Arche d'Alliance ou trésor africain? Une relique attise les passions au Zimbabwe

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Tudor Parfitt, un chercheur britannique, affirme que les restes d'une relique datant de 700 ans dénichés dans la réserve d'un musée d'Harare, au Zimbabwe, pourraient être une réplique de l'Arche d'Alliance qui, selon la Bible, contient les Dix commandements. Mais des érudits zimbabwéens dénoncent une tentative de récupération d'un pur produit de la culture africaine.
A en croire la légende africaine, des lions blancs de Dieu et un serpent à deux têtes gardaient cette relique en bois, appelée le "tambour qui gronde", dans une grotte des montagnes sacrées Dumbwe, dans le sud-ouest du Zimbabwe.

Découvert dans les années 1940, l'objet a longtemps été tenu hors de la vue du public mais est désormais exposé au Musée des sciences humaines de Harare, qui ne prend pas parti sur son origine. Il s'agit d'une sorte de grand panier mesurant environ 1,14 mètre sur 61 centimètres, pour une hauteur de 68,5 centimètres. Des motifs gravés sur l'extérieur pourraient avoir été ornées de fils d'or.

Tudor Parfitt, professeur d'études juives modernes à l'Université de Londres, a expliqué qu'il avait entendu parler pour la première fois de cet artefact pendant les deux décennies qu'il a passées à rechercher des tribus juives perdues en Afrique.

Au centre de cette recherche se trouve un groupe ethnique africain appelé Lemba, Remba ou waLemba. Selon Tudor Parfitt, 52% d'entre eux sont porteurs d'un chromosome Y, connu sous le nom de Cohen Modal Haplotype (CMH), qui les relierait à d'anciennes communautés juives et pourraient signifier qu'ils descendent d'Aaron, le frère de Moïse. Les waLemba diffèrent aussi des autres tribus zimbabwéennes par la pratique de coutumes juives comme l'observation du shabbat et la circoncision.

Tudor Parfitt affirme que selon la tradition orale, les waLemba pourraient faire partie des peuples qui ont quitté la Judée à l'époque biblique et migré à travers le Yémen jusqu'en Afrique de l'Est, en Ethiopie et au-delà, emportant l'Arche avec eux.

Le chercheur britannique reconnaît toutefois que les théories contredisant la sienne sont "tout à fait plausibles", et le musée expose les deux théories concernant l'origine de la relique.

L'une suggère que l'Arche d'Alliance originale pourrait avoir été détruite quand les Babyloniens ont envahi Jérusalem en 586 avant Jésus-Christ, que plusieurs copies auraient été réalisées, dont une emportée en Ethiopie par le prince Ménélik, fils de Salomon et de la reine de Saba.

L'autre théorie, c'est qu'il s'agit d'une relique purement africaine qui, selon la légende, a été fabriquée par des artisans waLemba pour les membres d'une famille royale afin de leur donner des pouvoirs magiques. En shona, une langue du Zimbabwe, cet objet est appelé "Ngoma Lungundu", le "tambour qui gronde", alors qu'en waLemba, on le nomme "la voix de Dieu".

Des traditionnalistes africains estiment que le Ngoma était un tambour si puissant qu'il a explosé et qu'un nouveau a été réalisé à partir du bois original il y a 700 ans. Une analyse au carbone 14 d'un morceau du haut de l'artefact a d'ailleurs été daté d'environ 1.300 av. JC.

Pour l'historien zimbabwéen Rob Burrett, Tudor Parfitt "est sur la mauvaise voie: les tambours en bois -des tambours de cérémonie et des tambours de guerre ayant de grands pouvoirs similaires à ceux attribués à l'Arche- font partie intégrante de la culture africaine". M. Burrett souligne aussi que des marchands arabes et juifs de passage pourraient avoir laissé leur empreinte génétique dans la population locale.

Le débat réveille en outre de douloureux souvenirs de l'époque coloniale, quand les Européens soutenaient que les Africains ne pouvaient pas avoir développé de civilisation suffisamment avancées pour avoir bâti la monumentale ville fortifiée aux maisons de pierre du Grand Zimbabwe, désormais inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité.

On sait aujourd'hui que le Grand Zimbabwe qui, selon une légende séculaire, aurait été la capitale de la reine de Saba, est un témoignage unique de la civilisation bantoue des Shona entre le XIe et le XVe siècle. La ville, d'une superficie de près de 80 hectares fut un centre d'échanges important, renommé dès le Moyen-Age.

Seule une analyse au carbone 14 de l'Arche entière permettrait sans doute d'éclairer le débat, mais les autorités zimbabwéennes y sont réticentes. Dans un pays qui s'efforce d'éliminer le tribalisme, un résultat qui appuierait les thèses de Tudor Parfitt pourrait semer la discorde entre les tribus en suggérant que les waLembas ne sont pas totalement purement africaine.

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