Attentat sur le vol flydubai : Dvir Rubinstein, gardien du ciel israélien, rémunéré par flydubai et Emirates

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Attentat sur le vol flydubai : Dvir Rubinstein, gardien du ciel israélien, rémunéré par flydubai et Emirates

 

Pirate de l'air de flydubai : le chef de la sécurité aérienne israélienne payé par la compagnie

Par Claudine Douillet

L'homme chargé de superviser la sécurité des compagnies étrangères qui desservent Israël travaillait aussi pour elles. Dvir Rubinstein, directeur du centre des opérations de sécurité aérienne du ministère israélien des Transports, percevait des paiements privés de flydubai, la compagnie dont un copilote a tenté de prendre le contrôle d'un avion rempli d'Israéliens le 30 septembre.
Des alertes internes répétées sur les failles du système n'ont jamais été traitées. Le quotidien Ynet révèle l'affaire.

Un consultant privé au cœur du dispositif de sécurité

Dvir Rubinstein n'est pas un simple rouage. Cofondateur et actuel directeur du centre des opérations de sécurité aérienne, connu en Israël sous l'acronyme hébreu MAMLAT, il occupe une position centrale dans le mécanisme par lequel l'État hébreu approuve et contrôle les dispositifs de sécurité des compagnies aériennes étrangères. C'est lui qui délivre, en amont comme en temps réel, les autorisations sécuritaires exigées des transporteurs et des vols qui veulent entrer dans l'espace aérien israélien.

Problème : Rubinstein n'est pas fonctionnaire. Il travaille pour le ministère des Transports en tant que prestataire externe et dirige parallèlement une société privée de conseil et de formation au service de compagnies aériennes, parmi lesquelles flydubai et Emirates. Autrement dit, le responsable chargé de traiter les questions de sécurité liées à flydubai était rémunéré par flydubai.

Le ministère des Transports assure que ces activités extérieures ont été dûment autorisées et qu'elles s'exercent en dehors des heures consacrées à sa mission publique. Il n'a en revanche apporté aucune réponse sur le fond : comment un contrôleur peut il conserver des liens commerciaux avec les compagnies qu'il est censé surveiller ?

Le vol FZ1073, détonateur du scandale

L'affaire éclate une semaine après l'attaque du vol flydubai FZ1073 reliant Dubaï à Tel Aviv. Le 30 septembre, le copilote omanais Hamam al Hammami est accusé d'avoir attaqué le commandant de bord avec une hache de secours et d'avoir tenté de s'emparer des commandes. Le Boeing 737 MAX 8 a chuté de plus de 5 000 mètres en à peine plus de deux minutes, transmettant le code 7500 qui signale une intervention illicite à bord.

Blessé, le commandant Smit Machchhar, de nationalité indienne, a réussi à déverrouiller la porte du cockpit. Un passager, Yaniv Hayoun, a raconté avoir immobilisé le copilote par une clé de bras pour le sortir de la cabine de pilotage. L'appareil s'est posé sans encombre à Tabuk, en Arabie saoudite, avec ses 174 passagers sains et saufs, dont 27 enfants et de nombreux Israéliens. Les Émirats arabes unis qualifient l'événement d'attentat terroriste.

Selon l'Associated Press, citée par Ynet, al Hammami avait déjà été signalé à Oman pour ses opinions extrémistes et interdit de vol dans son pays. Il a pourtant pu s'asseoir aux commandes d'un appareil à destination de Tel Aviv.

Un second haut responsable déjà épinglé

Rubinstein n'est pas le premier cadre de la sécurité aérienne israélienne à se retrouver sur la sellette. Quelques jours plus tôt, le quotidien Haaretz révélait qu'Avraham « Avri » Cohen, chef de la division Sécurité, Urgences et Cyber du ministère des Transports, avait exercé pendant huit ans un second emploi dans la sécurité privée. L'autorisation correspondante n'avait jamais été finalisée. Déjà sous la ministre Merav Michaeli, cet arrangement avait suscité des réserves et soulevé la question des conflits d'intérêts.

Des alertes répétées, restées lettre morte

Au delà des personnes, c'est tout l'édifice qui vacille. Depuis des années, les professionnels du ministère répètent la même mise en garde : la division sécurité ne dispose ni des capacités de renseignement, ni des moyens, ni des outils pour assumer la responsabilité des vols étrangers à destination d'Israël.

Sous le précédent gouvernement, l'ancienne directrice générale du ministère, Michal Frank, a tenu au moins trois réunions spécifiques avec le Conseil de sécurité nationale pour alerter sur cette impossibilité. Le Conseil s'est opposé à toute modification. Les décisions gouvernementales censées clarifier le partage des responsabilités et créer un organe central de coordination sont restées inappliquées pendant deux ans, tandis que l'aviation et la cybersécurité figuraient parmi les secteurs les plus exposés du dispositif sécuritaire.

L'arrivée de Miri Regev au ministère et de Moshe Ben Zaken à la direction générale n'a rien changé. Les responsables professionnels ont averti ce dernier que la situation constituait un véritable risque sécuritaire. Le dossier a été gelé. Une source proche des discussions parle d'avertissements répétés suivis d'aucune action et d'une défaillance profonde de gestion.

Aucune réunion dédiée dans l'agenda de Miri Regev

L'organisation d'investigation Shakuf a passé au crible les agendas publics de la ministre entre 2023 et 2025. On y trouve de nombreuses rencontres consacrées à l'aviation : retour des compagnies étrangères en Israël, annulations de vols, accords aériens, réunions avec l'Autorité de l'aviation civile. Mais aucune séance consacrée au contrôle des équipages étrangers ou à la faille sécuritaire qui entoure ces vols.

Cette absence interpelle d'autant plus que le contrôleur de l'État, Matanyahu Englman, avait publié dès mai 2024 les parties publiques d'un audit classifié sur la sécurité de l'aviation civile internationale. Il y réclamait une révision complète du système, sous l'égide du Conseil de sécurité nationale, et une remise à plat de décisions gouvernementales dont certaines remontent aux années 1970. Avri Cohen a lui même sollicité à plusieurs reprises des réunions urgentes avec la ministre et son directeur général. Sans résultat consigné.

Les agendas publics ne donnent toutefois qu'une image partielle : ils ne couvrent pas l'année 2026 et les consultations sécuritaires sensibles n'y figurent pas toujours.

Trump accuse l'Iran, Israël penche pour un acte isolé

Pendant ce temps, l'enquête sur le pirate de l'air se poursuit. Des enquêteurs du Shin Bet se sont rendus aux Émirats arabes unis pour participer à l'interrogatoire d'al Hammami. Côté israélien, la piste d'un loup solitaire gagne du terrain : aucun lien avec l'Iran ni avec une organisation n'a été établi à ce stade, et aucun groupe n'a revendiqué l'attaque.

Donald Trump, lui, persiste. Interrogé sur une éventuelle responsabilité iranienne, le président américain a répondu : « Je le pense. Personnellement, je le pense. » Il n'a présenté aucune preuve.

Deux enquêtes, une même question

Israël mène désormais deux enquêtes en parallèle. La première doit déterminer si le copilote a agi seul ou avec des soutiens extérieurs. La seconde, plus embarrassante pour le gouvernement, devra expliquer comment le système censé protéger les vols étrangers à destination d'Israël, confié en partie à un homme payé par la compagnie concernée, a laissé un pilote déjà signalé pour extrémisme accéder au cockpit.

Sources :
Ynet News, Sivan Hilaie
The Spectator
Outlook India
New Idea

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