Procès Fofana: menace et dérapage

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Article de Elsa Vigoureux, "NouvelObs.com"

Au cabinet de maître Didier Seban, une lettre est arrivée mardi matin. Un courrier de « L'Organisation Juive ». Des menaces pour un « premier avertissement » : « Monsieur le traître, nous vous demandons immédiatement de vous dessaisir du dossier de l'affaire Fofana, sinon vous en subirez les conséquences. Des juifs qui défendent ce dossier, c'est une honte. Vous auriez dû défendre Barbie. P.S : le procureur est informé. » Signé : « O.J »

A l'audience, ce même matin, la mère de Youssouf Fofana n'est finalement pas venue. Un certificat médical a été produit en toute dernière minute. La Cour a continué son tour des accusés, leurs parcours. Muriel Izouard, 24 ans au moment des faits, poursuivie pour non-dénonciation des crimes d'enlèvement et de séquestration concernant Ilan Halimi. Yahia Kaba dit Yaks, 18 ans à l'époque des faits, qui aurait participé à la séquestration d'Ilan. Audrey Lorleach, 24 ans en 2006, complice de plusieurs tentatives d'enlèvement, accusée aussi de n'avoir rien dit pour Ilan. Christophe Martinvallet dit Moko, 25 ans aujourd'hui, qui comparait pour sa participation à six enlèvements, dont celui d'Ilan. Et Franco Louise dit Pak-Pak, 27 ans à l'époque, poursuivi pour trois tentatives d'enlèvement. Lui a raconté qu'il avait participé à la marche pour Ilan Halimi, après sa mort. Il avait quinze ans quand il s'est converti à l'Islam. A 23 ans, il était champion de France de boxe Thaï. Un jour, il s'est fait frapper, il a voulu se venger, il a demandé à Fofana de l'aider pour une expédition punitive. En retour, il a accepté de rendre service à ce dernier, participer à des règlements de compte, pensait-il.

Les avocats de la défense ont tenu à faire part de l'état de fatigue de leurs clients. Tous fatigués, rentrés tard la veille dans leur cellule, obligés d'attendre la dernière navette de transfert de prisonniers. Trois heures de sommeil seulement pour certains, et lever dès 5h30 pour partir avec le seul transport de détenus vers le palais de justice de Paris. C'est maître Pétillot, l'un des avocats de la défense, qui a évoqué des « conditions inhumaines et dégradantes ». Sa langue a sûrement fourché quand il a ensuite parlé de « déportation » au lieu de « transfert ». L'avocat des parties civiles, maître Francis Szpiner a bondi. Quant à l'avocat général, Philippe Bilger, qui s'était déjà engagé jeudi dernier à faire ce qui est en son « humble pouvoir » pour améliorer la situation des détenus, a cette fois jugé l'usage de ces qualificatifs « déplacé » dans un procès où il est question d'actes de tortures et de barbarie. Bilger fera donc encore ce qu'il peut, il l'a répété, mais le blocage des prisons par les gardiens n'arrange rien, a-t-il déjà prévenu. L'après-midi, les gendarmes ont donné un morceau de sucre à Samir Aït Abdelmalek qui faisait un malaise.

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