Point de vue de la presse israèlienne par Valérie Karsenti. Le problème parallaxe résultat élection israélienne.

Revue de Presse de Valérie - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Quelques mots sur les élections, si vous n’êtes pas saturés… et ensuite pour commémorer la journée internationale de la shoah l’histoire extraordinaire d’un rescapé qui a vécu l’histoire d’Israël de sa naissance jusqu’à aujourd’hui. 

Comme je l’avais rappelé dans mon point de vue de presse précédent, la coalition ne va pas être facile à mettre sur pied. 

Yair Lapid s’en tient à 3 points non négociables selon ses termes et qui sont : 

la réduction du cabinet ministériel à 18 ministres, 

l’armée pour tous (et c’est le point d’achoppement avec les partis religieux tels que Chass et Yahadout Hatorah) et enfin la reprise des négociations avec un partenaire palestinien  (à qui fait –il allusion ?)sans conditions préalables. 

Shelly Yehimovitch (leader du parti travailliste) quant à elle, est dépassée par ses propres partisans. Ce matin ,la jeune garde du parti s’est regroupée devant son domicile pour faire savoir à Shelly qu’elle ne devait en aucun cas négocier avec Bibi et que sa place était dans l’opposition. 

De plus, déçus par la défaite relative du parti travailliste, les principaux collaborateurs de Shelly lui ont reproché d’avoir pris des décisions sans les consulter, ce qui expliquerait, d’après eux, le recul du parti .

Il ne reste plus à Bibi que d’entamer des négociations avec Naftali Benett, chose à laquelle il s’était refusé jusqu’à présent. Pour faire bonne mesure, on nous annonce qu’en Syrie, on s’amuserait à utiliser des armes chimiques contre la population civile et que ceux qui en font usage pourraient bien les lancer sur Israël. 

A cet effet, le dôme de fer a d’ailleurs été déployé à Haïfa….Ah Bibi a fort à faire ! Mais finalement cette histoire d’armes chimiques et de menace sur le territoire israélien pourrait bien mettre tout le monde d’accord. 

La sécurité avant tout ! Et on en revient au dilemme habituel : la sécurité face au social

Casse-tête récurrent en Israël, qu’on est loin d’avoir résolu, tant nos voisins sont inventifs et persévérants !

Ce dilemme masque un fait un problème de perspective (de parallaxe comme l’explique si clairement Yeochoua Sultan qui a écrit cet article) que je souhaiterais partager avec vous dans cette tribune. (Je ne partage pas toutes les idées avancées par Yeochoua ,en particulier celles qui sont relatives au cynisme politique du premier ministre, mais son analyse globale me semble juste…à vous de juger) cliquez-ici

Un problème de parallaxe trouble la vue des électeurs. Nombreux sont les observateurs qui, de ce fait, n’hésitent pas à affirmer que tout le système politique s’est déplacé vers la droite, alors que c’est le contraire qui est vrai.


Qui n’a jamais entendu parler du problème de la parallaxe? 

C’est une question qui a interpelé tout amateur de photo et qui a pu être décisive dans son choix d’un appareil réflex. Aujourd’hui, cette notion tend à disparaître, vu que la plupart des appareils numériques se passent de viseur optique.

La définition générale du dictionnaire du Cnrtl nous éclaire de la façon suivante: «Incidence du changement de position de l’observateur sur l’observation d’un objet.» 

Et plus spécifiquement: «Parallaxe de visée. Différences de cadrage entre l’image visée et l’image enregistrée.» 

Dans la pratique, plus simplement, le problème optique est produit par le décalage qui existe entre le viseur adapté à l’œil du photographe, ou de l’observateur, et entre l’objectif directement dirigé sur le capteur de l’image ; ce qui fait ce que vous voyez n’est pas ce qui est retenu dans les faits. La parallaxe consiste donc en un problème de cadrage.

On retrouve le même problème avec les armes, entre l’alignement des viseurs avec le canon, d’où l’exercice de réglage indispensable le premier jour de chaque période de réserve, le fusil «réflex», où le viseur permettrait de voir à travers le canon n’ayant pas encore été inventé.

Donc, concrètement, si vous cherchez à prendre sur une même photo trois personnages, avec un viseur qui vous donne un faux regard à droite,  vous verrez sur votre photo, qui vous rapportera une vision faussée, les éléments de gauche apparaître plus à droite: le personnage de gauche apparaîtra sur le centre de l’image tirée, celui du centre à droite et celui de droite aura simplement disparu. 

Par analogie, d’anciens animateurs en bavardages, l’un de la télé l’autre de la radio, qui ont quitté leur poste pour se placer de l’autre côté du micro et de la caméra, s’auto définissent comme correspondants au centre de la carte politique. 

En réalité, ils sont juste une place après l’extrême-extrême-gauche, mais le défaut de parallaxe qu’ils provoquent chez l’observateur électeur, en essayant de leur vendre un appareil photo mal réglé, les fait apparaître au centre de la scène.

Voici ce que vous montre votre viseur, fourni par les médias :

Extrême gauche, gauche, centre ou gauche

Et vous voyez donc bien les animateurs médiatiques positionnés au centre.

Alors que la réalité donne ceci:

Gauche, centre ou gauche, droite

C’est ça la parallaxe, et vous avez été victime d’une illusion d’optique entretenue par les anciens subordonnés des dits animateurs.

Or, ce viseur, que vous avez fait vôtre, n’est autre que celui que la propagande médiatique vous a refilé pour que la gauche puisse vous forcer à la positionner au centre de votre perception. 

Comme vous êtes, comme tous les gens sensés, un grand amateur du juste milieu, vous risquez de tomber dans ce piège dont le site Latma a su faire ressortir le ridicule, en remplaçant l’adjectif gauche par l’adjectif centre dans des cas où l’aspect inapproprié de ce décalage saute aux yeux.

Et que devient la droite, sous cette optique? 

Tout simplement, pour ne pas se retrouver en dehors du viseur, elle se décale sur la gauche, ce qui ne la dérange absolument pas, puisque la gauche se fait passer pour le centre. Autrement dit, elle veut se mettre sur une place qui sera un peu plus au centre de l’image telle qu’elle apparaît.

Or, il suffit que seules les têtes du gros parti encore considéré comme de droite virent à gauche pour que tous les passages de l’autobus, c’est-à-dire les députés de la formation, se retrouvent à gauche aussi, qu’ils le veuillent ou non. 

Au cours de l’un des derniers véritables bras de fer entre l’idéologie de la droite et les tendances de la gauche à spolier les droits des Juifs en Judée, la partie a été gagnée par la gauche parce que le Premier ministre l’a voulu.


Il a torpillé un projet de loi qui aurait permis naturellement à ces droits d’être prévalus, en menaçant les ministres de limogeage et en mettant en minorité les députés les plus déterminés, y compris ceux qui avaient un peu trop vite pensé que le gouvernement tomberait en cas de violation trop flagrante des principes du Likoud.

Même si c’est désagréable à admettre, il semble donc bien que la tendance à l’ordre du jour veuille que plus le nombre de députés sera grand, plus grand sera le nombre d’idéologues réellement honnêtes paralysés, neutralisés et cyniquement exploités par un Premier ministre seul maître à bord. 

Il suffit pour s’en convaincre de considérer les dernières affirmations de son ministre des Affaires étrangères, qui a pourtant réussi à se faire passer pour son aile droite, pour un homme n’ayant pas sa langue dans sa poche, et qui lui servirait de gouvernail quand il lorgne un peu trop à gauche. 

Mais sachant que cet homme est pourchassé, et non pas poursuivi, par les patrons de la justice, mieux vaut prendre très au sérieux la menace sous-jacente à son approbation du discours de tendance extrême-gauchiste de son patron à Bar-Ilan.

On aimerait se rassurer en prenant une bonne bouffée des discours patriotiques de Nétanyahou, parlant haut et fort des droits moraux, historiques, religieux, culturels, multimillénaires etc. etc. des Juifs sur la terre d’Israël, et fermer les yeux ou minimiser le blocage de la judaïsation de la Judée, quand il ne s’agit pas d’une pure déjudaïsation musclée ou de l’islamisation de tout le pourtour de Jérusalem. 

Vous me diriez: «Mais il a dit qu’il allait construire etc.» Certes, mais il serait plus approprié de faire tout simplement le tour de ses réalisations concrètes pendant les dernières années de la 18ème Knesset. 

Il faut simplement vérifier si beaucoup de ses déclarations qui vont dans le sens de la souveraineté et la paix pour Israël se sont traduites en actes.

Car il n’est pas un simple candidat qui vient avec beaucoup d’idées et de motivation. Il est Premier ministre. Cette dialectique très à propos n’est pas une nouveauté. Mitterrand avait répondu lors de son dernier débat contre Chirac qui venait avec des tas de projets: «Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre.»  Personne n’a eu de mal à comprendre le reproche lourd de sens: «Tout ce que vous dites est bien beau, mais le décalage entre vos discours et vos actes montrent qu’il ne faut pas voter pour vous».


Il est donc difficile de s’enivrer en buvant de si beaux discours quand on a devant soi un Premier ministre qui a commencé son mandat en bloquant la construction pour les Juifs en Judée et à Jérusalem, à moins de passer de l’enivrement à l’état de drogué: «Sniffez-moi un peu de ce discours.»

Un texte antérieur de près de trois mille ans au débat Mitterrand-Chirac résume bien l’attitude du Premier ministre israélien: «La voix est la voix de Jacob ; mais les mains sont les mains d’Esaü», le discours est honnête, droit, exaltant, juste, mais les mains refusent de signer les autorisations pour le développement juif de Jérusalem.


Un curieux argument se fait entendre dans le cadre de la campagne électorale. Il voudrait que le Likoud et le parti de Benett remportent le maximum de mandats, étant donné que Netanyahou est perçu selon toute vraisemblance comme l’homme qui formera le prochain gouvernement, afin qu’il ne soit pas tenté de prendre avec lui les partis de gauche, à tendance extrême-gauchiste qui se placent au centre du viseur.


Mais est-ce vraiment un problème de nombre de sièges? Il faudrait expliquer alors pourquoi Netanyahou a continué à garder Ehoud Barak au poste de ministre de la Défense, y compris après le 17 janvier 2011, quand il ne représentait plus qu’un petit parti de 5 députés. 

Les mêmes politologues avertis qui hurlent corps et âme qu’il faut renforcer les grands partis pour ne pas laisser les petits faire la loi et imposer leur agenda n’ont jamais protesté contre l’aberration de ce choix du Premier ministre, choix pourtant tellement préjudiciable pour le développement des localités juives en Judée-Samarie et à la sécurité des soldats de Tsahal, dont certains ont été réduits à s’enfuir devant des jeteurs de pierres pour ne pas risquer de se retrouver devant le barreau puis derrière les barreaux.

Quant au nouveau parti supposé empêcher le Premier ministre de se retourner contre les citoyens les plus engagés de son propre pays, comment réagira-t-il en cas de «concessions douloureuses» d’un Premier ministre qui n’a jamais le choix et dont ce n’est jamais la faute? Voudra-t-il, comme le disaient les prédécesseurs du prometteur Benett, ne pas quitter le gouvernement prétendument pour influer sur l’exécution des décisions du pouvoir mais concrètement pour lui permettre tous les débordements?

Le défaut de parallaxe permet en effet à la gauche post sioniste de se faire passer pour un centre éclairé et modéré, tandis que la droite, pour ne pas être éjectée de l’image, glisse largement à gauche, mais alors que la gauche réussit à mieux se faire accepter par le grand public, les partisans de la droite qui ont bifurqué au centre-gauche, mais qui se trouvent à la droite de l’image perçue par le viseur, continueront à penser qu’ils ont affaire à la droite, et feront confiance toujours au même homme politique qui ne contredit plus les principes écrits du Likoud seulement quand il est sous pression, mais également en période calme.

Or, s’il existe peut-être une autre droite, qui pourrait faire machine arrière pour tirer le pays de tous les traquenards et repartir de l’avant, et soutenir le droit des Juifs à se réinstaller et à prospérer sur toute l’étendue de leur terre, pour protéger par la même occasion Tel-Aviv des bombardements non seulement de Gaza mais de l’Etat terroriste préconisé par le discours de Bar-Ilan, elle se trouve bien trop à droite du viseur tronqué, et bien trop extrémiste pour qu’on s’y intéresse sérieusement, puisque l’extrême-gauche qui considère les criminels du Fatah comme des partenaires est maintenant le centre.

Mais pour le Juif, il reste toujours cette dimension suprapolitique que représente la prière: «Sauve-moi, de grâce, de la main de mon frère, de la main de Netanyahou, car je crains qu’il ne me frappe et m’expulse, joignant la mère aux enfants» (inspiré de Genèse, XXXII, 12) ; mais qui n’empêche pas toutefois de voter. 

Qu’il est long et dur, l’exil d’Edom ; si le sanctuaire a aussitôt été établi dès la fin de l’exil d’Egypte ou de Babylonie, il n’en est pas de même pour le retour actuel de l’exil. Cependant, il ne faut pas perdre espoir, car aucune des promesses relatives à la rédemption ne sera vaine. «Le D. d’Israël ne ment ni ne se rétracte, car Il n’est pas un homme pour se rétracter.» (I Samuel, XV, 29).

Valérie Karsenti en direct de Jérusalem pour Alliance

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi