A Detroit, le procès de l'auteur de l'attentat raté du 25 décembre commence

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nig.jpgLa justice fut ponctuelle. A 13 heures précises, vendredi 8 janvier, le juge fédéral Mark Randon est entré dans la petite salle archicomble du tribunal de Detroit. Les murmures se sont tus et les regards se sont tournés vers la frêle silhouette de l'accusé qui se présente à la barre. Il porte des chaînes aux chevilles. Tee-shirt blanc, pantalon large et kaki, le jeune Nigérian Omar Farouk Abdulmutallab, accusé d'avoir voulu faire exploser en vol, le jour de Noël, un avion de ligne américain entre Amsterdam et la métropole du Michigan, avance encore, hésite, se place à gauche de son avocate, Miriam Siefer, debout à ses côtés.

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Le juge demande ses nom, prénom et âge. Omar Farouk Abdulmutallab répond en anglais d'une voix polie, mais à peine audible. "Abdulmutallab, Farouk, 23 ans." Il tire sur son tee-shirt, se déhanche. Il affirme avoir bien suivi des études secondaires. Comprend-il les charges qui lui sont reprochées ? "Oui." A la question de savoir s'il a pris ces dernières vingt-quatre heures des pilules ou des médicaments, le jeune homme reprend : "Ces dernières vingt-quatre heures ? Oui, des antidouleurs."

Ce seront ses dernières paroles. Omar Farouk Abdulmutallab laissera à son avocate commise d'office annoncer qu'il plaide, à ce stade de la procédure, non coupable des six chefs d'accusation pesant contre lui dont "tentative de meurtre" et "tentative d'utilisation d'armes de destruction massive". Miriam Siefer ajoute devant le juge qu'elle ne demande pas la libération de son client. "Nous acceptons la détention", conclut-elle.

L'audience est levée. Le juge quitte la salle en empruntant la petite porte par laquelle il était entré il y a à peine plus de trois minutes. Omar Farouk Abdulmutallab s'avance, lui, vers le côté opposé de la cour. Avant d'être reconduit sous bonne escorte policière à la prison Milan, située à une petite heure de route du tribunal, il tourne pour la première fois la tête en direction du public, comme pour chercher un membre de sa famille, un proche. Des rumeurs avaient annoncé la venue de son père, qui avait alerté l'ambassade américaine au Nigeria, en novembre 2009, de la radicalisation de son fils. Mais il n'est pas là. Seule une avocate nigériane qui le représente a fait le déplacement. Elle n'esquisse aucun geste et garde le silence.

Assise au premier rang, accompagnée de plusieurs membres de sa famille, Hebba Aref n'a pas quitté du regard le jeune accusé. Originaire du Michigan, cette avocate de 27 ans travaillant au Koweït se trouvait, ce 25 décembre, dans le même vol qu'Omar Farouk Abdulmutallab, six rangées derrière lui. Devant les journalistes, la jeune femme voilée dit avoir voulu "revoir une fois qui était cette personne". Et de poursuivre : "J'ai ressenti comme un pincement dans mon ventre. Le jour de l'incident, il était sans voix et sans expression. Aujourd'hui, il a parlé." La jeune femme ajoute encore qu'elle souhaite l'application de la peine maximale. "Il dévoie notre religion, lâche sa mère, Neveen Aref, présente à ses côtés. Il ne l'a pas lue correctement. Notre religion n'est que beauté et paix."

Des propos répétés devant l'enceinte du tribunal par une trentaine de manifestants venus braver le froid glacial. Des musulmans pour la plupart arborant des drapeaux américains comme Jay Gonbey, 36 ans, propriétaire d'une petite librairie et qui dit être venu pour envoyer un message à ceux qui tirent les ficelles des attentats. Sur une de ses pancartes, on peut lire : "L'islam est contre le terrorisme."

Viviane Majed porte, elle aussi, le voile, comme une poignée d'autres jeunes femmes regroupées au milieu de la rue. Originaire du Liban, elle dit avoir suivi son père, venu voilà plus de trente ans, ici, aux Etats-Unis, pour y travailler dans l'industrie automobile. Le tract qu'elle distribue se veut porteur d'un message adressé aux terroristes. Il prévient que "si vous voulez tuer des Américains, nous sommes des Américains, venez nous tuer en premier".

Un petit groupe de personnes, membres de la communauté nigériane locale, estimée à quelque 10 000 individus, se fait plus discret. Ougnika Yanke, 50 ans, lui-même de confession musulmane et installé depuis quinze ans dans la région, affirme soutenir la guerre de Barack Obama contre le terrorisme. Surtout, il dit ne pas comprendre les motivations d'Omar Farouk Abdulmutallab : "Il est entré dans le mauvais gang, dans un pays lointain. Pourquoi ?"

D'après les experts, le procès pourrait être rapidement bouclé, "deux semaines, peut-être même moins", selon Peter Henning, professeur de droit à l'université Wayne de Detroit. Le jeune homme encourt la réclusion à perpétuité.

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