Un anti-cancéreux efface les empreintes digitales d'un malade

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Un sexagénaire de Singapour atteint d'un cancer a découvert à l'occasion d'un voyage aux Etats-Unis qu'il avait perdu ses empreintes digitales, un effet secondaire inhabituel de la chimiothérapie. L'étude de son cas est publiée cette semaine dans les Annales de la revue d'oncologie ("Annals of Oncology Journal").

A son arrivée aux Etats-Unis, les responsables de l'immigration ont voulu voir ses empreintes digitales. Mais la capécitabine, un médicament anti-cancéreux que le patient recevait pour le traitement d'un cancer de la tête et du cou, avait provoqué tellement d'inflammation et de desquamation de la peau de ses doigts que les empreintes de M. S. étaient effacées. Les douaniers l'ont toutefois retenu quatre heures durant avant de conclure qu'il ne représentait pas une menace pour la sécurité.

La capécitabine est un anti-cancéreux, couramment donné aux patients souffrant de cancer de la tête, du cou et du rein, ou encore de lymphome et de leucémie. Selon les médecins, très peu de patients perdent temporairement leurs empreintes digitales sous traitement, mais ce phénomène peut se produire.

"La plupart des patients vont se plaindre de difficultés à tenir les choses ou à les sentir", explique le Dr Otis Brawley, membre de la Société américaine du cancer (American Cancer Society), qui ne s'est pas occupé du cas de M. S. "Je n'ai jamais eu de malade qui ait eu des difficultés avec la police, mais ce n'est pas exagéré. Ca peut réellement arriver".

Après être rentré chez lui, M. S. a demandé à son oncologue, le Dr Eng-Huat Tan du Centre national du cancer de Singapour, d'écrire une lettre certifiant qu'il prenait bien de la capécitabine. Surpris par la complexité de cette situation, le médecin a recommandé aux patients dans une lettre adressée au journal de se déplacer avec un papier similaire en cas de voyage aux Etats-Unis. Au contraire de la plupart des autres pays, les responsables de l'immigration des Etats-Unis prennent deux empreintes digitales des visiteurs étrangers.

Selon Tan, jusqu'à 40% des patients qui prennent ce médicament présentent un effet secondaire connu sous le nom de syndrome main-pied, qui entraîne des rougeurs, une desquamation, un engourdissement et des picotements. Parmi eux, seul un très petit nombre va jusqu'à perdre ses empreintes digitales.

"Les patients ne s'en aperçoivent pas jusqu'à ce qu'ils voyagent aux Etats-Unis et qu'ils découvrent avec horreur que leurs empreintes digitales ont disparu".

Une fois que les patients ne sont plus sous traitement et qu'ils appliquent de la glace sur leurs mains, leurs empreintes reviennent au bout d'un mois.

Pour Otis Brawley, les officiels américains ont eu des soupçons parce que certains criminels effacent intentionnellement leurs empreintes avec du papier de verre ou en plongeant leurs doigts dans de l'acide, ce qui ressemble à ce que M. S. présentait. Mais il souligne que les effets secondaires de ce médicaments sont tels, notamment une baisse du système immunitaire et une augmentation du risque de cancer, qu'il est peu probable que quelqu'un prenne ce médicament pour autre chose que pour la bonne cause.

"Aucun criminel en conscience ne prendrait un tel produit pour essayer de se débarrasser de ses empreintes digitales".

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