Les grandes manœuvres du Hezbollah au Liban

International - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

hezboman.jpgArticle paru dans "Le Figaro"

Une banderole aux couleurs du Hezbollah avec les portraits de l'Iranien, Ali Khamenei (à gauche), et de Hassan Nasrallah, dimanche, dans une rue de la banlieue sud de Beyrouth. Crédits photo : ANWAR AMRO/AFP

Le Tribunal spécial de l'ONU doit remettre lundi l'acte d'accusation sur l'assassinat de Rafic Hariri.

À Beyrouth

Attendu depuis des mois, l'acte d'accusation du Tribunal spécial de l'ONU sur l'assassinat de Rafic Hariri doit être remis lundi au juge de la mise en état. Celui-ci devra valider les chefs d'accusation, ce qui pourrait reporter leur publication de plusieurs semaines.

Ce document est à l'origine de la crise au Liban, où le gouvernement de Saad Hariri s'est effondré la semaine dernière, après la démission de onze ministres emmenés par le Hezbollah. Le président libanais, Michel Sleimane, entame lundi les consultations parlementaires en vue de la désignation d'un nouveau premier ministre qui doit être une personnalité sunnite. La reconduction de Saad Hariri, principal leader de cette communauté et chef de la majorité parlementaire, n'est pas garantie.

Le Hezbollah et ses alliés laissent entendre qu'ils sont en mesure de renverser en leur faveur le rapport de force parlementaire. Le bloc du leader druze Walid Joumblatt, allié d'Hariri pour les législatives de 2009 et aujourd'hui revenu dans le giron de Damas, pourrait faire la différence. Mais le doute plane quant au nombre des députés concernés par ce basculement. D'autres députés sont également susceptibles de faire pencher la balance - l'un d'eux ayant même reçu dimanche la visite de l'ambassadeur des États-Unis à Beyrouth pour le convaincre de ne pas lâcher Saad Hariri.

Le Hezbollah, sur le point d'être mis en accusation, veut que le Liban se désolidarise du tribunal international, qu'il considère manipulé par les États-Unis et Israël, et en tout cas entaché par sa précédente recommandation d'incarcérer quatre généraux libanais sur la base de faux témoignages.

Une chaîne libanaise a diffusé ce week-end l'enregistrement d'une conversation à laquelle participaient l'un de ces faux témoins, le premier ministre Saad Hariri, un officier libanais et un membre de la commission d'enquête internationale. Un procédé dénoncé par le bureau du premier ministre, selon lequel cette rencontre avait eu lieu à la demande des enquêteurs onusiens.

Sommet tripartite à Damas

Saad Hariri était engagé dans des négociations depuis des mois pour trouver un compromis, sous le parrainage de l'Arabie saoudite et de la Syrie. Mais, en accord avec Washington, il aurait décidé d'y mettre fin la semaine dernière, refusant définitivement les concessions demandées avant la publication de l'acte d'accusation. Le Hezbollah a immédiatement réagi en provoquant la chute du gouvernement.

Les analystes à Beyrouth s'interrogent sur les intentions du mouvement chiite. Ira-t-il, en accord avec la Syrie et l'Iran, jusqu'à imposer «son» premier ministre, au risque, s'il y parvient, d'aviver encore les tensions confessionnelles ?

Les échos venant de Damas - où l'ambassadeur des États-Unis est arrivé dimanche, mettant fin à une vacance du poste datant de 2005 - semblent signaler que la décision n'est pas prise. Le président Bachar el-Assad accueille lundu un sommet tripartite avec ses homologues turc et qatarien pour se pencher sur la crise libanaise. «Le scénario qui se dessine est celui d'une crise gouvernementale assez longue. Le jeu est complexe. Il mêle des considérations purement libanaises à des enjeux régionaux, au premier rang desquels la confrontation entre les États-Unis et l'Iran. Le Liban est le théâtre d'une bataille qui le dépasse», explique Michel Naufal, spécialiste des questions diplomatiques régionales.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi