7 octobre :« J'ai prié pour que ces chiens t'aient épargnée », Or Lévy la lettre déchirante à sa femme Einav

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Or Levy : « J'ai prié pour que ces chiens t'aient épargnée », la lettre déchirante à sa femme Einav, tuée le 7 octobre

Par Claudine Douillet I 7 octobre 2026

Or Levy : « J'ai prié pour que ces chiens t'aient épargnée », la lettre déchirante à sa femme Einav, tuée le 7 octobre

Or Levy n'a pas pu enterrer sa femme. Otage du Hamas pendant 491 jours, il a manqué les funérailles, la shiv'a, les trente jours et la première année de deuil d'Einav, assassinée le 7 octobre 2023 dans l'abri de Re'im d'où il a été enlevé. La veille du troisième anniversaire du massacre, il lui adresse une lettre publique qui bouleverse Israël.

Une lettre publiée au lendemain de la cérémonie

Lundi 5 octobre, quelques heures après la cérémonie commémorative organisée pour Einav, Or Levy a publié sur Facebook un texte adressé directement à sa femme. La chaîne israélienne C14 l'a relayé mardi. Le survivant de la captivité y commence par l'inventaire de tout ce qui lui a été arraché. Il n'était pas là pour l'enterrement. Ni pour la semaine de deuil, ni pour les trente jours, ni pour la première date anniversaire. Pendant tout ce temps, prisonnier à Gaza, il s'accrochait à une seule idée : Einav était peut-être encore en vie.

L'abri de la mort de Re'im

Le matin du 7 octobre 2023, Or et Einav Levy sont au festival Nova, près du kibboutz Re'im. Sous les roquettes, ils fuient et se réfugient dans un petit abri anti-missiles en béton, au bord de la route, au carrefour de Re'im. Les terroristes du Hamas encerclent l'abri, y lancent des grenades et tirent à l'intérieur. Les Israéliens l'appellent depuis « l'abri de la mort ». Einav y est tuée. Or est traîné vers Gaza, comme Hersh Goldberg-Polin et Eliya Cohen, enlevés du même abri.

491 jours sans savoir

En captivité, Or Levy ignore le sort de sa femme. Chaque jour, raconte-t-il, il lui parlait en pensée et cherchait les mots justes pour l'atteindre. « J'ai prié pour que tu ailles bien, que ces chiens t'aient épargnée », écrit-il. Il s'inventait des scénarios : les terroristes l'avaient peut-être manquée, elle avait peut-être réussi à s'enfuir. Parmi toutes ces histoires possibles, constate-t-il, c'est la plus tragique qui s'est révélée vraie. Einav n'est plus là.

Libéré en février 2025 lors d'un échange, amaigri au point de choquer le pays entier, Or Levy a découvert à son retour que la femme qu'il espérait retrouver était morte depuis seize mois.

Le portrait d'une femme qui tenait la famille

Le cœur de la lettre est un portrait. Or Levy décrit celle qui savait lui prendre la main pour l'apaiser, qui veillait à ce qu'il ne confonde pas les jours et ne parte pas à Beer-Sheva au lieu de Jérusalem. Celle qui ramenait la paix instantanément dans chaque dispute et rappelait à tous que la famille passe avant tout. Il lui confie que les siens essaient, jour après jour, d'accomplir ces missions sans elle. Et qu'ils échouent parfois, tant son absence pèse.

Almog, l'enfant qu'elle ne verra pas grandir

L'an dernier, de retour de captivité, Or Levy a assisté pour la première fois à la cérémonie à la mémoire d'Einav. Il y a récité le Kaddish et n'a demandé qu'une chose : un moment seul avec elle.

Il évoque surtout leur fils, Almog, qui n'avait que deux ans au moment du massacre. Il n'y a pas un jour, écrit-il, où il ne regarde pas cet enfant parfait qu'elle a mis au monde sans pleurer, parce qu'il sait à quel point elle serait fière de lui. Il dit percevoir les signes qu'Einav continue de leur adresser, de façons inattendues. Quand on lui demande quelle est la probabilité d'une telle coïncidence, la question ne l'intéresse pas : il sait qu'elle est là. Il promet de chérir chaque instant, chaque seconde et chaque souffle passés à ses côtés.

Trois ans après, un deuil qui commence à peine

Ce mercredi 7 octobre 2026, Israël a observé une minute de silence à 6 h 29, l'heure exacte du début de l'attaque. Pour la plupart des familles endeuillées, trois années de deuil se sont écoulées. Pour Or Levy, le temps du deuil n'a commencé qu'à sa libération. Sa lettre rappelle une vérité que les chiffres effacent : pour les otages revenus, le 7 octobre ne s'est pas arrêté à leur retour. Il les attendait chez eux.

Hier, c'était ton jour de commémoration, j'aurais vraiment voulu te parler mais je n'ai pas pu, mais d'après ce que j'ai entendu d'autres personnes, tout était si beau et juste.

Trois ans

Pour tous ceux qui parlent, trois ans. Un nombre fou qui semble si long. Trois ans depuis ce jour terrible qui a pris tant de vies, et bien sûr la tienne. Je n'étais pas là à l'enterrement, je n'étais pas là à la shiva, pas aux trente jours et même pas à l'anniversaire. À ce moment-là, j'ai tenu à l'espoir que peut-être tu étais en réalité en vie. Alors chaque jour, je t'ai parlé, j'ai essayé d'être précis, j'ai prié pour que tu sois bien. Que tu sois en sécurité. Peut-être que tu y as échappé, peut-être que tu t'es enfuie ? Tellement d'histoires et à la fin, l'histoire la plus triste est celle qui s'est produite. Tu n'es pas là. Tu sais combien j'aurais fait, ce que tu aurais dit, il n'y a pas de jour où je ne regarde pas l'enfant parfait que tu as mis au monde et ne pleure parce que je sais combien tu aurais été fière.

Dans cette commémoration, qui pour moi est un peu comme un enterrement, parce que je n'étais pas là, pour voir chacun de tes amis, la famille, et toutes celles que tu as touchées et qui se sont souvenues de toi, toi, toi en cette période, toi avec le sourire, avec la lumière qui brillait de toi.

Tu sais, je vois, je vois les signes que tu laisses pour nous, je vois comment tu apparais de différentes et étranges manières. Ils me demandent toujours « quelle est la chance ? » et ma réponse est totalement sans rapport. Je sais que tu es là et comme tu l'as dit à un ami dans un rêve (désolé, je te vole) je suis toujours là. Donc je sais que tu es là avec nous et je veux que tu saches que je me souviens et que je me souviendrai et que je chérirai chaque moment, chaque seconde, et chaque souffle que j'ai passé dans ton étreinte.

Avec C14

 

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