Arche de Noé : le chef des fouilles turques dément le « 100 % confirmé » de Durupınar

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Arche de Noé : le chef des fouilles turques dément le « 100 % confirmé » de Durupınar

Arche de Noé : a-t-elle été retrouvée en Turquie ? Le chef des recherches dément le « 100 % confirmé »

Par Claudine Douillet | 28 septembre 2026

À ce stade, non : l’arche de Noé n’a pas été retrouvée. Mais l’affaire Durupınar vient de franchir une étape qui relance une énigme vieille de plusieurs décennies. Après des relevés radar, des modélisations souterraines et une campagne de carottages menée en Turquie, les chercheurs affirment avoir découvert des anomalies qu’ils jugent suffisamment importantes pour poursuivre l’enquête. En revanche, le professeur Cenker Atila, qui dirige scientifiquement le projet turc, dément les publications annonçant une découverte « confirmée à 100 % ». Les analyses de laboratoire doivent encore établir ce que contiennent réellement les couches prélevées.

Une découverte annoncée… puis immédiatement relativisée

Depuis plusieurs jours, une affirmation spectaculaire circule dans la presse et sur les réseaux sociaux : l’arche de Noé aurait enfin été retrouvée dans la formation de Durupınar, près du mont Ararat, dans l’est de la Turquie.
L’origine de l’emballement remonte notamment à un entretien accordé le 22 septembre au Daily Mail par des membres de l’équipe internationale qui étudie le site. Andrew Jones, fondateur de Noah’s Ark Scans et enquêteur de longue date de Durupınar, y affirmait que les nouvelles données avaient permis de confirmer à 100 % que la formation était une structure créée par l’homme et non une simple formation géologique naturelle.
La formule était spectaculaire. Elle était aussi trop rapide.

Le professeur Cenker Atila, directeur scientifique du programme et professeur au département d’archéologie de l’université Cumhuriyet de Sivas, vient précisément de remettre les pendules à l’heure.

Son message est sans ambiguïté : les résultats obtenus sont importants et particulièrement intrigants, mais ils ne permettent pas encore de conclure à 100 % que l’arche a été retrouvée. Les analyses des échantillons se poursuivent et les résultats scientifiques doivent encore être publiés.
Autrement dit : l’arche n’est pas retrouvée. L’hypothèse, elle, est toujours à l’étude.

Ce que les chercheurs ont réellement découvert sous Durupınar

C’est ici que l’affaire devient intéressante.
La formation de Durupınar est connue depuis 1959. Vue du ciel, elle présente une silhouette spectaculaire évoquant celle d’un immense navire.
Longue d’environ 157 mètres, elle se trouve dans le district de Doğubayazıt, dans la province d’Ağrı.
Depuis plusieurs années, les équipes qui défendent l’hypothèse de l’arche utilisent des techniques de plus en plus sophistiquées pour regarder sous la surface.

En 2026, le programme dirigé par Cenker Atila a réuni environ vingt scientifiques et étudiants provenant de cinq pays. Les chercheurs ont utilisé des relevés GPS de précision, des modèles numériques en deux et trois dimensions, la tomographie de résistivité électrique, des radars géologiques à haute précision et des carottages.
La campagne de terrain s’est déroulée du 29 juin au 11 septembre.
Environ un millier d’échantillons de sol auraient été prélevés sur quelque 150 points, tandis que des carottes ont été extraites du sous-sol et envoyées à Ankara pour analyses.

Les relevés radar ont fait apparaître des lignes droites, des intersections à angle droit, des limites entre différentes couches et des zones interprétées comme d’éventuelles cavités.
Une couche souterraine particulièrement épaisse semble également se diviser en trois parties.
C’est ce dernier élément qui a immédiatement nourri la comparaison avec le récit biblique : dans la Genèse, Dieu ordonne à Noé de construire l’arche avec trois niveaux.

Mais il faut ici faire une distinction essentielle : un radar ne photographie pas une pièce, un couloir ou un pont de navire. Il détecte des variations physiques dans le sous-sol.
La traduction de ces anomalies en « chambres », « corridors » ou « ponts » constitue encore une interprétation qui doit être vérifiée par des prélèvements et, éventuellement, une exploration directe.

Le foret qui s’est brisé à cinq mètres de profondeur

L’un des épisodes les plus spectaculaires de la campagne est également l’un des plus faciles à mal interpréter.
Lors d’un carottage, le foret aurait rencontré, à environ cinq mètres sous la surface, une couche particulièrement dure au point de casser l’outil.
Très rapidement, les réseaux sociaux ont transformé cet incident en « découverte du plancher de l’arche ».
Andrew Jones a évoqué l’hypothèse d’un matériau organique fortement minéralisé ou de bois pétrifié.
Mais ce n’est pas encore du bois identifié.
Il faudra déterminer la composition exacte du matériau, rechercher d’éventuelles traces organiques et surtout établir son âge.
C’est précisément pourquoi les laboratoires sont désormais au centre de l’affaire.

Un robot doit maintenant tenter d’entrer dans les cavités

L’équipe ne s’est pas contentée des images radar.
Elle a également préparé un robot baptisé Gopher, conçu pour pouvoir progresser dans des espaces souterrains étroits. Son concepteur, Robert Ross, de l’université australienne La Trobe, a expliqué que la machine avait été adaptée à partir d’un dispositif développé pour l’étude de terriers d’animaux.
L’objectif est désormais particulièrement concret : si les anomalies radar correspondent réellement à des cavités, le robot pourrait permettre d’en obtenir des images et éventuellement de récupérer des échantillons.
Cette étape est fondamentale.
Car jusqu’ici, les chercheurs disposent essentiellement de signatures géophysiques et d’échantillons. Une image incontestable d’une structure artificielle, accompagnée de matériaux datables, changerait considérablement la nature du dossier.

Une énigme qui dure depuis 1959

Le site n’est pas une découverte de 2026.
En 1959, le capitaine topographe turc İlhan Durupınar repère la formation sur des photographies aériennes. Sa silhouette inhabituelle attire rapidement l’attention des chercheurs et des chasseurs d’arche.
Depuis, le site a été sondé, étudié, photographié et interprété à de nombreuses reprises.
Certaines investigations ont conclu à une origine naturelle.
Le géologue Lorence Collins a notamment identifié les prétendues « ferrures » de l’arche comme des concentrations naturelles de limonite et de magnétite. Les fameuses « pierres d’ancre » découvertes dans la région ont également été interprétées comme des roches volcaniques locales.
En 2007, le géologue turc Murat Avcı concluait de son côté que la formation correspondait à un grand bloc de calcaire ayant glissé le long de la pente.
Le dossier n’est donc pas vierge : Durupınar a déjà été présenté comme l’arche, puis cette interprétation a été contestée par des études géologiques.

Pourquoi les nouvelles recherches restent importantes

Dire que l’arche n’est pas encore identifiée ne signifie pas que les recherches de 2026 n’ont rien produit.
Il existe une différence fondamentale entre affirmer « l’arche a été retrouvée » et constater que des relevés géophysiques ont révélé des anomalies qui justifient de nouveaux examens.
C’est précisément ce que souligne aujourd’hui Cenker Atila.
Le programme associe désormais géophysique, carottage, analyses de laboratoire et recherche archéologique. La question n’est plus seulement : « Cette montagne ressemble-t-elle à un bateau ? »
Elle devient : « Que se trouve réellement sous la formation ? »
Et surtout : « Quelle est l’origine, la composition et l’âge des matériaux qui s’y trouvent ? »

Le texte biblique apporte lui aussi des éléments de comparaison

La Genèse fournit des dimensions précises : l’arche doit mesurer 300 coudées de long, 50 de large et 30 de haut.
Avec une coudée de 52,3 centimètres, les 300 coudées donnent environ 157 mètres, soit une longueur très proche de celle attribuée à Durupınar.
Mais avec une coudée d’environ 45 centimètres, la longueur tombe à environ 135 mètres.
La correspondance dépend donc de la mesure retenue.
La forme pose également question.
Le mot hébreu tevah, employé dans la Genèse pour désigner l’arche, apparaît également dans le récit de Moïse, où il désigne le coffre dans lequel l’enfant est déposé sur le Nil. Dans la tradition rabbinique, notamment chez Rachi, la tevah est comprise comme une structure rectangulaire.
La silhouette effilée de Durupınar ne constitue donc pas, à elle seule, une correspondance suffisante avec le texte biblique.
Autre élément souvent avancé par les promoteurs du site : l’âge supposé de l’arche. Les quelque 4 300 ans régulièrement cités proviennent notamment de chronologies bibliques établies à l’époque moderne.
La tradition juive du Seder Olam Rabbah place quant à elle le Déluge à l’année 1656 de la Création, soit environ 4 130 ans avant notre calendrier actuel.
Enfin, la Genèse ne parle pas explicitement du « mont Ararat » au singulier, mais des « montagnes d’Ararat ». Le terme renvoie au royaume antique d’Ourartou, tandis que le Targoum Onkelos parle des montagnes de Qardu.

Ces éléments ne prouvent évidemment ni la présence ni l’absence de l’arche à Durupınar. Ils montrent simplement que la comparaison entre le texte biblique et la formation géologique est plus complexe que ne le laissent entendre les titres sensationnels.

Le véritable test sera celui des laboratoires

C’est la partie la moins spectaculaire de l’histoire, mais probablement la plus importante.
Les chercheurs doivent déterminer si les échantillons contiennent réellement du bois ou une autre matière organique, identifier leur composition et, lorsque cela est possible, les dater.
Ils devront ensuite confronter ces résultats aux données géologiques du site et soumettre leurs conclusions à l’examen scientifique.
Tant qu’un laboratoire n’aura pas démontré qu’un matériau identifiable comme du bois appartient à une structure construite par l’homme et possède un âge compatible avec l’hypothèse avancée, une anomalie radar ne peut pas être transformée en arche de Noé.

Alors, l’arche de Noé a-t-elle été retrouvée ?

Non. Pas à ce jour.
Ce que l’on peut affirmer au 28 septembre 2026 est beaucoup plus précis.
Une équipe internationale dirigée scientifiquement par le professeur Cenker Atila a mené une importante campagne d’investigation sur la formation de Durupınar. Les chercheurs ont obtenu des données géophysiques qu’ils jugent remarquables, prélevé de nombreux échantillons et identifié des anomalies souterraines qu’ils souhaitent maintenant caractériser.
Andrew Jones, qui étudie le site depuis sa première visite en 1997, reste convaincu qu’il s’agit des vestiges enfouis de l’arche.
Mais sa conviction personnelle n’est pas encore une démonstration scientifique.
Et le responsable scientifique turc du projet vient précisément de démentir la formule devenue virale : « l’arche de Noé est confirmée à 100 % ».
La conclusion, pour l’instant, tient donc en une phrase :
l’arche de Noé n’a pas été retrouvée ; mais, pour la première fois depuis longtemps, le sous-sol de Durupınar est soumis à une batterie d’analyses capables de produire une réponse vérifiable.
C’est désormais la terre elle-même — et non les réseaux sociaux — qui devra parler.

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