Marek Halter :les questions juives sont le thermomètre de l'Humanité.

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Plusieurs actes antisémites ont eu lieu lors des dernières semaines, notamment deux attaques à l’arme blanche à Kiev, quelques agressions contre des juifs religieux, un acte de vandalisme contre une synagogue en Crimée et la tentative d’incendie contre une autre synagogue.


Nous avons à demandé à l’écrivain et Président de l’Université Française en Russie Marek Halter de commenter cette situation.

 

LVdlR. Quelle est la situation avec les attaques antisémites dont on a eu des échos en Russie ? Par exemple, on a parlé d’une agression contre un rabbin à Kiev, bien qu’on n’ait pas eu encore le détail de cette agression. 

 

Et, puis, des organisations ukrainiennes juives réunies en Israël parlent de montée de l’antisémitisme. Par contre, j’ai essayé de joindre le Grand Rabbinat de Paris qui n’en parle pas du tout. Est-ce que vous avez l’information ?

 

Marek Halter. « Non, non, je n’ai pas d’information. Ce n’est pas seulement à Kiev. Je pense que la Russie avait raison pour la Crimée – ce n’est pas parce qu’on tue les Juifs. On ne peut pas non plus faire dépendre toutes les politiques de la question juive. « Les questions juives », comme disait le grand poète Goethe, sont « les thermomètres d’humanité de l’Humanité » Si on veut savoir le degré de l’humain dans une société, il faut voir comment cette société traite sa minorité juive.


En France aussi, il y a la montée d’antisémitisme. Il y a la dégradation de l’humain aujourd’hui dans le monde. On n’a plus d’idéologie, on n’a plus d’espoir, on n’a plus de moral universel. Avant, il a eu des idéologies : communisme, socialisme, conservatisme, même fascisme. Aujourd’hui il y a le djihad. Les seuls qui sont prêts à mourir pour quelque chose, ce sont les fanatiques musulmans.

 

Mon grand-père est allé en Espagne pour se battre pour la démocratie, contre le fascisme. Il y avait une solidarité. Cette solidarité, malheureusement, n’existe plus. C’est la situation de la société. Mais cela ne doit pas déterminer notre réaction par rapport à ce qui se passe en Ukraine.

 

En Ukraine il y a partout la volonté nationale. J’ai dit que par rapport à la Crimée que la Russie a eu raison. Peut-être la méthode était trop expéditive. J’aurai préféré que mon ami Vladimir Poutine invite les Européens pour superviser le référendum en Crimée. Ça aurait été un geste envers l’Europe. De toute manière, cela n’aurait pas changé les résultats, puisque la majorité des habitants de la Crimée voulait de toute manière être rattachés à la Russie. »

 

LVdlR. La ville de Lvov est devenue le centre du mouvement des « Bandéristes » dont le slogan est « l’Ukraine aux Ukrainiens » C’est une manifestation de fascisme. Cela n’inquiète pas la communauté (juive) ?

 

Marek Halter. « Le nationalisme n’est pas fascisme. Il ne faut pas tout mélanger. Il y a des mouvements nationaux, même chez nous, en France. Les Bretons ont posé des bombes parce qu’ils voulaient qu’on enseigne le breton dans les écoles. Il y avait un groupement terroriste qui posait des bombes (dans les années 1980) Ce ne sont pas des fascistes ! Tous les terroristes ne sont pas les fascistes. Il a eu Sergueï Netchaïev en Russie qui n’était pas fasciste. Il a quand-même posé des bombes.

 

On ne peut pas tout mélanger. Il y a suffisamment de fascistes dans le monde. Vous connaissez l’histoire des loups. Si on crie trop au loup, quand il viendra, on y croira plus. On ne peut pas dire à chaque fois qu’on n’est pas d’accord avec quelqu’un: « tu es antisémite », « tu es fasciste » Parce que le jour où les fascistes arriveront, on ne nous croira plus. C’est ce qui s’est passé avec les nazis. Quand Hitler est arrivé au pouvoir, même certains Juifs pensaient qu’on pouvait s’arranger avec lui. Ils ont terminé brûlés à Auschwitz.


Quand on fait de la propagande, il faut faire très attention aux mots qu’on utilise, aux arguments qu’on utilise. Si on force, on devient non-crédible.On ne peut pas dire que tous les Ukrainiens qui veulent l’indépendance sont des fascistes. »

 

LVdlR. Je rejoins votre position… sage…

 

Marek Halter. « Rationnelle. Je le dis et ici, et à la télévision, partout on connaît ma position. Des amis qui me croisent, me disent : « Ton ami Poutine – tu as vu ? » Oui, j’ai vu, je n’en suis pas responsable. Je trouve que dans certains cas il a raison, dans d’autres – il a tort. Quand j’allais le voir, je le lui disais. Comme il est intelligent, il a toujours une réponse.

 

Quand je lui ai dit que mes étudiants de l’Université française en Russie que je dirige, manifestaient contre lui à un moment donné, je lui ai demandé : « Vladimir Vladimirovitch, si vous avez à leur dire quelque chose, vous leur diriez quoi ? » Alors, il a répondu avec beaucoup d’humeur et d’humour : « S’ils manifestent, c’est grâce à moi » Il avait raison. A l’époque de Staline ils n’auraient pas pu manifester. »


LVdlR. Si on parlait de la Crimée, je n’ai pas l’impression que Monsieur Poutine a fermé la porte aux observateurs de l’Union Européenne. Tout simplement, l’Europe a tout de suite condamné ce référendum. Elle a dit : on n’envoie pas d’observateurs, du coup – il est illégitime.

 

Marek Halter. « Vous avez raison. J’ai critiqué assez mon Président et l’Europe. Ma position est qu’on aurait dû demander à la Russie de s’associer à l’Europe depuis longtemps. Parce qu’il n’y a pas d’Europe sans la Russie. Tchékhov, Tolstoï, Dostoïevski, Mandelstam, Tchaïkovski, Diaghilev, Malevitch, Kandinsky – c’est l’Europe. Vous enlevez la partie – la culture russe, vous enlevez une partie de la culture européenne.


Depuis longtemps, ce qu’on a proposé à l’Ukraine, sous la pression des Américains, on aurait dû proposer ça à la Russie, il n’y aurait jamais eu de problèmes avec l’Ukraine. Ça, c’est la faute de l’Europe. J’ai même demandé à mon Président d’aller avec moi voir Poutine, comme Sarkozy l’a fait en son temps, au moment de la crise en Géorgie. Je suis sûr qu’on aurait trouvé la solution pour se sortir de cette crise par le haut.

 

Aujourd’hui, les seuls à qui profite cette crise, ce sont les Américains en installant les bases de l’OTAN partout. Cette OTAN que le Général de Gaulle a foutue à la porte en son temps, parce qu’il ne voulait pas avoir de troupes américaines sur le sol français. »

 

LVdlR. C’est clair que la Russie fait partie de l’Europe du point de vue culturel. Mais je n’ai pas l’impression que l’Ukraine veuille de cette culture russe. Parce qu’un des premiers pas fait par le gouvernement ukrainien a été d’annuler le statut régional de la langue russe.

 

Marek Halter. « Je voulais dire que ces Ukrainiens sont, comme on dit en Russie, des « douraki ». Ce sont des idiots. On ne s’attaque pas à une langue. Le plus grand poète polonais s’appelait Adam Mickiewicz, il est né en Lituanie. Et les Lituaniens érigent un monument à sa gloire. Pourtant il écrivait en polonais, il n’écrivait pas en lituanien. Quand on s’attaque à la culture, c’est qu’on est un idiot. Ça va vous sauter à la figure. Les dirigeants ukrainiens ne sont pas mes amis, ce n’est pas de ça qu’il s’agit.

 

On peut parler des droits. Ils avaient le droit de se détacher de la Russie. C’est dans la Constitution russe. C’est Staline qui a imposé l’Ukraine à l’ONU comme un corps indépendant, parce qu’il avait besoin d’une voix de plus. Ce que Staline n’a pas prévu, c’est qu’un jour, d’après les droits qui étaient les leurs, les Ukrainiens diraient « mrd » à la Russie. Ça existe : vous vous mariez, et vous avez droit un jour de divorcer d’avec votre mari si votre mari ne vous plaît pas... C’est la règle universelle. Si les Ukrainiens ne veulent ne pas être attachés à la Russie, ils disent « non » à la Russie. Là, où sont les idiots et les criminels, on ne s’attaque pas à la culture et à une langue qu’on a utilisée pendant trois siècles.

 

Pour ce qui est de la Crimée, elle était donnée en cadeau par Khrouchtchev. Il y a un exemple qu’on oublie en France : c’était le même cas avec la Sarre qui appartenait à la France depuis Louis XIV, et en 1955 le Chancelier d’Allemagne Adenauer a demandé son retour. Parce que la majorité de la population était allemande. Qu’est-ce qu’a fait Pierre Mendès France? De manière démocratique, il a organisé un referendum pour demander à la population ce qu’elle pensait. Et la population a voulu retourner en Allemagne, aujourd’hui c’est un des Lands d’Allemagne qui s’appelle Saargebiet, la Région de la Sarre. Communiquez cette information à des opposants politiques – on pourrait l’utiliser. C’est un précèdent politique et juridique. »

 

Commentaire de l’auteur. Les parallèles historiques sont toujours très attrayants dans l’analyse des évènements. Seulement, cette analogie tentante ne correspond pas totalement au cas de la Crimée… Monsieur Halter n’a pas précisé que la Sarre est un territoire qui est passé entre plusieurs mains pendant des siècles : électeurs archevêques de Trêves, Ducs de Lorraine, guerre de Trente ans… les annexions françaises ont eu lieu à deux reprises : sous Louis XIV et après la Seconde Guerre mondiale, incluse dans la zone d'occupation française. Ce n’est pas étonnant que cette région si développée industriellement soit restée pendant les siècles l’objet de convoitise des grandes puissances…

 

Par contre, qualifier « d’idiots » des responsables ukrainiens qui annulent le statut de la langue russe serait sous-estimer leur capacités de réflexion. Il est évident que ces manœuvres avec le russe constituaient un piège bien réfléchi. C’était une tentative de tester où se trouve la ligne de tolérance, au-delà de laquelle on ne peut plus reculer. La Russie ne pouvait pas ne pas réagir à cet acte d’agression culturelle.

 

Il suffisait de regarder de près la politique linguistique de la Lettonie où, d’après le recensement du 2001, plus de 30 % d’habitants considéraient le russe comme leur langue natale. Mais l’offensive menée sur tous les fronts contre la population russophone a donné un résultat sans surprise au referendum sur le statut de la langue russe en tant que deuxième langue officielle – « non » à 74,8 %.

 

Une chose est sûre : il est rare que dans ce monde de politiques, de géopoliticiens, d’experts, de théoriciens et de spécialistes en tout genre, il nous reste très peu de place pour le raisonnement humain.

 

Pour l’humain tout court.

Et ce n’est que par l’analyse pondérée, raisonnable, éthique qu’on pourra trouver des solutions qui feront avancer le monde. T

Lire la suite:  source la voix de la Russie.

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