Caveau des Patriarches : le Hamas transforme un Shabbat de prière en appel à la mobilisation

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Hamas : l'appel au « ribat » à Hébron et Al Aqsa qui inquiète Israël

Le Hamas appelle les Palestiniens à se mobiliser au Caveau des Patriarches d'Hébron et sur le mont du Temple. Dans un communiqué publié samedi 7 novembre 2026, le mouvement terroriste accuse Israël de vouloir « judaïser » les deux lieux saints. Pourtant, la fermeture du site d'Hébron aux fidèles musulmans ce jour-là suivait un calendrier appliqué depuis trente ans.

Par Claudine Douillet

Le communiqué a été diffusé samedi par l'agence Shehab, proche du Hamas. Le mouvement y dénonce ce qu'il appelle des « faits de judaïsation » imposés par Israël au Caveau des Patriarches, que les musulmans appellent la mosquée d'Ibrahim, et à la mosquée Al Aqsa. Il cite deux griefs principaux : les visites de résidents juifs des implantations et la fermeture du site d'Hébron aux fidèles musulmans.

Le Hamas ne se contente pas de condamner. Il appelle les Palestiniens au « ribat » dans les deux lieux et les exhorte à « activer les formes d'action » pour faire face à Israël. Les deux expressions ont un sens précis, et ce sens ne doit rien au hasard.

Pourquoi le Caveau était fermé ce samedi

Le communiqué omet un fait essentiel. Le samedi 7 novembre 2026 était le Shabbat Hayé Sarah, le jour où les synagogues du monde entier lisent le chapitre 23 de la Genèse. Ce texte raconte comment Abraham a acheté la grotte de Makhpéla à Éphron le Hittite pour quatre cents sicles d'argent, afin d'y enterrer Sarah. C'est le premier achat de terre en Israël consigné dans la Bible, et chaque année des dizaines de milliers de Juifs viennent ce jour-là lire ce passage à Hébron, sur les lieux mêmes du récit.

Le site n'a pas été fermé par décision politique soudaine. Depuis 1994, le Caveau est divisé en deux parties, avec des entrées séparées pour les Juifs et pour les musulmans. Un calendrier fixe réserve chaque année une dizaine de jours à chaque communauté, où elle peut accéder à l'ensemble du bâtiment. Les musulmans disposent ainsi de la totalité du site pendant les vendredis du Ramadan, l'Aïd el-Adha, le Nouvel An islamique ou la fête d'Isra wal Miraj. Les Juifs en disposent pour Roch Hachana, Yom Kippour, Souccot et le Shabbat Hayé Sarah. Ce calendrier pour 2026 était publié depuis des mois.

Présenter comme une agression une règle de partage appliquée aux deux camps relève de la propagande, pas de l'information.

Le « ribat », un mot qui n'est pas neutre

Dans la tradition islamique, le « ribat » désigne la garde des frontières de l'islam face à l'ennemi. Le mot évoque la sentinelle armée postée aux confins du territoire musulman. Le Hamas l'utilise depuis des années pour qualifier la présence de militants sur l'esplanade des Mosquées, chargés de harceler les visiteurs juifs.

Israël connaît bien ce mécanisme. En 2015, le ministre de la Défense Moshé Yaalon avait interdit les groupes des Mourabitoun et des Mourabitat, hommes et femmes payés pour occuper l'esplanade et invectiver les Juifs qui s'y rendaient. Les services de sécurité avaient établi leurs liens avec le Mouvement islamique du Nord et leurs financements venus du Hamas.

Quant à l'appel à « activer les formes d'action », la formule est volontairement floue. Dans le vocabulaire du mouvement, elle recouvre aussi bien les rassemblements que les attaques. Le Hamas laisse ainsi chacun l'interpréter à sa manière, tout en se ménageant une défense en cas de passage à l'acte.

Al Aqsa, le levier préféré du Hamas

Le Hamas a toujours fait d'Al Aqsa son argument de mobilisation le plus efficace. Il a baptisé son massacre du 7 octobre 2023 « Déluge d'Al Aqsa », en le présentant comme une riposte aux visites juives sur le mont du Temple. En 2021 déjà, il avait lancé ses roquettes sur Jérusalem au nom de la défense de la mosquée.

Le mont du Temple est le lieu le plus saint du judaïsme et le troisième lieu saint de l'islam. Depuis 1967, le statu quo permet aux Juifs de le visiter à des horaires restreints, sous surveillance policière, tandis que le culte musulman y est libre. Le nombre de visiteurs juifs a fortement augmenté depuis dix ans, et la question de la prière juive sur le site divise la classe politique israélienne. Le Hamas exploite chaque évolution pour annoncer une menace imminente sur la mosquée, une menace qui sert surtout à embraser la rue.

Hébron, un dossier déjà sous tension depuis juin

L'appel du Hamas intervient dans un contexte particulier. Le 16 juin 2026, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a retiré à la municipalité palestinienne d'Hébron la gestion du Caveau des Patriarches, pour la confier à une instance israélienne. Il a résumé sa décision d'une formule : « J'ai annulé le protocole d'Hébron ». Ce protocole de 1997 avait laissé l'essentiel de la gestion du complexe aux autorités palestiniennes, qui bloquaient depuis des années les projets d'aménagement, dont la couverture de la cour et l'accès pour les personnes handicapées.

L'Autorité palestinienne a rejeté la décision. Le Hamas y voit aujourd'hui un argument de plus pour dénoncer une « judaïsation » du site.

Une présence juive millénaire

Le mot « judaïsation » efface une réalité historique. Le Caveau des Patriarches abrite selon la tradition les tombeaux d'Abraham, Isaac, Jacob, Sarah, Rébecca et Léa. C'est le deuxième lieu saint du judaïsme après Jérusalem. Pendant sept siècles, à partir de la conquête mamelouke, les Juifs n'ont eu le droit de monter que jusqu'à la septième marche de l'escalier extérieur, interdits d'entrer dans le bâtiment. Ils n'y ont retrouvé l'accès qu'en 1967.

La communauté juive d'Hébron, présente sans interruption pendant des siècles, a été chassée après le massacre de 1929, au cours duquel des émeutiers arabes ont tué 67 Juifs. Aujourd'hui, environ 200 familles juives vivent dans le secteur H2, sous contrôle israélien, aux côtés d'environ 40 000 Palestiniens.

Ce que révèle le communiqué

Le Hamas, affaibli militairement à Gaza, mise désormais sur le terrain religieux pour maintenir sa capacité de mobilisation en Judée-Samarie et à Jérusalem. Les lieux saints lui offrent un levier que ni les défaites militaires ni l'isolement diplomatique ne lui retirent. Un Shabbat de lecture biblique planifié de longue date devient ainsi, dans sa communication, une agression contre l'islam.

Pour les forces de sécurité israéliennes, ce type d'appel n'est jamais pris à la légère. Les précédents montrent qu'une rhétorique centrée sur Al Aqsa précède souvent une montée des attaques individuelles. Les prochaines semaines diront si cet appel au « ribat » reste un slogan ou se traduit sur le terrain.

Sources :
Shehab News Agency, 7 novembre 2026

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