Les kibboutzim se transforment

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kibb.jpegArticle paru dans "L'Alsace"

À l’entrée de la ferme du kibboutz Beit Lohamei Haghetaot, le souvenir des pionniers reste vivace.

Ils ont incarné un modèle pour les réfugiés de la Shoah et les jeunes de sensibilité socialiste après Mai 68 : les kibboutzim ne représentent plus que 1,8 % de la population et ont pris une dimension plus capitaliste.

Levana Frenk, professeur d’histoire, la cinquantaine, se souvient encore de son aliyah, sa montée en Israël, quand elle avait 20 ans. C’était après Mai 68. Elle militait alors à Paris dans des mouvements de jeunes juifs socialistes. Leur idéal était la vie communautaire, et leur modèle, les kibboutzim, le pluriel du kibboutz. Levana a fait sa vie en Israël, mais l’arrivée n’a pas été aussi idyllique qu’imaginée : « Les gens y étaient déjà touchés par l’individualisme et le capitalisme, ils défendaient déjà leur petit chez-soi. »

Est-ce pour cette raison que les kibboutzim ne sont plus aussi vivaces qu’hier, représentant aujourd’hui un peu moins de 130 000 personnes qui y vivent encore ? Ces structures existaient déjà en Palestine avant la création de l’État d’Israël, créés par des petites communautés d’immigrants juifs d’Europe centrale, notamment dans le nord du pays, mus par des motivations sionistes et socialistes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, on retrouve d’ailleurs ce type de communautés de jeunes juifs attelés aux travaux agricoles dans des fermes à la campagne, en Pologne notamment. Ces jeunes, extraits, durant un temps, des pogroms et des ghettos, vont s’avérer des forces prépondérantes quand ces derniers tenteront de résister à l’occupant allemand. Les survivants du ghetto de Varsovie, quand ils arrivent en Israël, créent d’ailleurs une telle structure à deux pas du kibboutz actuel en avril 1949.

Ils plantent leur tente communautaire au pied d’un ancien aqueduc romain, entre Saint-Jean d’Acre et Nahariya, à dix kilomètres de la frontière libanaise, et récupèrent deux bâtiments de l’armée britannique. C’est le début de la ferme communautaire de Beit Lohamei Haghetaot, à laquelle est adossé un musée des Combattants des ghettos, qui devient, en avril 1949, le premier mémorial dédié à la Shoah en Israël, avant Yad Vashem, à Jérusalem, datant de 1953.

Sur la voie de la privatisation

Aujourd’hui, 400 habitants vivent toujours à l’ombre du mémorial et d’une grande ferme d’élevage bovin, mais la finalité n’est plus la même, même si, les membres du kibboutz ont favorisé l’implantation, en 1985, d’un grand groupe agroalimentaire, Tivall, dont l’unité, ici, fabrique des produits végétariens à base de soja. Une sorte de sécurité financière, qui a aussi conduit le kibboutz sur la voie de la privatisation. La structure initiale perdure, mais l’idée communautaire se perd. Les écoles et jardins d’enfants accueillent des élèves des alentours, tandis que, doucement, une large part du territoire est laissée au tourisme, avec la création d’une grande maison d’hôtes qu’utilisent notamment les participants aux divers séminaires organisés au musée.

Beit Lohamei Haghetaot fait partie des 269 derniers kibboutzim d’Israël, qui connaissent, comme la société, une profonde mutation.

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