Bris d'os et grincements de dents sur le 'Golgotha' de Steven Cohen

Non classé - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

cohen-1.jpgArticle paru dans "LeMonde.fr"

Des pompes de scaphandrier de vingt-cinq kilos qui s'abattent sur des faïences de Vallauris, ça fait mal, très mal. Lorsque l'écrabouillage de ces délicieux coquillages peints se répète dix-sept fois de suite, les craquements secs de la faïence, proches de ceux d'un squelette, rejoignent nos grincements de dents. Et lorsque les objets sont disposés en croix, leur broyage devient une arme de destruction massive. Beaucoup d'os donc, beaucoup de violence tranquille dans Golgotha, solo signé et interprété par le performer sud-africain Steven Cohen. A l'affiche du Centre Pompidou, dans le cadre du Festival d'automne à Paris, cette pièce douloureuse, inspirée par le suicide du frère du chorégraphe, trace sa route entre des cadavres.
Celui du frère, de disparus anonymes, de condamnés à mort, comme ceux d'objets précieux. Les dépouilles couvrent le plateau, traquant l'idée de la mort. La singularité majeure de Cohen, autodéfini 'juif, blanc et pédé' réside dans un paradoxe qui lui est propre : l'extrême violence qu'il met en jeu se fait délicate et même pleine de grâce, à l'image de son maquillage en ailes de papillon. Elle lui permet de styliser l'horreur sans en évacuer l'effroi. Sur des musiques de variété ou sur la prière pour les morts de la religion juive, Steven Cohen s'invente un rituel de deuil à son image : extravagant et raide comme une mort trop injuste.

Golgotha, de Steven Cohen. Festival d'Automne, Centre Pompidou, Paris-4e. Mo Rambuteau. Tél. : 01-53-45-17-17. Jusqu'au 7 novembre, à 20 h 30. De 10 à 14 . Sur Internet : www.centrepompidou.fr

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi