Les anges ne sont jamais en retard ...

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jacques_attali.jpgJ'ai suivie ce matin, l'émission à la télévision, animés  par Jacques Attali et Josy Eseinberg sur la condition du converti .

Je partage la conception du judaïsme de Jacques Attaliqui se rapproche plus de la mystique juive, la Kabbale, que du judaisme appliqué selon la tradition.
Je dois dire qu'à mon sens, c'est la seule qui donne des ailes et  permet d'accéder à une vision plus élargie du monde, et d'en explorer ses trésors cachés, que recellent la Torah.

En effet, tous nous connaissons cette fameuse anecdote talmudique : où un païen vient voir Hillel et lui demande combien de temps lui faudra-t-il pour apprendre la Torah. Et Hillel lui répondre:  Le temps de tenir sur un pied, car il te suffit de savoir : "Ne fait pas à autrui ce que tu ne veux pas que l'on te fît.Le reste n'est que commentaire et bavardage.Va et étudie".

Sous cette apparente facilité, se cache bien entendu, deux aspects élémentaires et extrêmement complexes de la conversion. La première d'être acceptée par la communauté.
En donnant cett réponse, Hillel savait que c'était la condition sine qua none pour pouvoir étudier. C'est seulement après cette condition remplie, que la seconde pourra l'être à son tour :  étudier, apprendre, et donc comprendre. On ne peut étudier sans un maître et un compagnon.
Et comment être accepté en tant que païen afin d'avoir un maître et un compagnon ? En appliquant la vérité universelle : l'amour du prochain.

Ainsi par cette réponse habile et  généreuse, Hillel offrait un passe-droit, une ouverture inespérée à celui qui a la volonté réelle de se convertir, et si toutefois cette volonté s'étiolait avec letemps, alors il  en retiendrai en dernier lieu, au moins ce principe UNIVERSEL celle de l'amour du prochain. On comprend dés lors que sans cette valeur aucune équation ne peut-êre résolue.

Pour s'en conforter, rappelons nous l'histoire de Ruth dans la Bible,  qui après la mort de son époux décide de suivre sa belle-mère Noémie, est de se convertir.Elle la suit c'est tout ce que nous dit la Thora. C'est exactement ce qu'avait ordonné Dieu "ta' assé Ve Nechma" fait d'abord et comprend ensuite. L'action engendre la compréhension et la répétition de l'action.

Ruth est une  Moabite, nation bannie par Dieu et par Israel  (Moab est un enfant né de l'inceste. Les deux filles de Loth afin de donner une descendance à leur père couchent avec lui après l'avoir ennivré : l'une donnera naissance à Moab, et la seconde à Ben-Ami. Ces deux nations seront bannies. Et il sera interdit à Israël de se marier avec l'un de ses descendants.)
Pourtant Ruth, moabite, deviendra l'arrière-grand-mère du Roi David.

Il ne s'agit pas d'une contradiction de plus de la Thora: (Comment une descendante de Moab, nation rejetée par Dieu peut donner naissance au Roi David ?) Toute contradiction perçue n'est qu'une opportunité au  "tikoun a olam"- réparation du monde par l'action de l'homme-.

Tout problème recelle en lui sa solution. Là il où il y a  paradoxe ou contradiction, il y a réponse. Le voile exige d'être levé.
Et ne pas se servir de ces apparentes contradictions - comme le fit Voltaire et tant d'autres- pour dénigrer le judaïsme à ses contemportains. bien que nous savons, qu'un tel discours ne s'adresse qu'aux sourds et aveugles du sens et dont la seule faculté est d'être capable d'accepter sans réfléchir. C'est ce que fît Hitler avec les nazis.

La source de l'anti-sémitisme est à ce point précis : l'absence de l'amour du prochain. Valeur chrétienne ? Loin s'en faut, Hillel n'était pas chrétien et j'adhére à l'idée parfois dérangeante à savoir : Ce sont ceux qui en parle le plus qui le pratiquent le moins.

De toute évidence Hillel l'appliquait en toute circonstance, même et surtout envers l'étranger.

Car il est facile d'aimer quelqu'un qui nous ressemble, qui est comme nous, faisant partie de notre communauté, quelle évidence de l'inviter à notre table, de lui parler de ce qu'il sait déjà sans risque qu'il ne le rejete, ou d'être rejeté. C'est une zone de confort qui nous empêche d'avancer et de faire avancer le judaïsme.

Mais avant de conclure; je voudrai ôter le doute de certains esprits critiques :
Est-ce que la réponse d'Hillel : "Ne pas faire à autrui ce que l'on ne veut pas que l'on nous fit, veut dire aimer son prochain ?
Sans hésitation, oui. Parce que la structure même de la phrase d'Hillel inclue que l'autre est comme toi, dans cette même attente d'amour comme le disait Raphaël Cohen, ce qui nous oblige à considérer l'autre comme un autre soi-même et donc  Aimer son prochain comme soi-même.

Sans l'acceptation de l'autre,  sans cette amour universel, point de conversion, point de roi David... et point de Justes parmi les nations.

Ce qu'explique avec clarté Jacques Attali, Dieu a en quelque sorte échoué (à mon sens volontairement) afin que nous achévions sa création, grâce au Tikoun a Olam.

Nous avons été crée à son image et selon son désir mais contrairement au reste de la création avec le libre-arbitre.Ah ce fameux libre arbitre !
Quel est son sens ? Pourquoi Dieu nous a créé à son image et nous a laissé tomber ? en nous disant vous avez le choix !
J'ose avancer cette explication: parce que sans ce libre arbitre,sans ce choix, quelle serait la valeur de notre attachement au bien, aux valeurs humaines ?.

Si nous avions été créé sous la domination de Dieu tout comme le reste de l'univers, de la création, sans choix que de pousser au printemps, fleurir en été, et mourir en hiver,  alors qu'en serait-il de la  gloire de Dieu ? Le libre-arbitre nous a été attribué pour sa propre gloire.

Nous avons le choix d'accepter ou de rejeter nous n'en serons pas plus puni.
La conception du pêché n'ayant pas de prise dans le judaïsme comme chez les catholiques.
Car il est dit qu'un mécréant qui revient à la foi même si c'est seulement à  l'approche de son dernier soupir est assuré du monde à venir. C'est cette reconnaissance  de son vivant qui compte c'est pour cela que libre-arbitre est essentiel.

Achever la création du monde, s'appelle le Tikoun a Olam, réparation du monde, et comment peut-on réparer sans amour ? Comment accepter l'autre avec ses manques ? C'est  ce que dit Hillel dans sa réponse "Ne fait pas à autrui ce que tu ne veux pas que l'on te fît" plus exactement accepte l'autre comme il est , il en sera fait de même pour toi. Ce que tu penses sera. Le reste bien sur n'est que bavardage et commentaire.

A cette époque il y avait deux écoles celle d'Hillel et celle de Shammai, cette dernière comme son nom l'indique, ne favorisait pas la compassion mais l'expression pure et dure des lois.

Shammai était un excellent maître peut-être même supérieur par sa connaissance et son dévouement à Dieu. Mais comme il est dit par ailleurs : le monde ne subsisterai pas à  l'application pure et dure des lois selon l'école de Shammai.
C'est grâce à la compassion d'Hillel, à cette capacité d'accepter l'autre dans toute sa différence,  que le  monde peut subsister.
Sans cette approche qui peut s'appeler tolérance, amour, compassion en tout cas élan vers autrui,  il n'y a pas de tikoun a olam possible mais destruction du monde.

Aujourd'hui, la conversion est un parcours du combattant, elle est un rejet constant des hautes autorités rabinniques, qui pensent qu'il faut mériter d'être juif, je pense que tout au contraire que c'est un mérite que d'accorder cette possibilité à celui qui se présente à vous, c'est comme le pardon c'est un acte divin.

"Il ne faut pas être jaloux de sa vérité au point d'en priver l'autre" ( Raphaël Cohen).

Etre juif par contradiction ou par réaction, revient à dire d'être un "anti-antisémite", ce n'est pas être juif.  C'est une aberration du judaïsme, c'est de l'engrais à l'état pur favorisant l'expansion des antisémites, plus il y aura de la résistance plus ils seront là car notre vie en dépend !

Etre juif par amour, par conviction, par foi, c'est qui ce  favorise sans aucun doute, l'éviction simple de cette résistance perverse.
Pour s'en assurer, obervons comment vivent les juifs à New-York et ceux de Paris...

Et pour conclure reprenons cette magnifique histoire raconée ce matin par Josy Eisenberg : un jeune-homme posa la question à son rabbin : Et si  l'ange n'était pas intervenu pour arrêter la main d'Avraham afin qu'il ne tue pas son fils Isaac,que ce serait-il passé ? Et  le rabbin lui dit " mais aucune chance que cela n'arrive, l'ange devait arriver à ce moment là, un ange n'arrive jamais en retard "  Et l'éléve se souvenant de la Shoa et de son horreur rétorqua  " Mais je connais au moins 6 millions de fois où les anges arrivèrent en retard..." Et le rabbi de répondre " Oui c'est vrai, les anges ont le droit d'arriver en retard, mais pas l'homme."

Cette réponse paraphrase à merveille la réponse donnée par le Rabbi de Loubavicht de New-York, à la question souvent posée :" Mais où était donc Dieu pendant la Shoa ?" et lui de répondre : " la question n'est pas de savoir où était Dieu, mais où était l'Homme, à ce moment là"

L'homme n'a pas le droit d'échouer c'est pour cela que Dieu lui a donné le libre-arbitre afin que les anges puissent arriver en retard.

Claudine Douillet

 

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