Actualité internationale, Tunisie: ouverture lundi du procès de Ben Ali par contumace

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benali.jpgTUNIS— Première du genre dans les annales judiciaires de la Tunisie, le procès très attendu par la population de l'ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali s'ouvre lundi, un peu plus de cinq mois après avoir été chassé du pouvoir à la suite d'un soulèvement populaire.

Le général Ben Ali, qui a fui le 14 janvier dernier en Arabie saoudite en compagnie de son épouse Leïla Trabelsi, sera jugé par contumace, Riyad n'ayant pas donné suite à la demande d'extradition adressée par les autorités tunisiennes.

C'est le premier d'une série de procès dans lesquels l'ancien homme fort de Tunis et son entourage sont impliqués dans 93 affaires civiles.

Lundi, la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis aura à statuer sur deux affaires. La première mettant en cause le couple présidentiel a trait à la découverte dans le palais de Sidi Dhrif, à Sidi Bousaïd, une banlieue nord de Tunis, d'importantes sommes d'argent en devises étrangères et tunisiennes et des bijoux de valeur, une véritable "caverne d'Ali Baba" dont les images montrées à la télévision ont choqué les Tunisiens. Les chefs d'accusation se résument à "accaparement et détournement de fonds publics" et "transfert illicite de devises étrangères".

La deuxième affaire où seul Ben Ali est impliqué a trait à de la drogue et à des armes trouvées dans le palais officiel de Carthage par la commission d'investigation sur les abus et la corruption mise en place après la chute du régime. L'ex-président devra répondre des chefs de "trafic et détention de stupéfiants à des fins de consommation", "détention d'armes et de munitions" et "non-déclaration de possession de pièces archéologiques".

Les peines encourues pour chaque délit vont de cinq à vingt ans d'emprisonnement, selon le porte-parole du ministère de la Justice, Kadhem Zine El Abidine.

Cinq avocats ont été commis d'office pour défendre les deux principaux prévenus, les autorités s'étant dites à maintes reprises attachées à assurer les garanties d'un procès équitable.

Un autre conseil, Me Mohammed Rached Fray, désigné par l'Ordre national des avocats dont il est secrétaire général, a "refusé catégoriquement" de plaider pour les accusés, invoquant des "convictions personnelles". Dans un entretien paru dimanche dans "La Presse", il aussi avancé "une profonde foi aux principes de la Révolution" et son "respect pour les sentiments des Tunisiens" qui, pense-t-il, seront "offusqués" de voir un membre de l'Ordre plaider pour l'ancien couple présidentiel.

Plusieurs défenseurs des droits de l'Homme dont la militante Radhia Nasraoui se sont dits "frustrés" que M. Ben Ali et plusieurs de ses proches soient absents lors de leur jugement "pour les crimes et les torts qu'ils causé aux Tunisiens". Pendant le soulèvement qui est venu à bout du régime totalitaire de Ben Ali, on estime que plus de 300 personnes ont trouvé la mort.

Un responsable du ministère des Domaines de l'Etat et des Affaires foncières, Mohamed Adel Ben Ismaïl, a quant à lui évalué la fortune amassée par les clans Ben Ali/Trabelsi au quart de la valeur de l'économie tunisienne.

Ce feuilleton judiciaire sera relayé ultérieurement par 182 autres affaires qui sont de la compétence de la juridiction militaire. Elles portent sur des chefs d'accusation autrement plus graves tels que complot contre la sûreté de l'Etat et homicide, passibles de la peine capitale.

L'avocat français de M. Ben Ali, Me Jean-Yves Leborgne, a cependant contesté les charges retenues contre son client. Dans une déclaration à l'Associated Press, il a assimilé ce processus judiciaire à "une méthode de liquidation politique". Tout comme son collègue libanais Me Akram Azouri, mandaté lui aussi par l'ex-président, le conseil français ne pourra pas plaider en faveur de son client, la loi tunisienne excluant une telle éventualité en l'absence du prévenu.

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