La photo low cost se découvre un marché

Artistes - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

Article paru dans "Le Monde"

Il y a des livres de photographie qui sont comme des fleurs fragiles, des objets si raffinés qu'on ose à peine les toucher. Ce n'est franchement pas la tasse de thé du duo britannique "Preston is My Paris" : les premières publications de ce duo d'artistes, en 2009, ont été carrément imprimées sur la photocopie du bureau, à 50 exemplaires, avant d'être distribuées gratuitement dans la rue et les pubs.

"Nous voulions les rendre accessibles à tout le monde, explique Adam Murray. La majorité des gens ne peuvent pas se permettre de mettre 50 euros dans un livre de photo." L'idée de ces livres était aussi de les inciter à faire la même chose. "Ce ne sont pas des objets intimidants, ils sont faits rapidement, et nous utilisons des techniques d'impression à la portée de tous", insiste Robert Parkinson.

C'est Preston, une ville universitaire du nord-ouest de l'Angleterre, qui a fait éclore le duo et lui a donné son nom. Déçus par le désert artistique ambiant, Adam Murray et Robert Parkinson se sont approprié cette ville sans qualités, en prenant des photos des gens et des lieux alentour, en glanant sur place images et documents. "Nous voulions encourager les gens à regarder leur environnement. On n'a pas besoin d'un lieu exceptionnel pour produire un travail intéressant. Pourquoi faire un énième livre de photos sur Paris ou New York ?"

Poésie du quotidien

A Preston ou ailleurs, ces deux fans de Georges Perec cultivent avec obstination une poésie du quotidien : pas de monument grandiose, pas de perspective à couper le souffle, juste des choses ordinaires. Dans Denim, en collaboration avec Jamie Hawkesworth, les artistes ont fait de la photo de mode en recrutant des modèles dans les rues de la ville avec de vêtements trouvés sur place. Dans Coliseum, ils ont reproduit les morceaux de pellicules de films trouvées dans un cinéma abandonné.

Les nouvelles techniques d'impression numérique ont donné au duo une liberté appréciable : ils ont pu éditer des livres en couleurs, varier les formats. Ce week-end, Preston is My Paris est l'invité d'honneur de Publish it Yourself, une manifestation autour du livre de photographie autopublié.

A Nogent-sur-Marne, dans le parc de la Maison d'art Bernard Anthonioz, on peut feuilleter tous leurs livres, et ceux de 86 autres artistes. C'est que le livre de photo autopublié a la cote, et les Preston sont appréciés des collectionneurs. Paradoxal ? "Tant que ce sont des gens qui les collectionnent parce qu'ils les aiment, ça ne me dérange pas, explique Adam Murray. S'ils les achètent dans l'espoir de les revendre avec profit, ça me pose problème."

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi