Maria del Pilar de Catherine Laborde

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catherine_laborde.jpgCatherine Laborde nous la connaissons tous , Madame Météo depuis 1989 sur TF1, je la découvre écrivain, quelle jolie surprise !

Elle, elle est partie à la rencontre de sa mère, elle nous fait partager son histoire, par une écriture pudique, épurée,racée talent de ceux qui savent qu'écrire ce n'est pas tout dire, mais laisser deviner, laisser la place à l'émotion du lecteur, ne pas l'étouffer par ses propres maux.

Le mal dont il s'agit est d'amour, l'histoire d'amour de sa propre mère immigrée espagnole amoureuse d' un résistant arrêtait par les nazis, une histoire comme on aimerait en lire plus souvent, touchante parce que vraie, immense parce qu'intense.

Charles l'aime ,elle l'aime éperdument. Mais la fin de la guerre ne leur permettra pas de se retrouver.

Pendant cette interminable attente elle lui écrit tous les jours, elle ne peut lui envoyer ses lettres, ne sachant ni où il est, ni seulement s'il est encore vivant, écrire lui permet d'échapper à l'angoisse de l'attente, elle lui raconte ses journées, les horreurs encore perpétrés par les allemands encore plus cruels, si cela était possible, à la veille de la libération.

C'est Catherine, sa fille, la fille de Pilar, qui ira à la découverte de la famille de Charles  en souvenir de cette mère,et avec l'accord de son père, la jalousie est un sentiment vulgaire , cet amour ne l'est pas.

En voici quelques extraits :

" A peine ce regard, et l'amour y explose. Pour celui , celle qui n'est pas dans l'amour, c'est insupportable, intolérable, l'amour brûle celui qui accède et dessèche ceux qui l'envient.laborde2.jpg Instinctivement, tu as compris qu'il fallait taire, cacher ne rien dévoiler. Tu ne veux rien montrer de ton amour pour cet homme.

Sur la photo, tout ton corps est tourné vers ces chiens et chats emmêlés, mais tu ne vois que lui et lui ne voit que toi. C'est ce que les soeurs de Charles ont compris : tu n'avoues pas que tu aimes cet homme éperdument, mais tu te trahis en le regardant quand même. Et lui ne l'avoue pas non plus : il croit photographier une jeune en train de regarder des animaux jouer, il photographie la femme qu'il aime devant la maison de sa mère. Et t'aimant toi, il échappe aux siens."

"Je n'arrive pas à croire que Charles n'était pas juif. Toute notre enfance , tu nous a pas fait partager, à mes soeurs et à moi, cette certitude, et quand vous achetiez un arbre pour la construction d'Israël, papa et toi, je croyais que c'était une manière d'honorer la mémoire de Charles.

Est-ce toi qui as inventé cette identité ? Ou lui ? Et pourquoi ? Etre juif à cette époque, c''est risquer sa vie à chaque instant Pas seulement à cause du génocide programmé, par Hitler. La décision d'exterminer le peuple juif a été prise dans une Europe antisémite, convaincue que les juifs étaient soit des sous-hommes, soit des capitalistes exploiteurs de la misère humaine. Dans les deux cas être juif voulait dire être méprisé , haÏ, tué.

Et si c'était moi qui avait imaginé que Charles était juif ? Si c'était moi qui avais voulu le sacraliser en lui attribuant une identité à la fois lointaine et fascinante.

Qu'il ait été juif le gratifiait d'un peu plus d'héroïsme à mes yeux. Mais pourquoi ? Quand j'étais enfant, l'équation était : juif = héros = Charles. Le deuxième terme de l'équation , je comprends. Tu nous as toujours dit  Charles était un héros.

Mais pourquoi être juif faisait-il de lui un homme exceptionnel ? Pourquoi cette équivalence entre juif et héros ? D'où vient-elle ? De toi ? De lui ? De mon père ? De l'arbre planté en Israël ? 

Je n'aurai pas de réponse, elle s'est perdue dans les dédales des inconscients et des fantasmes.

Reste cette certitude : la haine viscérale. C'est cela qui l'anime. Dans ces années 40, cela fait de lui être à part.

Et c'est pour cela qu'il tombe amoureux de toi : tu es à part toi aussi. Naturellement à part."

J'espère que l'intrusion dans cette histoire vous donnera envie de la lire jusqu'au bout tout comme moi.

Claudine Douillet

Maria del Pilar de Catherine Laborde  éditions Anne Carrière.

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