7 minutes au paradis Interview avec le réalisateur Omri Givon

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"On dit que lorsque les âmes ne sont pas prêtes à s'en aller, 7 minutes leurs sont accordées pour décider de revenir à la vie, au moment même où elles réintègre le corps , elles décident de changer de vie."

omri2.jpg Je suis allée voir 7 minutes au paradis. Sans transition j'ai été  basculée, dans la dureté de la vie à Jérusalem, puis peu à peu, comme lorsque nos yeux s'habituent à l'obscurité on perçoit alors quelques fils de lumière qui nous permettent de nous diriger. On s'y accroche de crainte de trébucher.

Et on se laisse flotter dans le rêve, le voyage de l'âme de Galia entre la vie et la mort. On s'identifie à sa vie, à ses gestes, à sa vie simple, sans effets spéciaux, alors elle commence à nous posséder, parce que face à elle on ne peut plus qu'être nous même... Tout comme ce rôle a possédé plusieurs semaines après le tournage, Reymonde Amsellem.

Le dépouillement extrême de ce film met en lumière l'aspect superficiel de la vie au quotidien, comme un projecteur en pleine face.

Omri Givon auteur et réalisateur de ce film nous a accordé cette interview en présence d'Elie Meirovitz  producteur du  film

Claudine Douillet - Bonjour Omri expliquez moi l'origine de cette phrase citée dans le film et dans le dossier de presse, (voir en début de cet article) tire-t-elle sa source du  Talmud ?

Omri Givon  - Non non pas du tout, elle vient de moi ,sourire ou de la Kabbale peut-être , je ne sais 

CD - Ah...  vous avez reçue une éducation religieuse , en tout cas inspirée ?

OG - Non je ne suis pas religieux, mais il m'est arrivé d'entendre des brides de conversations dans les rues de Jérusalem, des religieux débattre des problèmes existentiels de la vie après la mort, et je crois que j'ai fait un résumé de ce que j'ai pu attraper par-ci, par-là ...

CD - En écoutant cette phrase on a l'impression de rentrer dans un conte fantastique 

OG - C'est tout à fait ça, c'est une histoire qui frôle le fantastique mais en avant tout un voyage intérieur très fort , Galia vit une aventure mystique dans sa tête, elle est dans un rêve, entre la vie et la mort, elle nous entraîne dans sa quête d'absolu.

CD - Quel est c'est absolu ?

OG - Cet amour fantastique qu'elle vit avec Boaz (le secouriste de ZAKA) , cet homme parfait, prévenant, romantique, qu'il l'aime d'un amour total et inconditionnel, il n'attend rien d'elle, seulement de lui laisser la permission de l'aimer...mais c'est un fantasme car un homme comme ça n'existe pas..

CD - Alors quelle vérité insoupçonnable doit elle découvrir à la fin de ce voyage intérieur ? 

OG - Qu'elle devra choisir entre la vie avec Oren un homme normal, qui l'aime mais dans la réalité, avec sa part d'ombre tout comme elle , ou alors vivre avec son fantasme Boaz et donc accepter de mourir. 

CD - Ce film aurait tout aussi pu s'appeler "le choix de Gallia"  ?

OG - oui mais cela va plus loin bien entendu c'est l'histoire d'une femme face à son traumatisme et le moyen qu'elle trouve pour le surmonter, en revivant chaque instant, pendant ces 7 minutes où son âme flotte entre la vie et la mort, accompagné à ses côtés d'un amour absolu, Boaz, une part d'elle même en quelque sorte, Galia peut le vivre puisque tout se passe dans sa tête, c'est son voyage intérieur, on fait aussi flotter le spectateur entre le fantastique qui est le fantasme de Galia et la chute dans la réalité, brutale. Un choix s'impose, pour Galia, moitié vivante, moitié morte, elle revoit des scénes de sa vie avec Oren,  elle voit aussi son fantôme, et celui des autres victimes de cet attentat, elle peut aussi décider de vivre avec Boaz...

CD - Ce qui impressionnant dans ce film c'est le rôle de Galia, une lumière crue sur ses émotions, pas de maquillage, chaque parole, chaque sourire est en gros plan, tous les critères du cinéma classique volent en éclats , on sort de cette salle dépouillé.  Comment est elle arrivé à un tel résultat ?

OG - C'est vrai,  le travail de Reymonde Amsellem a été extraordinaire, chaque geste étudié, chaque mot, il lui a fallu plusieurs semaines pour sortir du rôle de Galia, centrée dans le silence , elle qui est plutôt une actrice extravertie ...

CD - Dans ce film vous traitez le drame des attentats comme un fait banal, ce n'est pas l'attentat qui est le centre du film il semble n'être que le révélateur de la vie de ceux qui s'en sortent ? 

OG - Exactement, pour nous israéliens la vie en Israël est menacée nous le savons et nous vivons avec ce risque , non pas qu'on le banalise, non , mais nous nous sommes résigné, comme  pour la mort.Galia justement recherche celui qui lui a sauvé la vie, c'est même son tremplin pour reprendre pied avec la vie. C'est assez symbolique dans notre culture cet  attachement à la vie. Une raison d'espérer est d'aimer.

CD - J'ai été aussi surprise et assez mal à l'aise, en tout cas dans les premières images de la dureté de l'oeil de la caméra qui ne cherche pas à camoufler le médiocre , le banal de la vie de Galia à Jérusalem, par exemple  l'état de délabrement de l'appartement, un peu entre la vie et la mort, tout comme Galia ?

OG - Oui c'est les jeux de lumières qui indique l'ambiance, ce même appartement , devient lumineux quand il est dans la vie réelle de Galia ou quand elle écoute la musique avec Boaz.

CD - C'est un film qui nous sensibilise sur notre propre quête intérieure, mettant un peu à plat notre propre égo, un petit sentier vers une vérité inattendue. Merci Omri pour ce film d'auteur d'une grande émotion. Pour un premier long métrage c'est une réussite.

Propos recueillis par Claudine Douillet le 7 octobre 09

 

Sortie prévue  le 14 Octobre. 7 minutes au paradis. Film d'Omri Givon, avec Reymonde Amselem dans le rôle de Galia.


 

 

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