Ouverture du procès du plus jeune détenu de Guantanamo

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Il n'avait que quinze ans quand il a été capturé sur un champ de bataille en Afghanistan. Huit ans après, le procès du plus jeune détenu de Guantanamo, le Canadien Omar Khadr, s'est ouvert mardi sur la base navale américaine à Cuba. Accusé d'avoir lancé une grenade qui a tué un soldat américain, il encourt la prison à vie.

Son procès, qui devrait durer trois semaines environ, sera d'autant plus suivi qu'il s'agit du premier procès de l'ère Obama dans le cadre du système contesté des tribunaux militaires spéciaux hérité de l'administration Bush.

Le jeune âge d'Omar Khadr a exposé l'administration Obama aux critiques des défenseurs des droits des enfants. Le directeur général de l'UNICEF, Anthony Lake, un ancien conseiller du président américain, avait mis en garde en mai dernier contre un procès qui risque de créer un "dangereux précédent sur le plan international" pour les enfants-soldats.

Vêtu d'un costume gris avec cravate, le jeune détenu portant la barbe a pris place mardi dans le box au premier jour du procès, qui a commencé par la sélection des jurés parmi un groupe d'officiers américains. Les débats s'ouvriront mercredi avec les exposés de l'accusation et la défense.

Les procureurs militaires présentent l'accusé comme un combattant d'Al-Qaïda tout à fait lucide, alors que les avocats de la défense dressent le portrait d'une victime, entraînée malgré elle dans la guerre par une famille étroitement liée à Oussama ben Laden, chef du réseau Al-Qaïda. Son père, Ahmed Said Khadr, un Canadien d'origine égyptienne, est soupçonné de financement du terrorisme.

"Ce n'est pas un vrai combattant taliban. C'est un gosse qu'on a mis dans une malheureuse situation", résume Dennis Edney, un avocat canadien du jeune homme.

Sa capture le 27 juillet 2002 est intervenue après une longue bataille entre les forces spéciales américaines et un groupe d'hommes retranchés dans un complexe d'Al-Qaïda dans l'est de l'Afghanistan. Au moment où les militaires pénétraient dans le bâtiment, Omar Kadhr est accusé d'avoir lancé une grenade qui a tué un sergent de l'armée de terre, Christopher Speer, originaire d'Albuquerque au Nouveau-Mexique. Après sa capture, Omar Kadhr, qui avait reçu deux balles dans le dos, a été soigné par des médecins américains, puis évacué vers Guantanamo.

Le jeune homme nie avoir lancé la grenade et a plaidé non coupable lundi des cinq chefs retenus contre lui, dont meurtre, complot et espionnage. Il encourt la prison à vie.

Ses avocats affirment que le dossier de l'accusation repose uniquement sur des aveux extorqués à la suite de mauvais traitements en Afghanistan puis à Guantanamo. Mais le juge militaire, le colonel Pat Parrish, a rejeté lundi leurs arguments et estimé que ces supposés aveux pouvaient être utilisés contre lui.

La défense compte sur le témoignage de certains des soldats qui l'ont interrogé, dont l'ancien sergent Joshua Claus. Ce dernier avait rapporté lors d'une audience préliminaire qu'il avait fait peur au jeune homme pour obtenir sa confession en lui racontant l'histoire inventée d'un détenu qui refusait de coopérer et qui avait été envoyé dans une prison américaine pour être violé.

Ce procès très critiqué aurait suscité des réticences jusqu'à Washington. Mais les négociations pour un arrangement évitant un procès n'ont pas abouti.

Si certains pays occidentaux ont réussi à obtenir le rapatriement de leurs ressortissants détenus à Guantanamo, le Canada s'est refusé à intervenir, même si la Cour suprême canadienne a confirmé en janvier que les droits du jeune homme avaient été violés.

Le jeune Canadien va être jugé dans le cadre des tribunaux spéciaux mis en place par George W. Bush pour juger les suspects de terrorisme. En 2006, la Cour suprême américaine a annulé une première version de ces tribunaux militaires, alors baptisés commissions. Le système a été révisé sous l'administration Bush, puis par le président démocrate Barack Obama qui a renforcé les protections juridiques pour les détenus. Mais les défenseurs des droits de l'Homme estiment que le système ne garantit toujours pas de procès équitables et que les détenus devraient plutôt être jugés devant des tribunaux civils américains.

Barack Obama avait promis peu après son investiture en janvier 2009 de fermer la prison de Guantanamo avant un an. Mais ses efforts se sont heurtés à l'opposition du Congrès, qui n'accepte pas de voir les prisonniers transférés aux Etats-Unis.

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