Référendum sur l'interdiction des minarets en Suisse: le "oui" en tête

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minarets.jpgLes Suisses se prononçaient ce dimanche par référendum sur une initiative controversée, visant à interdire la construction de minarets sur le territoire helvétique. Selon des projections de la chaîne de télévision suisse DRS, basées sur les premiers résultats, le "oui" à l'initiative était en tête, avec 59%.

Claude Longchamp, directeur de l'institut de sondage gfs.berne, a de son côté déclaré que le "oui" pourrait l'emporter dans plus de la moitié des 26 cantons du pays, ce qui en ferait un amendement constitutionnel. Un sondage de gfs.berne publié le 18 novembre prédisait le rejet de l'initiative par 53% des voix.

Les résultats définitifs de la "votation populaire" étaient attendus dimanche en fin d'après-midi.

Lancée par des membres de l'UDC (Union démocratique du centre, une formation populiste de droite) et de l'Union démocratique fédérale (UDF, droite chrétienne) cette initiative est combattue par le Conseil fédéral (gouvernement) et le Parlement, qui mettent en garde contre les conséquences négatives sur la paix religieuse et en matière de politique extérieure. L'une des affiches utilisée par l'UDC pour la campagne électorale a suscité une vive polémique. Elle représente une femme en burqa noire, entourée de minarets transperçant le drapeau suisse.

La ministre suisse de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf a souligné que l'interdiction de ces édifices serait contraire à la liberté de religion et discriminatoire. Une acceptation de l'initiative violerait les droits de l'homme et mettrait en péril l'image de la Suisse, a-t-elle déclaré.

Le président de la Confédération helvétique, Hans-Rudolf Merz, a appelé au rejet de l'initiative contre les minarets. Rappelant la longue tradition de tolérance religieuse en Suisse, le président de la Confédération a invité à accepter les symboles d'autres religions et souligné qu'il n'y aurait pas d'appel à la prière du muezzin en Suisse.

Les organisations islamiques de Suisse sont de leur côté montées au créneau début novembre contre l'initiative anti-minarets, soulignant qu'elle constitue une discrimination à l'encontre des musulmans en tant que minorité religieuse.

Les musulmans de Suisse s'identifient à la Confédération helvétique comme patrie dont la Constitution garantit protection, liberté et sécurité, a expliqué Farhad Afshar, président de la Coordination des organisations islamiques en Suisse. Aucun parti politique, a-t-il fait valoir, n'a le droit de prescrire ce qui est nécessaire ou pas pour une pratique religieuse.

L'Union patronale suisse a déploré dimanche le "oui" à l'initiative, qui "nuit à la réputation de pays ouvert et tolérant dont jouit la Suisse et entraîne des conséquences négatives pour son économie". Cette interdiction "est contraire à la liberté de religion et vexatoire à l'égard des musulmans généralement bien intégrés", ajoute l'UPS.

"Le ressentiment a pris le dessus", a de son côté déploré Saida Keller-Messahli, président du Forum pour un Islam progressiste. Selon elle, l'initiative aura des conséquences judiciaires car elle viole le principe de la liberté de religion.

Quelque 400.000 musulmans vivent en Suisse sur une population totale d'environ 7,6 millions d'habitants, selon une estimation de la Fédération d'organisations islamiques de Suisse (FOIS), sur la base du dernier recensement de la population réalisé en 2000. A l'époque, on dénombrait environ 311.000 musulmans.

Les musulmans de Suisse ont connu depuis 1970 la croissance la plus spectaculaire parmi les différentes communautés religieuses. Leur part à la population est passée en 30 ans de 0,26 à 4,26%. Les musulmans forment ainsi la troisième communauté religieuse du pays derrière les catholiques et les protestants.

La population musulmane en provenance d'ex-Yougoslavie a particulièrement augmenté: elle a triplé entre 1990 et 2000. Ces personnes représentent plus de la moitié (56,4%) de la population musulmane en Suisse. En 1970 encore, deux tiers des musulmans sur territoire helvétique étaient turcs. Leur part est tombée en 2000 à 20%, 11,7% étant des Suisses et 6% des personnes originaires d'Afrique, du Maghreb avant tout.

Selon la FOIS, 8 à 14% des musulmans sont pratiquants. Il existe en Suisse environ 150 lieux de prière à leur intention. Jusqu'ici, quatre mosquées disposent d'un minaret: à Genève, Zurich, Winterthour (canton de Zurich) et Wangen bei Olten (canton de Soleure).

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