Jérusalem : Israël ferme le consulat britannique, Londres le rebaptise « British Task Force »

Actualités, Antisémitisme/Racisme, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Jérusalem-Est : Israël ferme le consulat britannique, Londres le rebaptise « British Task Force »

Consulat britannique à Jérusalem : Londres renonce à expulser les diplomates israéliens après un compromis de dernière minute

Le consulat général britannique de Jérusalem-Est a perdu jeudi 8 octobre son statut consulaire. Londres, qui menaçait d'expulser des diplomates israéliens, a reculé après un compromis arraché à la dernière minute : sept diplomates britanniques restent dans le bâtiment, rebaptisé « British Task Force ». Israël parle de fermeture, le Royaume-Uni jure que rien n'est fermé. Deux récits officiels s'affrontent sur un même accord.

Par Claudine Douillet I 8 octobre 2026

Une plaque décrochée dans la nuit

La scène s'est jouée dans la nuit de mercredi à jeudi, dans le quartier de Sheikh Jarrah. Des employés du consulat britannique de Jérusalem-Est ont retiré la plaque « British Consulate General » ainsi que l'enseigne de la section consulaire, sous les yeux de journalistes de l'agence Reuters. Le drapeau britannique flottait toujours sur le toit. Quelques heures plus tard, le bureau du ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, confirmait officiellement le retrait de l'enseigne.

L'ultimatum israélien expirait ce jeudi. Un mois plus tôt, Jérusalem avait ordonné à Londres de fermer sa représentation sous trente jours et de retirer ses diplomates de la ville. Jusqu'au dernier moment, la question restait entière : Londres allait-il plier, ou riposter en expulsant des diplomates israéliens en poste au Royaume-Uni ?

La version israélienne : le consulat n'existe plus

Gideon Saar a tranché jeudi matin. Selon le communiqué publié en son nom, le bâtiment demeure la propriété du gouvernement britannique, mais il a cessé ce jour même de fonctionner comme consulat. Israël autorise seulement Londres à y faire travailler une équipe de sept diplomates, avec un champ d'action « très limité ».

Les deux gouvernements sont convenus de poursuivre leurs discussions, chacun pouvant y soulever les sujets qui lui importent. Pour Israël, le message est clair : le statut consulaire est révoqué, et son rétablissement passe par la levée des sanctions britanniques, précise la chaîne israélienne C14.

La version britannique : rien n'est fermé

À Londres, le ministre des Affaires étrangères Ed Miliband a livré une lecture radicalement différente. Dans un message diffusé sur les réseaux sociaux, il affirme que le Royaume-Uni ne reconnaît à Israël aucun droit légal de fermer une représentation installée à Jérusalem depuis près de deux siècles. Il a réaffirmé au passage la position britannique selon laquelle Jérusalem-Est serait un territoire occupé.

Selon lui, à l'issue des discussions avec Israël, le bâtiment ne fermera pas : il portera désormais le nom de « British Task Force » et continuera d'assurer des services essentiels ainsi que le travail avec les Palestiniens. Une nouvelle appellation, présentée comme une simple formalité.

Ed Miliband reconnaît pourtant une réduction des effectifs. Sans accord avec Israël, explique-t-il, Londres ne disposait pas des garanties nécessaires à la sécurité de son personnel. Une partie des agents et de leurs familles a donc été rapatriée « temporairement », et le Royaume-Uni affirme vouloir rétablir sa présence dans les mois à venir.

Aux origines de la crise : les sanctions de Londres contre les implantations

Le bras de fer a éclaté le 8 septembre. Le gouvernement travailliste du Premier ministre Andy Burnham avait alors annoncé des sanctions visant les implantations israéliennes de Judée-Samarie (Cisjordanie), dont une interdiction du commerce des produits qui y sont fabriqués. La riposte israélienne a été immédiate : Gideon Saar a annoncé le jour même la fermeture du consulat de Jérusalem-Est.

Cette représentation n'est pas anodine. Elle gère les relations britanniques avec les Palestiniens de Jérusalem, de Judée-Samarie et de Gaza, et leur fournit des services consulaires. L'ordre de fermeture concernait environ trente diplomates britanniques et leurs familles. L'ambassade du Royaume-Uni à Tel-Aviv, chargée des relations avec le gouvernement israélien, n'est en revanche pas touchée.

Londres a tout tenté pour sauver son consulat, jusqu'à dépêcher en Israël la semaine dernière son conseiller à la sécurité nationale. Mardi encore, Reuters révélait que le gouvernement britannique envisageait d'expulser des diplomates de l'ambassade d'Israël à Londres en cas de fermeture. Un geste rarissime entre deux alliés qui restent de proches partenaires économiques, sécuritaires et dans le renseignement.

Des représailles israéliennes déjà appliquées

Le compromis sur le consulat ne signe pas la fin des mesures de rétorsion. Le bureau de Gideon Saar a confirmé jeudi que les autres sanctions annoncées en septembre sont désormais effectives.

Les représentants britanniques ont été écartés du Centre international de soutien à Gaza, installé à Kiryat Gat. Les activités britanniques de formation des forces de sécurité de l'Autorité palestinienne en Judée-Samarie ont pris fin. Israël a également interdit l'entrée sur son territoire à douze élus britanniques et à d'autres ressortissants, accusés d'activités antisémites ou anti-israéliennes, ou de nier le droit d'Israël à exister.

Un boomerang diplomatique pour Londres

La chaîne israélienne C14 y voit un effet boomerang. Les sanctions britanniques devaient afficher le soutien de Londres aux Palestiniens. Elles aboutissent à l'inverse : une présence diplomatique britannique fortement réduite à Jérusalem, précisément là où se joue la relation avec les Palestiniens. Au moment où le Royaume-Uni prétend renforcer son implication dans le dossier, il perd une partie de ses moyens d'action.

Toujours selon C14, la communication d'Ed Miliband vise surtout à minimiser la portée du coup porté par Israël et à rassurer l'opinion britannique en donnant l'image d'une présence préservée. Mais l'acceptation d'un changement de statut, sans mesure de représailles, montre que Londres a surtout cherché à éviter une escalade supplémentaire.

Qui a gagné le bras de fer ?

Les faits parlent d'eux-mêmes. D'une trentaine de diplomates, la représentation britannique passe à sept. La plaque du consulat général a été décrochée. Le titre de consulat a disparu au profit d'une « task force » au mandat restreint. Les représentants britanniques ont été écartés de Kiryat Gat, la formation des forces palestiniennes est stoppée, douze élus sont interdits de séjour. En face, Londres n'a appliqué aucune des représailles qu'il brandissait.

Le Royaume-Uni sauve la face et conserve un pied à Jérusalem. Israël obtient l'essentiel : la fin du statut consulaire d'une mission qui opérait, de fait, comme une ambassade auprès des Palestiniens dans sa propre capitale.

Le désaccord de fond reste entier. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou accuse le Parti travailliste d'hostilité envers Israël, et la relation entre les deux pays, dégradée depuis trois ans, touche un nouveau point bas. Les discussions doivent se poursuivre. Le sort de la « British Task Force » dépendra désormais d'une seule question : Londres lèvera-t-il ses sanctions contre les implantations ?

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER D'ALLIANCE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI :https://alliance-magazine.com/?p=subscribe&id=1

 

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi