Double choc : Trump coupe 3,8 milliards le jour où le Michigan élit Abdul El‑Sayed

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 Par Claudine Douillet

Les États-Unis vont cesser de financer la sécurité d'Israël. Donald Trump l'a annoncé le jour même des élections de mi-mandat, quelques heures avant que le Michigan n'envoie au Sénat Abdul El‑Sayed, l'un des adversaires les plus virulents de l'État juif. Ces deux événements relèvent d'une même dynamique : Israël est devenu un enjeu de politique intérieure américaine, et il y perd du terrain.

Une annonce lâchée en direct sur Fox News

Mardi 3 novembre, au téléphone avec Fox News, le président américain a affirmé verser 4 milliards de dollars par an à Israël et avoir conclu un accord, des mois plus tôt, pour y mettre fin, en assurant que Benjamin Netanyahou était d'accord. Sa justification tient en une phrase : « Israël est un pays très prospère ». Il a ajouté que Washington aiderait Israël en cas de besoin.

L'enveloppe n'a rien d'anecdotique. Israël reçoit chaque année 3,8 milliards de dollars, dont environ 3,3 milliards pour acheter du matériel militaire américain et 500 millions pour des programmes conjoints de défense antimissile, comme le Dôme de fer et la Fronde de David. Cette aide découle du mémorandum signé par Barack Obama en 2016 et devait courir jusqu'en 2028. À Jérusalem, des responsables israéliens ont été pris de court par le calendrier et cherchaient encore à en mesurer les conséquences.

Ce que Netanyahou voulait, et ce qu'il n'avait pas demandé

L'idée de sortir de l'aide ne vient pas de Washington. En janvier, dans un entretien à The Economist, Netanyahou avait dit vouloir ramener progressivement l'aide à zéro sur dix ans. Ron Dermer défendait ce projet auprès des parlementaires américains, en expliquant qu'il améliorerait l'image très dégradée d'Israël aux États-Unis. Trump, à l'époque, ne comprenait pas cette démarche.

La différence est de taille. Une sortie négociée sur dix ans devient une coupure sèche en fin d'année. Le biographe de Netanyahou, Anshel Pfeffer, y voit un échec personnel du Premier ministre et de Ron Dermer, l'homme chargé de la relation avec l'administration Trump. Gadi Eisenkot en a tiré la conclusion que Netanyahou devait partir.

Pourquoi Trump lâche Israël maintenant

Le contexte de l'annonce en dit plus long que la justification économique. Trump a abordé le sujet en réponse à une question sur l'antisémitisme, et a demandé pourquoi l'Amérique devrait subir les attaques de « fous » comme El‑Sayed alors qu'Israël n'a pas besoin de cet argent. Autrement dit, l'aide est devenue un handicap électoral, et il préfère retirer l'argument à ses adversaires plutôt que de le défendre.

Les sondages vont dans ce sens. Une part croissante d'Américains souhaite que l'aide à Israël soit réduite ou supprimée. Selon une étude du Pew Research Center publiée en avril, quatre républicains sur dix ont désormais une opinion défavorable d'Israël. Ses détracteurs ont d'ailleurs dénoncé une manœuvre électorale plutôt qu'une véritable décision politique.

Les pressions venues de son propre camp

Le coup ne vient pas seulement de la gauche. Depuis l'entrée en guerre contre l'Iran, le 28 février, la droite « America First » s'est retournée contre Israël. Tucker Carlson, qui a quitté le Parti républicain, accuse Netanyahou d'avoir manipulé Trump pour l'entraîner dans la guerre et a qualifié le président d'« esclave » du Premier ministre israélien. Marjorie Taylor Greene a, de son côté, déposé un amendement visant à retirer 500 millions de dollars d'aide militaire à Israël. Candace Owens et Megyn Kelly complètent ce chœur, dont l'audience est considérable auprès des jeunes conservateurs.

Ce courant reste pourtant minoritaire. Un rapport du ministère israélien de la Diaspora estime que seuls 15 à 20 % des républicains ont des opinions réellement isolationnistes, et qu'une large majorité de l'électorat MAGA soutient toujours Israël. Trump a donc cédé à la minorité la plus bruyante de son camp, au moment précis où il avait besoin de toutes ses voix.

Il faut aussi relativiser la portée concrète de cette décision. Israël utilise cette aide pour acheter des armes américaines, de sorte que l'argent revient en grande partie aux industriels américains. La coupure est surtout un symbole, mais en politique, les symboles pèsent lourd.

Abdul El‑Sayed, premier sénateur musulman et adversaire déclaré d'Israël

Quelques heures plus tard, le Michigan rendait son verdict. À 42 ans, cet Américain d'origine égyptienne devient le premier musulman élu au Sénat des États-Unis et conserve pour les démocrates le siège du sénateur sortant Gary Peters.

Ses positions sur Israël sont connues. Il accuse Israël de génocide à Gaza, réclame la fin de l'aide militaire américaine, y compris défensive, et a établi des comparaisons morales entre le gouvernement israélien et le Hamas. Il a déclaré ne pas considérer Israël comme un allié des États-Unis. Sur CNN, en juillet, il a refusé d'affirmer clairement le droit d'Israël à exister, se contentant de constater qu'Israël existe.

Sa campagne a été émaillée de polémiques. Il est apparu lors de meetings avec l'influenceur Hasan Piker, dont les propos sur Israël et les Juifs ont été dénoncés comme antisémites. Une publicité diffusée par le comité de soutien de Cenk Uygur rendait l'aide à Israël responsable de la hausse des prix alimentaires aux États-Unis. L'Anti-Defamation League l'a qualifiée de cas d'école d'antisémitisme. Sa campagne s'est contentée de dire que ce spot n'avait aucun lien avec elle, ce qui n'a pas satisfait les rabbins qui exigeaient une condamnation explicite. La démocrate Haley Stevens, battue par lui lors de la primaire, a fini par soutenir son adversaire républicain deux jours avant le scrutin.

El‑Sayed, lui, se défend. Il nie toute forme d'antisémitisme et a dénoncé l'antisémitisme à plusieurs reprises pendant sa campagne. Les excès de ses adversaires l'ont aussi servi : Trump l'a présenté, sans aucune preuve, comme un membre des Frères musulmans. Une attaque infondée offre toujours à sa cible le confortable statut de victime.

Le paradoxe : Trump applique le programme de celui qu'il combat

C'est le cœur de l'affaire. Le jour où Trump désigne El‑Sayed comme une menace pour les Juifs, il réalise l'une de ses principales revendications : la fin de l'aide militaire à Israël. Le candidat anti‑israélien n'a même pas eu besoin d'être élu pour gagner cette bataille.

La suite s'annonce plus délicate encore. Les démocrates ont repris le contrôle du Sénat à la faveur d'une vague bleue. Or c'est le Congrès qui autorise l'aide étrangère. Toute nouvelle coopération militaire avec Israël passera désormais par une chambre où siège Abdul El‑Sayed.

La montée d'un islam politique militant

L'élection du Michigan n'est pas un accident. Dans cet État, l'influence politique des musulmans américains a considérablement augmenté. Autour de Dearborn, un électorat organisé a appris à peser sur les primaires démocrates et à faire de la cause palestinienne un critère de vote.

Le danger ne réside pas dans la foi de millions d'Américains musulmans. Il tient à la convergence de trois courants qui s'ignoraient il y a dix ans : un islam politique militant, une gauche progressiste qui a adopté le vocabulaire du « génocide » et de l'« apartheid », et une droite isolationniste qui voit dans Israël un parasite de la puissance américaine. Ces trois courants n'ont rien en commun, sauf leur cible.

Ce que cela change pour Israël

Sur le plan financier, le choc reste absorbable. Le budget 2026 prévoyait 35 milliards de dollars pour la défense, soit près de dix fois l'aide américaine annuelle. Netanyahou avait déjà annoncé un plan de 350 milliards de shekels pour bâtir une industrie d'armement indépendante. Il faudra néanmoins financer seul certains achats, en différer d'autres et repenser les programmes conjoints de défense antimissile.

Le vrai coût est politique. Pendant cinquante ans, le soutien à Israël a fait l'objet d'un consensus entre républicains et démocrates à Washington. Ce consensus se fissure des deux côtés à la fois. Israël entre dans une ère où son alliance avec l'Amérique ne va plus de soi et doit être reconquise chaque année, dans chaque État, à chaque élection.

Sources

https://www.cnn.com/2026/11/03/politics/trump-us-aid-israel
https://www.ynetnews.com/article/bjbughppmg

Trump’s Election Day surprise: End US aid to Israel. But other strong financial ties would remain.


https://thehill.com/homenews/administration/6191387-trump-netanyahu-end-us-aid/

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