSAH 5775 La mémoire d’Israël de Claude Layani

Judaïsme, Le sens de nos fêtes juives - le - par .
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pessah 5775 de Claude Layani

PESSAH 5775 La mémoire d’Israël
« Rappeler la sortie d’Egypte - dont le souvenir est si essentiel à la religiosité juive - ce n’est pas, en effet, proférer entre autres, un énoncé quelconque.  Il y a un contexte dans la liturgie où se rejoignent, en quelque façon, gestes et pensées que , dans sa concrétude, ce souvenir comporte. » (Emmanuel Lévinas)

Une fois encore, nous allons relire pour nos enfants et pour nous-mêmes notre vieille haggada. Joignant le geste à la parole, nous allons manger de la matza et le maror symbole de l’esclavage égyptien.

Ainsi, le juif traverse les temps de misère tout comme il participe à la libération en chantant les psaumes de la délivrance.

Cette polarité de la soirée pascale, cette constante tension entre l’aliénation et la liberté, ont si profondément marqué toute l’histoire juive qu’elles ont nécessairement donné à la Pâque juive une tonalité existentielle. Le Juif ne revit pas la Pâque ; il la vit.

A chaque génération, Pessah est apparue comme un indispensable ressourcement. Car le Juif croit au caractère cyclique de l’Histoire , au pacte d’amour scellé par la sortie d’Egypte, ainsi que les promesses de liberté dont il est assorti.

Aussi, la fête de Pessah est-elle un des moments privilégiés où s’affirme la fidélité juive.

A Yom Kippour, les synagogues sont pleines de fidèles, ou de moins fidèles, inquiets et nostalgiques. A Pessah, c’est le foyer familial qui, soudain se transfigure. Les familles dispersées se réunissent. Souvent autour de la table familiale, plusieurs générations se retrouvent. Une mode récente, le Séder communautaire, crée pour un soir une grande famille.

Ce soir-là, tout juif est prêtre ou philosophe. C’est que Pessah est une fête où se marient les souvenirs de la mémoire collective et ceux de la personne humaine, l’épopée et la nostalgie.

Parce qu’elle établit une continuité entre les générations, parce qu’elle illustre d’une manière vivante et poétique la pérennité de l’histoire, la fête de Pessah est sans doute une des clés de la survie du judaïsme.

Elle exerce sur les consciences et les coeurs une attraction à nulle autre pareille. Mais si l’importance d’un foi vécue au foyer n’est plus à démontrer, et si Pessah en est la plus spectaculaire illustration, la manière dont nous la célébrons aujourd’hui éclaire d’un jour nouveau la sociologie religieuse.

Pessah est constitué d’un ensemble d’interdits alimentaires, de gestes symboliques, de mouvements du coeur et de méditations.

Or, à côté d’une minorité scrupuleusement pratiquante, on peut observer que beaucoup de juifs semblent avoir opéré un choix parmi ces rites et sont, en quelque sorte, animés d’une religiosité nouvelle. Dans leur comportement, la valeur spirituelle et pédagogique des gestes ayant une portée et une signification claires et stimulantes l’emporte sur le respect des interdits.

A une trompeuse dialectique de la Loi et de la Foi, cette religiosité substitue spontanément dans le cadre de la Loi, une dialectique nouvelle: celle du geste signifié, du commandement actif, de l’engagement qu’il faudrait sans doute approfondir davantage, et celle des commandements dits négatifs et des interdits qu’il ne faudrait pas condamner trop hâtivement.

En vertu d’un vieil adage talmudique, qui recommande au théologien d’être attentif à « la manière dont agit le peuple », cette situation devrait ouvrir d’intéressantes perspectives à tous ceux qui se préoccupent de donner à la pratique juive, en général, une fonction dynamique, enrichissante et efficace.

Et parce que Pessah est une affirmation de solidarité dans l’espace comme dans le temps, le Séder des temps de paix n’est pas toujours exempt d’inquiétudes. Inquiétudes et révoltes de la conscience humaine devant les drames de Tchétchénie, , des divers conflits oubliés d’Afrique, de la famine qui sévit encore dans le monde

Nous sommes confrontés aujourd’hui à un redoutable défi moral et politique.

Devoir moral de faire l’impossible pour faire respecter les droits de l’homme, devoir politique de ramener la paix dans les régions déchirées par la guerre et conjurer l’épidémie de la folie de l’ultranationalisme, du fanatisme religieux qui risque de se répandre sur l’ensemble de notre continent.

En ces temps de démission de la morale, devant le chantage et la violence, dans l’atmosphère dépressive de la crise de confiance que nous traversons, devant la crise économique, des sans emploi, devant cette situation dont nous ressentons toute la gravité, nos prières à Pessah sont plus pressantes, plus ferventes.

Il n’est pas de périodes plus favorables que Pessah pour exercer sur l’âme juive une prise de conscience et un ressourcement salutaire.
S’il ne nous donnait que l’occasion de renforcer notre connaissance, notre respect, notre confiance en nous-mêmes en tant que juifs, Pessah serait déjà un extraordinaire miracle.

CLAUDE LAYANI

 


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