Interview exclusive de Catherine Breillat

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abus2.jpgC'est au sein d'un grand hôtel parisien que Catherine Breillat (metteur en scène de plus d'une douzaine de films dont le très sulfureux Romance), nous a accordé un entretien, autant exclusif qu'émouvant. A l'occasion de son livre récemment paru aux éditions Fayard, elle nous raconte sous forme de parallélisme, d'un côté son combat contre son grave accident cérébral et de l'autre son histoire avec le petit grand arnaqueur d'Hollywood, Christophe Rocancourt; celui qui a réussi à lui dérober la somme de 750 000 euros, profitant de l'état de faiblesse de la réalisatrice. 

Laurent Bartoleschi : Comment avez-vous été séduite par Le Rocancourt? Parlez-nous un peu de lui.

Catherine Breillat: En le voyant pour la première fois lors d'une émission à la télé, je m'étais dit qu'il serait trop vieux pour mon personnage dans Bad Love. Il me fallait de l'adolescence. A notre première rencontre, en ouvrant ma porte, je me souviens m'être dit :"ah oui ouf vous êtes jeune! Il a souvent fait l'éternel ado, celui qui a tout lu Nietzsche, mais qui ne connaissait que les dix lettres de son nom, comme disait sa compagne Sonia Rolland. Lui qui voulait faire un film sur sa vie, à 40ans, il était en mesure de dire qu'il voulait faire un film bilan, avec pour le rôle titre Patrick Bruel! Grâce à sa sympathie, il arrivait à faire susciter une telle émotion qu'on en croirait ses dires. C'est un professionnel. Un vrai "Serial" comme je le dis souvent dans le livre. Il ne peut s'exprimer et exister parce que c'est un rien. Ce qui le fait "exister", c'est justement l'escroquerie.

L.B : Y-a-t-il eu un rapport mère/fils?

C.B : Enormément, oui! Plus que ce que d'autres journalistes ont comparé notre relation à une histoire d'amour. On pourrait croire que c'est parce qu'il avait une réelle sympathie, de l'attachement vis-à-vis de moi. Il faut dire que malgré ma maladie, je ne me consacrais qu'à lui, à tel point que je ne voyais plus mes propres enfants. Le seul "amour" que j'ai pu avoir envers lui est celui qu'un metteur en scène peut avoir pour son personnage. Je suis un peu la mère qu'il n'avait jamais eu : une mère de substitution. Il répétait souvent qu'il avait reçu une éducation terrible. Or tout cela est faux! Peut être s'agit-il d'une des raisons du pourquoi j'ai écrit Abus de faiblesse, afin d'éclaircir tout ceci dans ma tête.

L.B : Vous dites:" être Hémiplégique, c'est devoir s'excuser tout le temps". C'est-à-dire? abus.jpg

C.B : On ne peut pas faire semblant. Je fais du cinéma et quelquefois, durant les tournages, on doit me porter. Je ne cherche pas à être un éventuel dictateur; parfois certaines personnes le comprennent mal. Je n'ai pas ce que l'on appelle une sensibilité profonde : je ne sais pas si j'attrape quelconque objet; je peux opposer mes doigts aux autres, mais c'est tout. Quand je ne regarde ni mes jambes, ni mes pieds, je ne peux pas vous dire où ils se trouvent. Je suis un demi-cadavre. Un corps qui n'existe que par sa douleur: deux parties indépendantes, pesantes et absentes. L'une tombe sur l'autre. Non seulement, je ne peux me déplacer comme tout le monde, mais en plus cela me demande une colossale concentration. Depuis que je suis mal à gauche, je suis mal à droite.

L.B : Qu'en est-il de l'affaire au jour d'aujourd'hui?

C.B : Ce qui est sur est qu'il soit resté une journée entière en garde à vue par la brigade de répression de la délinquance astucieuse rue du Château des Rentiers dans le XIIIème à Paris, spécialisée pour les abus de faiblesse. Il avait des "choses à répondre", mais il trouvé le culot d'annoncer diverses vérités selon lui abracadabrantes : que je l'avais payé en tant qu'acteur 750 000€, et qu'il avait un contrat! Ahurissant de pouvoir dire cela, en pleine garde à vue, à la police. Aujourd'hui, il y a régulièrement des audiences et il y fait appel. Il a une caution de 30 000 € à me verser chaque mois. Interdiction de sortir du territoire, interdiction d'essayer de m'approcher et/ou de me contacter.

L.B : Vous êtes actuellement en plein tournage et vous souhaitez pleinement que Ronit Elkabetz fasse partie de votre aventure. Où l'avez-vous rencontré?

C.B : C'était lors d'un festival à Tel Aviv où l'on me rendait hommage à travers une rétrospective de mes films, que j'ai rencontré cette sublime actrice. Elle avait adoré Romance et moi j'avais trouvé sa performance exceptionnelle dans "Prendre Femme". Depuis, on se contacte régulièrement. J'ai énormément envie de la faire tourner dans mon prochain film La belle au bois dormant. Mais elle a un planning très chargé; c'est pour cette raison que je lui ai proposé trois rôles, et selon ses disponibilités elle choisira. On peut dire que l'on a un grand point commun elle et moi: nos films n'intéressent qu'une catégorie de cinéphile et on a du mal à trouver des fonds pour les faire.

Laurent Bartoleschi

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