Depuis le 7 octobre, les Israéliens réclament la nationalité allemande comme « plan B »

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Israël concentre près de 45 % des 170 000 demandes de nationalité allemande déposées depuis 2023 par les descendants de persécutés du nazisme. Les chiffres et les raisons.

Par Claudine Douillet

Israël représente près de 45 % des demandes de nationalité allemande déposées par les descendants de persécutés du nazisme. En 2025, 5 924 Israéliens ont engagé la démarche, contre 3 640 un an plus tôt. Un bond de 63 % que Berlin interprète moins comme une émigration que comme une assurance face à l'incertitude.

170 000 demandes en trois ans

Depuis 2023, les autorités allemandes ont reçu plus de 170 000 demandes de naturalisation émanant de personnes persécutées sous le régime nazi ou de leurs descendants, rapporte Ynet depuis Berlin. Sont concernés ceux qui ont été déchus de leur nationalité, ou contraints d'y renoncer, pour des motifs politiques, raciaux ou religieux entre le 30 janvier 1933 et la capitulation de mai 1945.

Parmi tous les pays du monde, Israël arrive très largement en tête. Près de 45 % des dossiers viennent de citoyens israéliens, une proportion sans équivalent.

Israël loin devant les États-Unis

Selon l'Office fédéral de la statistique, chargé de recenser ces demandes, le nombre total de dossiers a progressé d'environ 60 % l'an dernier pour atteindre 11 500. Sur ce total, 5 924 ont été déposés par des Israéliens, contre 3 640 en 2024.

Les États-Unis occupent la deuxième place avec 2 995 demandes en 2025, contre 2 025 l'année précédente. Une hausse que les chercheurs allemands relient au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, une partie des demandeurs américains invoquant notamment la politique de l'administration envers les minorités sexuelles.

Une loi de 2021 qui a tout changé

Le droit à la restitution de la nationalité figure depuis longtemps dans la Loi fondamentale allemande, à son article 116. Mais il laissait de côté de nombreux cas, notamment les descendants de femmes ayant perdu leur nationalité par mariage ou les enfants nés hors mariage.

La réforme adoptée en 2021 a levé ces obstacles. Désormais, les descendants de persécutés peuvent obtenir la nationalité allemande même s'ils n'ont jamais été allemands eux-mêmes. Il suffit de démontrer la filiation avec un ancêtre privé de ses droits par le régime nazi. Les bénéficiaires n'ont pas à renoncer à leur nationalité israélienne.

Du Brexit au 7 octobre

L'Office fédéral de la statistique et le Centre allemand de recherche sur l'intégration et la migration lient clairement cette vague à des chocs géopolitiques successifs.

Les premiers à se manifester ont été des Juifs britanniques au lendemain du Brexit, désireux de conserver un pied dans l'Union européenne. Sont venues ensuite, dans une moindre mesure, des demandes d'Ukraine après l'invasion russe de février 2022, puis une forte poussée américaine.

En Israël, le basculement date du 7 octobre 2023. Depuis le massacre et les guerres régionales qui ont suivi, le nombre de demandeurs israéliens a explosé.

Un « plan B » plutôt qu'un départ

Les autorités allemandes insistent sur un point : ces chiffres ne traduisent pas une émigration massive vers l'Allemagne. Le nombre de passeports délivrés n'a pas de lien direct avec le nombre d'Israéliens qui s'installent effectivement outre-Rhin.

Pour Berlin, il s'agit avant tout d'une solution de repli, une porte de sortie gardée entrouverte au cas où la situation l'exigerait. Selon plusieurs observateurs cités par Ynet, de nombreux Israéliens âgés remplissent les formulaires pour leurs enfants et petits-enfants. Par précaution, mais aussi pour leur ouvrir l'accès à l'Europe, à la libre circulation dans l'Union et aux études supérieures gratuites en Allemagne.

Un paradoxe chargé d'histoire

Quatre-vingts ans après la Shoah, le passeport du pays qui a organisé l'extermination des Juifs d'Europe devient pour des milliers de familles israéliennes un document de sécurité. Ce mouvement ne dit pas que les Israéliens partent. Il dit que l'incertitude née du 7 octobre pousse les familles à multiplier les garanties, y compris celle que l'Histoire rend la plus paradoxale.

Source : Ynet, Zeev Avrahami (Berlin), 3 novembre 2026
https://www.ynet.co.il/judaism/article/ry0salpamx

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