Actualité Internationale : Après 38 ans, l'autopsie du corps d'Allende

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En avoir le coeur net. Près de 38 ans après sa mort, la dépouille de Salvador Allende devrait être exhumée lundi afin de déterminer si le président chilien s'est suicidé dans le palais de la Moneda ou s'il a été abattu par l'armée lors du coup d'Etat de septembre 1973.

Avec l'autorisation de la famille du défunt, le juge Mario Carroza a constitué une commission d'experts médico-légaux, rassemblant sept Chiliens et cinq ressortissants étrangers. Il cherche aussi à recueillir des preuves qui pourraient soutenir les accusations de crimes contre l'humanité dans les assassinats de plusieurs centaines de personnes qui ont été torturées et qui ont disparu dans les jours qui ont suivi le coup d'Etat du 11 septembre 1973.

"Ce sera extrêmement important, parce qu'avec ça, il sera possible de dissiper tous les doutes ou spéculations", a déclaré récemment la sénatrice Isabel Allende, en se rendant au tribunal pour demander l'autopsie de son défunt père. La dépouille se trouve au Cimetière général de Santiago.

Des questions se sont posées presque tout de suite après l'assaut mené contre le palais de la Moneda, notamment parce que l'armée de Pinochet a bâclé l'enquête initiale, et a ensuite dissimulé ou modifié des détails concernant la mort de Salvador Allende, l'objectif étant de l'effacer de la mémoire collective.

Pour ceux qui voyaient dans ce président le meilleur espoir ou la plus grave menace de changement révolutionnaire, la manière dont il est mort revêt une grande importance. S'est-il suicidé avec une Kalachnikov, comme l'a affirmé le seul homme qui dit avoir été témoin de la scène? Ou Allende est-il mort en se battant, comme l'a assuré Fidel Castro? Son corps a-t-il été déchiqueté par les balles des soldats, comme l'ont écrit deux lauréats latino-américains du prix Nobel de littérature, Pablo Neruda et Gabriel Garcia Marquez?

Le Dr Patricio Guijon, qui était membre de l'équipe médicale d'Allende, a réaffirmé sa version du suicide mardi dans un entretien à l'Associated Press, soulignant qu'il se souvenait très bien du moment où il a vu la tête de Salvador Allende éclater.

Quand cela serait arrivé, le palais de la Moneda était déjà bombardé depuis plusieurs heures, le bruit était assourdissant, les tirs de mitrailleuses venaient de tous les côtés, et des roquettes tirées par des avions de chasse pulvérisaient les murs de ce palais fin XVIIIe siècle. Le Dr Guijon a assuré qu'il avait enlevé prudemment l'arme qui se trouvait entre les jambes d'Allende et l'avait posé sur une chaise à proximité.

"Je me suis assis à côté de lui. Les gens ont du mal à croire ça, mais j'ai dû rester là 15 à 20 minutes, absolument seul, dans le Salon de l'Indépendance, avec le corps du président (...) assis, mort de peur et sans avoir la moindre idée de ce qui allait arriver", a-t-il raconté.

Le Dr Guijon soutient la version de l'armée selon laquelle Allende s'est suicidé avec la Kalachnikov que lui avait donné Fidel Castro, et il affirme qu'aucune autre munition n'a été tirée après l'arrivée des militaires, qui ont ensuite emmené le corps. Arrêté et envoyé dans un bagne pendant trois mois, le Dr Guijon en est ressorti considéré comme un paria, soupçonné d'être soit un sympathisant d'Allende, soit un partisan de Pinochet.

D'autres, pas forcément pour des raisons politiques, doutent de la thèse du suicide. Ainsi, le Dr Luis Ravanal, un légiste qui ne sera pas impliqué dans la prochaine autopsie, juge que le rapport de sept pages écrit à l'époque à la hâte dans un hôpital militaire laisse entrevoir qu'Allende a pu être blessé par une balle de pistolet, puis achevé à la Kalachnikov. De plus, dit-il, l'arme montrée par la junte n'était pas celle offerte par Castro.

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