Le petit-fils du nazi Höss en campagne contre les néo-nazis

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Rudolph Hoss commandant des camps de la mort

 

Adolf Hitler (à gauche) accompagné d'Hermann Goering, Joseph Goebbels et de Rudolf Höss. (AFP/The National Archives.)

Rainer Höss, petit‑fils du commandant d’Auschwitz, en campagne contre les néo‑nazis

Rainer Höss, 48 ans, est le petit‑fils de Rudolf Höss, l’ancien commandant du camp d’extermination d’Auschwitz. Aujourd’hui, il s’investit publiquement dans une campagne suédoise destinée à encourager les citoyens à voter lors des élections européennes, pour contrer la montée des néo‑nazis en Europe.

Sur une photo célèbre, Adolf Hitler apparaît aux côtés d’Hermann Goering, Joseph Goebbels et de Rudolf Höss. Mais Rainer n’a pris conscience de l’importance historique et morale de son grand‑père qu’à l’âge de 12 ans. Avant cela, il ne comprenait pas pourquoi le jardinier de son internat, un survivant de l’Holocauste, était sans cesse hostile envers lui.

C’est un enseignant qui finit par lui révéler la vérité : son grand‑père avait orchestré la mort de plus d’un million d’innocents. « J’ignorais tout d’Auschwitz, je ne savais rien de ma famille, je savais seulement que mon grand‑père avait participé à la guerre, comme des milliers d’autres », a‑t‑il confié lors d’une visite récente à Stockholm, en Suède. « Pour un gamin de 12 ans, c’est quelque chose d’énorme à apprendre », a‑t‑il ajouté.

À 48 ans, Rainer fait de ce lourd héritage familial le moteur de son engagement contre l’extrême droite. Il est la figure de proue d’une campagne suédoise lancée mercredi contre la montée des néo‑nazis en Europe, à l’approche des élections européennes, qui se tiendront du 22 au 25 mai.

L’initiative vient du Mouvement de la jeunesse social‑démocrate de Suède (SSU). La campagne s’intitule « N’oubliez jamais de voter ». Selon le SSU, le meilleur moyen d’arrêter « la menace grandissante des néo‑nazis » sur le continent est de pousser les citoyens à se rendre aux urnes.

Gabriel Wikström, secrétaire général de la SSU, a expliqué : « Avoir Rainer sur le devant de la scène, c’est prouver qu’il ne pourra jamais oublier et qu’il ne faut pas oublier nous non plus ».

Sur Twitter, sa participation a été largement saluée. Rainer Höss a remercié ses soutiens sur le réseau social avec ce message :

Thanks to all old and new Followers to spread that amazing campaign… I am speechless. Respect & Honor to all. That’s the way it works.

— Rainer Höss (@rainerhoess)

Malgré la réprobation de certains membres de sa famille, qui ont préféré enterrer le passé, Rainer a consacré plus de 20 ans à faire des recherches sur ses propres origines et sur le nazisme.

Secrets de famille

Sa tante Brigitte, l’une des cinq enfants de Rudolf Höss, avait choisi de garder le silence. Ce n’est que l’année dernière, à l’âge de 80 ans, alors qu’un cancer était en train de l’emporter, qu’elle a décidé de révéler son histoire au Washington Post. Elle avait fui l’Allemagne pour devenir mannequin chez Balenciaga en Espagne, puis avait rencontré un ingénieur américain, avait émigré aux États‑Unis avec lui, et avait terminé sa carrière dans une boutique de luxe de Washington tenue par une juive. Même si elle avait fini par lui dire qui elle était, elle avait gardé son emploi. Et le secret avait été bien gardé.

Rudolf Höss, un rôle central dans l’Holocauste

Rudolf Höss fut le commandant qui a servi le plus longtemps à Auschwitz. Il expérimenta diverses méthodes pour accélérer la « solution finale », avant de choisir l’usage du pesticide Zyklon B dans les chambres à gaz. Arrêté par les Alliés en 1946, il fut remis aux autorités polonaises puis pendu l’année suivante, près d’un crématorium d’Auschwitz.

Rainer estime que l’héritage de son grand‑père a laissé une douleur profonde et durable :

« Il a engendré beaucoup de peine au sein de notre famille, pas seulement parmi ses enfants, mais pour des décennies. Génération après génération nous portons la même croix, celle qu’il a posée sur nos épaules. »

Sensibilisation contre le racisme et l’antisémitisme

Rainer Höss, qui porte l’étoile de David en pendentif, a passé les quatre dernières années à sensibiliser les élèves aux dangers du racisme et de l’antisémitisme, en Allemagne et ailleurs. Il affirme : « L’extrême droite n’est pas stupide. Elle grossit ses rangs, gagne du terrain, très lentement mais de manière très efficace. Je suis très agressif à leur égard. Chaque fois que je peux agir contre eux, je le fais. »

Ses recherches personnelles l’ont amené à rencontrer plusieurs survivants de l’Holocauste. Il a également participé à un documentaire en Israël. « C’était un peu délicat en tant que petit‑fils d’un tueur de masse d’aller là‑bas », a‑t‑il admis. Là, il a fait la connaissance d’un groupe d’étudiants juifs qui lui ont posé une question forte : ce qu’il aurait fait s’il avait rencontré son grand‑père. À l’époque, sa réponse avait fusé : « Je l’aurais tué ». Aujourd’hui, il estime que sa réponse était « trop impulsive », mais elle révèle l’intensité de ses sentiments face à cet héritage.

 

 

 

 

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