BDS aux États-Unis : Providence devient la plus grande ville américaine à voter contre Israël

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Providence vote le désinvestissement d'Israël : 75 % des électeurs disent oui au boycott

Par Claudine Douillet

Providence est désormais la plus grande ville des États-Unis à approuver une mesure de désinvestissement visant Israël.
Mardi, trois électeurs sur quatre de la capitale du Rhode Island ont voté un texte qui pourrait conduire la municipalité à retirer ses fonds publics de l'État juif. La communauté juive locale prépare sa riposte judiciaire.

Un vote sans appel

Le résultat ne laisse aucune place au doute. Avec 81 bureaux de vote sur 82 partiellement dépouillés, la commission électorale du Rhode Island donnait 75 % de voix favorables à la mesure contre 25 % d'opposants, selon le Jerusalem Post, qui reprend une dépêche de l'agence JTA. Le Rhode Island Current et le Boston Globe confirment l'adoption du texte.

Pour le mouvement de boycott d'Israël, c'est une victoire symbolique majeure. Pour les Juifs de Providence, c'est un signal inquiétant envoyé par leur propre ville.

Un texte qui ne nomme jamais Israël

L'ordonnance adoptée interdit à la ville d'investir dans des pays étrangers pratiquant « le nettoyage ethnique, l'apartheid, l'occupation militaire illégale ou le génocide ». Le mot Israël n'apparaît nulle part dans le bulletin de vote.

Personne n'est pourtant dupe de la cible. La mesure a été portée par les groupes propalestiniens locaux, et combattue par plusieurs organisations juives et pro-israéliennes. Le procédé est connu : reprendre mot pour mot le vocabulaire des campagnes BDS, qui accusent Israël d'apartheid et de génocide, sans jamais désigner le pays, afin de donner au texte une apparence de neutralité juridique.

Des organisations juives progressistes ont également milité pour le oui, au premier rang desquelles la section locale de Jewish Voice for Peace, mouvement juif antisioniste devenu un allié régulier des campagnes de boycott aux États-Unis.

Après Somerville, un changement d'échelle

Providence n'est pas la première ville américaine à franchir ce pas. L'an dernier, les électeurs de Somerville, dans le Massachusetts, avaient approuvé une mesure de désinvestissement. Mais celle-ci était non contraignante, et Somerville reste une ville de taille modeste.

Avec Providence, le mouvement change d'échelle. Une capitale d'État adopte désormais un texte susceptible d'avoir des effets concrets sur la gestion de ses fonds publics. Pour les militants BDS, c'est un précédent qu'ils comptent bien exporter vers d'autres municipalités.

15 000 Juifs face à un vote hostile

Providence compte environ 15 000 Juifs, soit près de 7 % de sa population. Pour cette communauté, le résultat est d'autant plus brutal qu'il a été obtenu par une majorité écrasante.

L'Alliance juive du Grand Rhode Island avait prévenu avant le scrutin. Un de ses représentants avait indiqué à la JTA que l'organisation étudierait toutes les options juridiques pour contester la mesure en cas d'adoption. Ce scénario est désormais devant elle, et la bataille va se déplacer des urnes vers les tribunaux.

Un basculement politique annoncé

Le vote ne surgit pas de nulle part. Le maire sortant, Brett Smiley, progressiste pro-israélien converti au judaïsme pendant son mandat, a perdu sa primaire face à un candidat se réclamant du socialisme démocratique. Une défaite que le Jerusalem Post présente comme un indicateur avancé de l'issue du référendum.

Ce glissement à gauche de l'électorat démocrate urbain, déjà observé dans plusieurs grandes villes américaines, s'accompagne d'une hostilité croissante envers Israël, portée par une jeune génération militante.

Un contexte national lourd

Depuis le massacre du 7 octobre 2023 et la guerre de Gaza qui a suivi, les initiatives visant à remettre en cause le soutien financier américain à Israël se multiplient. Le vote de Providence intervient le jour même où, selon le Jerusalem Post, le président Donald Trump, qui qualifie l'aide à Israël de handicap politique, a annoncé la fin d'ici la fin de l'année de près de 4 milliards de dollars d'aide militaire annuelle à Israël.

La coïncidence des deux annonces dessine un paysage préoccupant pour Jérusalem : la contestation ne se limite plus aux campus et aux manifestations de rue. Elle s'installe dans les urnes municipales et jusque dans les décisions de Washington.

Ce qui va se jouer maintenant

Tout dépendra désormais de la mise en œuvre du texte par la future municipalité et de l'issue des recours que prépare la communauté juive. Pour les organisations pro-israéliennes américaines, l'enjeu dépasse Providence : il s'agit d'empêcher que ce précédent ne fasse tache d'huile dans d'autres villes.

Source : The Jerusalem Post (JTA), https://www.jpost.com/diaspora/antisemitism/article-913775

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