Première cimenterie palestinienne : 1,3 million de tonnes hors de tout contrôle israélien

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Par Claudine Douillet

Jéricho : la première cimenterie palestinienne fait craindre des tunnels terroristes en Judée-Samarie

L'Autorité palestinienne produit désormais son propre ciment, hors de tout contrôle israélien. Mahmoud Abbas a inauguré lundi à Jéricho une usine capable de sortir 1,3 million de tonnes par an, et les spécialistes israéliens de la sécurité y voient déjà la matière première de futurs tunnels comparables à ceux du Hamas à Gaza.

Une usine géante en zone A

Le président de l'Autorité palestinienne a coupé le ruban lundi 2 novembre à Jéricho, en zone A, sous pleine autorité palestinienne. Selon The Jerusalem Post, la cimenterie est née d'un partenariat entre le Fonds palestinien d'investissement et le groupe Issa Khoury, spécialisé dans l'extraction minière et les matériaux de construction. Elle est exploitée par la Jericho Cement Industry Company, coentreprise de la société palestinienne Sanad et de la jordanienne Unifive.

Ses promoteurs annoncent une capacité de 1,3 million de tonnes par an et une centaine d'emplois au démarrage. Le projet est présenté côté palestinien comme un levier de développement : création d'emplois, baisse des importations, essor du secteur du bâtiment.

La fin de la dépendance au ciment israélien

Jusqu'ici, le protocole économique de Paris, signé en 1994 dans le cadre des accords d'Oslo, encadrait strictement ce marché. Le ciment y figure parmi les marchandises soumises à restrictions, et les importations depuis la Jordanie ou l'Égypte étaient plafonnées à 400 000 tonnes par an. Résultat : les acheteurs palestiniens se fournissaient en grande partie auprès d'entreprises israéliennes privées.

Avec une production locale plus de trois fois supérieure à ce plafond, ce verrou économique saute. Et avec lui, une partie de la visibilité dont disposait Israël sur les flux de ce matériau stratégique.

La hantise des tunnels du Hamas

C'est précisément ce qui inquiète le lieutenant-colonel de réserve Maurice Hirsch, directeur de l'Initiative pour la responsabilité et la réforme de l'Autorité palestinienne au Jerusalem Center for Public Affairs. Il redoute qu'une production sans surveillance serve à bâtir un réseau souterrain sur le modèle de celui que le Hamas a creusé à Gaza, où les tunnels ont permis de cacher otages, terroristes et armes et ont considérablement compliqué les opérations de Tsahal.

Ces galeries sont très difficiles à repérer, notamment par le renseignement aérien. La menace n'a rien de théorique : le 9 septembre dernier, la police des frontières israélienne a mis au jour un tunnel que des Palestiniens auraient tenté de creuser sous la barrière de sécurité, près du village d'Al-Jib, au nord de Jérusalem.

Pour Maurice Hirsch, Israël ne dispose que d'une couverture de renseignement limitée et quasiment d'aucun pouvoir de supervision dans ces zones. Il estime que l'Autorité palestinienne ne se considère plus liée par les accords d'Oslo, qu'elle représente une menace permanente et que tout ce qui renforce ses capacités doit être vu comme un danger. Il classe la cimenterie parmi les industries à double usage, rentables en apparence mais détournables à des fins hostiles, et s'interroge aussi sur les bénéficiaires réels d'une telle activité, compte tenu de la corruption qui gangrène l'Autorité palestinienne.

Ce que disent les accords d'Oslo

Le juriste Arie Reich, professeur à la faculté de droit de l'université Bar-Ilan, rappelle le cadre légal. En zone A, les affaires civiles relèvent de l'Autorité palestinienne, qui a délivré les permis de l'usine. Selon lui, Israël n'a pas son mot à dire « tant que le ciment ne pose pas de risque sécuritaire ».

La situation changerait si ce ciment prenait la direction de Gaza, où il est classé comme matériau à double usage et n'entre qu'en quantités limitées. Elle changerait aussi si Israël détenait des preuves d'un usage terroriste en Judée-Samarie. L'annexe I des accords d'Oslo II oblige en effet les deux parties à coopérer contre le terrorisme, à échanger des informations et à prendre des mesures préventives. Israël pourrait alors exiger une enquête, l'identification des acheteurs et l'arrêt des livraisons suspectes. À défaut de coopération, estime Arie Reich, l'État hébreu serait amené à agir seul.

Aucune coordination avec Israël

Un détail en dit long : un porte-parole du Comité économique conjoint, l'organe israélo-palestinien chargé de gérer les relations économiques depuis le protocole de Paris, a confirmé au Jerusalem Post qu'aucune coordination n'avait eu lieu sur ce projet.

Reste enfin la question des débouchés. L'essentiel des exportations de Judée-Samarie part vers Israël. Maurice Hirsch doute qu'éventuels achats israéliens de ce ciment dissuadent l'Autorité palestinienne de poursuivre sa campagne internationale en faveur de sanctions contre l'État juif.

Source : The Jerusalem Post, https://www.jpost.com/israel-news/article-913730

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