En Israël, deux affaires criminelles soulignent les déficiences de la sécurité intérieure

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drapeau-israel.jpgArticle paru dans "LE MONDE"

Deux affaires criminelles particulièrement sanglantes suscitent des questions en Israël sur l'efficacité des services de sécurité et des garde-fous mis en place pour accorder la citoyenneté israélienne aux juifs de la diaspora.

Ce qui frappe dans la première affaire, celle qui concerne Damian Karlik, cet homme de 38 ans qui a assassiné à l'arme blanche les six membres de la famille Oshrenko, c'est l'incroyable haine qui l'a porté durant les quatre heures qu'a duré la tuerie, le 17 octobre, à Rishon Lezion, près de Tel-Aviv.

Comme souvent dans les cas sensibles, la police n'a divulgué l'identité du meurtrier que le 2 novembre et retracé son parcours : depuis le jour où il a été licencié de son emploi de serveur au restaurant appartenant à Dmitry Oshrenko, Damian Karlik n'a eu qu'une idée : se venger. Grâce à sa femme Natalya, employée par les Oshrenko, il obtiendra les clés de leur appartement. Le jour J, il s'y rend. Il tue la grand-mère, Ludmilla, puis, à mesure qu'ils rentrent, le grand-père, Edward, la mère, Tatiana, les deux enfants âgés de quelques mois et de 3 ans, enfin, le père, Dmitry Oshrenko.

En 2004, Damian Karlik avait émigré de Russie, où il était accusé d'avoir participé à un vol à main armée. Moscou avait demandé son extradition, sans succès. Le ministère israélien de la justice a précisé que les autorités russes n'ont jamais signalé que Damian Karlik était violent.

Armes dissimulées

Violent, Yaakov (Jack) Teitel, 37 ans, protagoniste du second fait divers sanglant, l'était sans aucun doute. Cet homme décrit comme un "loup solitaire" proche des milieux d'extrême droite, habite à Shvut Rachel, une colonie au nord de Jérusalem, avec sa femme et ses quatre enfants. A son domicile, on a retrouvé six fusils d'assaut et trois pistolets.

Il y a plusieurs années, lorsqu'il vivait en Floride, il faisait des voyages réguliers en Israël. C'est à l'occasion de l'un de ces séjours, en 1997, qu'il a décidé de se venger des attentats-suicides commis par des Palestiniens. Il va choisir deux victimes : un chauffeur de taxi à Jérusalem-Est, et un berger à Carmel, près d'Hébron. Il retourne ensuite aux Etats-Unis, pendant trois ans, où il sera recherché par la police pour divers actes de violence.

Et puis, en 2000, il décide de faire son aliya (littéralement, "l'ascension") en immigrant en Israël. C'est dans le conteneur de son déménagement qu'il a dissimulé son arsenal. A son arrivée, il sera interrogé par le Shin Bet (sécurité intérieure), qui le soupçonne d'être lié au meurtre de Carmel. Faute de preuves, il n'est pas appréhendé. Il obtiendra peu après un permis de port d'armes.

Mais le Shin Bet ne le lâche pas pour autant, et lui propose... d'être informateur dans les milieux d'extrême droite. En dépit de plusieurs tentatives de persuasion, il refuse. Définitivement libre, il va commettre une série d'actes violents pendant neuf ans, visant des Palestiniens et des Israéliens, notamment homosexuels.

La presse israélienne en a dressé une liste impressionnante : il a poignardé un Palestinien, placé des mines antipersonnel dans des villages peuplés d'Arabes israéliens, et des bombes à différents endroits. Yesha, le Conseil des colons, ainsi que les rabbins d'extrême droite ont pris leurs distances avec celui que la presse appelle le "terroriste juif ".

Outre la violence, Damian Karlik et Yaakov Teitel ont un point commun : leurs parcours soulignent les profondes déficiences des procédures d'immigration en Israël. Si des enquêtes souvent minutieuses sont conduites pour vérifier que les candidats sont bien d'ascendance juive, il n'en est pas de même des antécédents criminels. C'est pour cette raison que le Jerusalem Post parle du "chaos de l'aliya".

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