Plastic Beauty sur Netflix : et si le bistouri guérissait l'âme ? Qu'en dit le judaïsme -vidéo-

Actualités, Chronique Cinéma, Clin d'oeil beauté, Culture - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Plastic Beauty sur Netflix : et si le bistouri guérissait l'âme ? Qu'en dit le judaïsme

La beauté soigne. C'est la thèse dérangeante de Plastic Beauty, série japonaise diffusée sur Netflix depuis le 17 septembre, qui transforme la chirurgie esthétique en médecine de l'âme. Une question que le judaïsme avait déjà posée il y a deux mille ans.

Par Claudine Douillet I 27 septembre 2027

Deux chirurgiennes, deux visions de la médecine

Elle sauvait des vies aux urgences. On l'envoie refaire des nez. Fumi Numata (Mayu Matsuoka) est chirurgienne spécialisée en chirurgie plastique et reconstructrice, contrainte par les circonstances de se reconvertir dans la chirurgie esthétique, ce qui la met en conflit avec Rin Tohyama (Riisa Naka), une chirurgienne esthétique renommée qui croit que la beauté est un moyen de sauver des vies.

Le choc est brutal. Fumi méprise ce qu'elle voit comme un commerce de la vanité. Rin, elle, regarde ses patients comme des blessés. Pas des blessés du corps. Des blessés de l'âme.

Cette série japonaise en huit épisodes, réalisée par Yuki Saito et écrite par Junya Ikegami, aurait pu être un drame médical de plus. Elle est bien davantage : un scalpel posé sur nos certitudes.

Belle avant de mourir

Une scène résume tout. Une veuve en phase terminale demande une transformation complète. Elle va mourir. Elle le sait. Et elle exige d'être belle.

Caprice ? Déni ? Folie ? La série répond autrement. Cette femme ne réclame pas quelques années de plus. Elle réclame de partir en se reconnaissant enfin dans le miroir. De réconcilier, avant la fin, celle qu'elle est avec celle qu'elle aurait voulu être.

Époustouflant. Et profondément bouleversant.

Les blessures d'enfance se cachent sous la peau

Au fil des six premiers épisodes, le schéma se répète. Derrière chaque demande qui paraît superficielle surgit une douleur ancienne : un surnom humiliant à l'école, un regard de parent qui blesse, une adolescence passée à se cacher. La série montre des patients dont la demande paraît superficielle mais cache une véritable souffrance, l'influence de la famille et des réseaux sociaux, et ceux qui risquent de tomber dans une quête sans fin de perfection.

Car Plastic Beauty ne fait pas l'apologie aveugle du bistouri. Elle en montre aussi les dérives, la cupidité, l'addiction. Mais elle ose poser la question interdite : et si ce que l'on appelle superficiel était en réalité le plus profond ?

Soigner l'âme par le bistouri

Fumi et Rin s'affrontent, épisode après épisode. Puis quelque chose se fissure. Fumi découvre que réparer un visage peut réparer une vie. Rin découvre que la beauté sans éthique n'est qu'un marché. Deux femmes, deux approches, un même but : guérir.

Si soigner l'âme par le bistouri est possible, pourquoi s'en priver ?

Ce que dit la Torah sur l'apparence

La question n'est pas nouvelle. Le judaïsme l'a affrontée de face.

Dans le Lévitique, un prêtre porteur d'un défaut physique ne pouvait pas officier à l'autel du Temple. Aveugle, boiteux, visage mutilé, membre difforme : le service sacré exigeait l'intégrité du corps. La Mishna, dans le traité Haguiga, dispensait également les aveugles et les boiteux de l'obligation de monter à Jérusalem lors des fêtes de pèlerinage.

Mais attention au contresens. Ce prêtre n'était ni exclu ni déchu. Il restait Cohen, conservait sa sainteté et mangeait les offrandes consacrées. L'exigence portait sur le service, pas sur la valeur de l'homme. Devant Dieu, ce qui est offert doit être entier. L'apparence n'est donc pas un détail : elle touche au sacré.

« La Main de Dieu » : le slogan qui dit tout

La clinique de Rin Tohyama s'affiche sous un slogan vertigineux : « La Main de Dieu ». Provocation marketing ou aveu théologique ? Le judaïsme y répondrait sans détour. Dans la Genèse, Dieu façonne l'homme à partir de la poussière comme un potier modèle l'argile. Le prophète Jérémie reprend l'image : « Comme l'argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main. » Le corps humain est une œuvre sculptée, et ce qui a été sculpté peut être repris.

Le Midrash va encore plus loin. Interrogé par le gouverneur romain Turnus Rufus, Rabbi Akiva affirme que les œuvres de l'homme peuvent surpasser celles de Dieu : le blé est divin, mais le pain est humain, et le pain est meilleur. Dieu a laissé le monde inachevé pour que l'homme le parfasse. Le chirurgien qui répare un visage ne défie pas le Créateur. Il prolonge son geste. Entre la création et la renaissance, il n'y a qu'une main.

La beauté, une bénédiction

Le Talmud va plus loin. Celui qui voit une créature d'une beauté remarquable doit réciter une bénédiction : « Béni sois-Tu qui as de tels êtres dans Ton monde. » La beauté humaine devient un motif de louange divine.

Le traité Berakhot affirme qu'une belle demeure, de beaux objets et une belle épouse élargissent l'esprit de l'homme. La beauté n'abrutit pas. Elle ouvre. La Bible elle-même ne cache pas la beauté de Sarah, de Rachel, de Joseph ou de David. Le Talmud décrit longuement la splendeur de Rabbi Yohanan.

« Va dire à l'artisan qui m'a fait »

Mais le judaïsme connaît aussi la brûlure du regard. Le traité Taanit rapporte l'histoire de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Chimon, qui croise un homme d'une grande laideur et l'humilie. L'homme lui répond : « Va dire à l'artisan qui m'a fait : comme ce vase que tu as fait est laid. » Le sage, bouleversé, se prosterne et implore son pardon.

Tout est là. Mépriser un visage, c'est insulter son Créateur. L'homme est fait à l'image de Dieu. Hillel l'Ancien allait au bain en disant qu'il accomplissait une mitsva : prendre soin du corps, c'est honorer cette image.

Quand les rabbins autorisent le bistouri

En principe, la loi juive interdit de se blesser volontairement. Une opération esthétique pourrait donc sembler proscrite. Pourtant, le grand décisionnaire du XXe siècle, Rav Moshe Feinstein, a autorisé la chirurgie esthétique pour une jeune femme dont l'apparence l'empêchait de se marier et la faisait souffrir. Son raisonnement : la souffrance morale et la honte sont de véritables douleurs, et les soulager justifie l'intervention.

Exactement ce que défend Rin dans Plastic Beauty. Le bistouri devient remède quand il guérit une blessure réelle, même invisible.

La beauté, intelligence du corps

Le judaïsme met en garde contre la vanité : « La grâce est trompeuse et la beauté est vaine », dit le livre des Proverbes. Mais le même judaïsme bénit la beauté, la protège et autorise qu'on la répare quand son absence détruit une vie.

La beauté n'est ni une frivolité ni une idole. Elle est peut-être l'intelligence du corps, le langage par lequel l'âme se montre au monde. Quand ce langage est brisé, l'âme se tait.

Plastic Beauty l'a compris. Cette série japonaise, sous ses allures de drame médical, pose une question vieille comme la Torah : peut-on guérir de l'intérieur en réparant l'extérieur ? La réponse, sur Netflix comme dans le Talmud, est un oui prudent. Mais un oui.

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER D'ALLIANCE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI :https://alliance-magazine.com/?p=subscribe&id=1

 

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi