Le demon d'Hannah

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le-demon-dhannah.jpgCoup de cœur au théâtre des champs Elysées avec la pièce Le Démon d'Hannah, d'Antoine Rault, mis en scène par Michel Fagadau, avec des comédiens exceptionnels Elsa zylberstein, Didier Flamand, Josyane Stoleru et Jean Marie Galey. La mise en scène est grave d'intensité, avec des décors digne d'un film grâce à l'utilisation d'un montage parallèle voire d'un éventuel split screen (écran divisé en deux), ici la scène étant séparée en deux. La pièce débute donc au début des années 1950, la Guerre est finie et la mémoire  collective a pris conscience de la Shoah.

Martin Heidegger, favorable à la doctrine d'Hitler, réside en Allemagne entouré de sa femme, alors qu'Hannah Arendt, juive vit, elle, aux Etats Unis avec son compagnon; ils comptent parmi les plus grands philosophes du XXème siècle. Lui, sollicite des grands philosophes en leur écrivant (à Jean P. Sartre en l'occurrence, sur L'être et le Néant), tandis qu'elle, se préoccupe d'une association s'attachant à faire l'inventaire des biens culturels juifs. Leur lien? Il a été son professeur de philosophie, alors qu'elle n'était encore qu'une adolescente.

Mais surtout, ils étaient amants! Pour elle, il est le grand révélateur de tout, sur le plan amoureux évidement, mais aussi sur le plan intellectuel. Cette passion sera bouleversée par la grande Histoire; comment, l'un et l'autre vont être rattrapés par la politique: Heidegger, bascule dans le national socialisme avec une attitude plus que contestable, Hannah, est en pleine écriture de son livre le plus considérable Les Origines du Totalitarisme, où elle traite de l'antisémitisme à travers le stalinisme et le nazisme.

Elle se dit qu'elle ne retournera plus jamais voir Heidegger, cet homme qui a soutenu le Führer. Et pourtant, elle va retourner en Allemagne, non pas pour le retrouver, mais pour l'association dont elle s'occupe; cependant, ce n'est pas un hasard si elle décide de s'y rendre le 7 fevrier 1950, puisque 25ans plutôt, jour pour jour, les deux amants eurent leur première nuit d'amour. Dans quelles circonstances, vont-ils se retrouver? La pièce posera également deux questions majeures: qu'est ce qu'un être humain et qu'est ce qu'un engagement philosophique?

Le Demon d'Hannah, où la relation Arendt-Heidegger est un mélange d'admiration et d'une forme de respect parfaitement rendu par l'intensité du duo Zylberstein-Flamand qui est en effet plus qu'époustouflant: ils ont l'air comme absorbé par les personnages qu'ils interprètent. Elsa Zylberstein est incroyable de passion, de douleur et de beauté, alors que Didier Flamand montre un talent inégalable, une prestation à couper le souffle.

Notez que leurs monologues en guise d'épilogue, restent une pure merveille. "Il y a deux choses dans l'Amour: la Fidélité et l'Oubli"; dans la pièce, il n'est pas question d'oubli, puisque tant qu'il n'y a pas d'oubli, l'Amour existe encore.

Laurent Bartoleschi

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