Artiste juive : Paula Becker la peinture faite femme

Artistes, Culture - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
féministe et artiste juive, Paula Brecker

Maïa Brami, « Paula Becker la peinture faite femme », coll. Mémoire vive, Editions de l’Amandier, 144 p., 20 E., 2015.

Face à l’ « Horizon vide du à montrer » (Husserl) Paula Becker poussa à l’extrémité la puissance de la peinture. S’en emparant en pionnière de l’expressionnisme allemand l’artiste osa ce qu’aucune femme n’avait fait avant elle : se présenter en autoportraits nus. Contre la nostalgie et son chaos, elle fut la première artiste sauvage annonciatrice des Frida Kahlo et de toutes les artistes contemporaines radicales (Cindy Sherman Betty Tomkins) qui scénarise la femme en l’arrachant de la vision masculine dans laquelle de sujet elle devient objet.

L’œuvre de l’artiste (1878-1907) dut affronter bien des résistances : Paula Becket y laissa des plumes et mourut dans l’anonymat. Il fallu attendre les années 80 du siècle dernier pour que son œuvre soit reconsidérée.

Maïa Brami lui donne vie en une biographie par temps forts. Apparaît en grâce ma seule femme qui tint tête à Rilke (il demeura hanté par l’artiste jusqu’à sa mort). L’auteure montre par ailleurs combien cette vie tronquée fut plus qu’un cheminement, une ouverture. L’artiste défigura la figure dans une déconstruction avant la lettre.

Première artiste féministe, grâce à elle le corps d’Eve pris racine entre une poétique de la tension et la littéralité du réel. L’œuvre tenta un passage en force : mais la solidité des résistances lui fit rendre raison. Mais l’artiste rendu muette y hurle encore. Contre le silence préjudiciable et nauséeux la voix de Maïa Brami porte le fer en mettant en exerce la force et la faiblesse d’une femme d’exception qui déplaça les repères de l’art.

Elle le paya de sa vie brûlante et brûlée. S’y rencontre l'inadéquation fondamentale du féminin de l’art face au canon d’une époque qu’on espère révolue - même si des doutes sont permis.

Par la nudité de Paula Becker le corps n'était plus enclos afin - et paradoxalement - de n’être pas le pauvre jouet du mâle. Ce fut une avancée radicale que tente aujourd’hui d’arraisonner l’histoire en des retours préjudiciables de ses refoulés.

Il semble dans beaucoup de société que la femme ne puisse être que vierge, mère, soumise et épousée et qu’elles doivent renoncer aux jeux érotiques qui remettent en jeu le pauvre désir de l’homme et sa concupiscence « mâligne ». Paula Becker troublait ce jeu. Maïa Becker lui en sait gré. A ce titre elle partage sa douleur, son expérience esthétique et existentielle avec passion et lucidité. L’œuvre de la biographe ouvre aussi au possible l'impossible de la féminité. Elle engage une « sur en chair » mystique là où avec la peintre juive l’image soudain fut débordée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi