Annulation de la rencontre entre Sarkozy et Merkel à Berlin

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Article paru dans "le Monde"

La rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel qui devait se tenir à Berlin, lundi 7 juin en début de soirée, a été annulée en dernière minute vers 15 h 30, après un appel téléphonique de la chancelière allemande. M. Sarkozy n'avait pas encore quitté l'Elysée. Cette décision a été prise par Mme Merkel pour des raisons d'emploi du temps.

Le gouvernement allemand a dévoilé lundi 7 juin les principaux axes d'un budget 2011 de grande rigueur devant permettre d'économiser 11 milliards d'euros. Le gouvernement va tailler dans les dépenses de défense et sociales, ces dernières représentant plus de la moitié des dépenses publiques. Certaines allocations seront supprimées, par exemple aux chômeurs, ou encore aux bénéficiaires de l'aide au logement.

En outre, d'ici 2014, entre 10 000 et 15 000 emplois disparaîtront dans la fonction publique. Le droit des faillites va être révisé pour que l'Etat créancier soit servi en premier en cas de liquidation. Et certains projets vont être abandonnés ou reportés, comme la reconstruction controversée d'un château à Berlin.

Pour créer des rentrées fiscales, une taxe est prévue sur les gains que les
producteurs d'électricité tireront de l'allongement promis de la durée de vie
des centrales nucléaires, et une autre sur les billets d'avions au départ
d'Allemagne.
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Angela Merkel a appelé Nicolas Sarkozy, qui n'avait pas encore quitté l'Elysée. Elle lui a expliqué qu'un report d'une semaine de la rencontre l'arrangerait : elle avait dans la journée de multiples réunions avec ses ministres et ses partenaires de coalition et son plan de rigueur n'est pas encore bouclé. La chancelière traverse une crise politique interne profonde qui accapare son temps.

Officiellement, l'annulation de la rencontre, qui devait permettre d'avancer sur la gouvernance de la zone euro, ne constitue pas un clash franco-allemand. Elle apparaît très maladroite vis-à-vis des marchés financiers. Quelques semaines après le sauvetage de la Grèce, la crise de l'euro est accentuée par les difficultés croissantes de la Hongrie.

Mais Paris et Berlin ont préféré éviter une réunion pour rien, les deux capitales n'ayant toujours pas trouvé d'accord sur la gouvernance de la zone euro. La réunion était censée préparer le conseil européen du jeudi 17 juin, qui doit faire des propositions en la matière sous la présidence du Belge Herman Van Rompuy. Mais lundi matin, l'Elysée indiquait qu'aucune annonce spectaculaire n'était à attendre.

M. Sarkozy et Mme Merkel ont donc une semaine supplémentaire pour rapprocher leur position, avant leur rencontre reprogrammée pour le lundi 14 juin à Berlin. " Les négociations ne sont pas bien décantées. Depuis plusieurs jours, les Allemands sont entièrement concentrés sur leurs problèmes intérieurs et n'avaient pas le temps d'avancer", confie une source gouvernementale française, qui estime qu'il ne faut pas attendre de percée spectaculaire et que le débat sur l'euro se poursuivra jusqu'à l'automne.

OBJECTIFS DIFFÉRENTS

Les Allemands ont formulé en mai des propositions, mais les Français se sont refusés pour l'instant à sortir du bois : ils ne veulent pas afficher le moindre différend avec Berlin tant la situation est tendue. Paris tente donc d'agir en sous-main et de faire passer ses messages via M. Van Rompuy.

Dans le détail, Nicolas Sarkozy souhaite une institutionnalisation de l'Eurogroupe, qui réunirait les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro et pourrait être doté d'un secrétariat. M. Sarkozy a longtemps souhaité présider lui-même ce forum. Angela Merkel n'en veut pas, souhaitant que l'Europe soit gérée à vingt-sept et pas à seize. Elle rappelle à cet effet que le pacte de stabilité s'applique à tous les pays, y compris ceux qui n'ont pas la monnaie unique, et que chacun est censé l'adopter, à l'exception du Danemark et du Royaume-Uni.

Les Allemands, eux, veulent durcir le pacte de stabilité et trouver un mécanisme qui permette des restructurer la dette d'un Etat membre, en clair lui faire faire faillite pour éviter d'avoir à le renflouer comme cela a dû être fait pour la Grèce. Jusqu'à présent, les Français s'y opposent. Berlin veut aussi réformer les traités européens pour durcir les sanctions contre les pays en difficultés financières, contre l'avis des Français.

MERKEL AFFAIBLIE POLITIQUEMENT

S'y ajoute la crise politique larvée à Berlin. La coalition d'Angela Merkel est profondément affaiblie. Lundi 7 juin, la chancelière a annoncé toute une série de mesures budgétaires pour atteindre l'équilibre budgétaire au terme de deux jours de discussions à huis clos avec ses partenaires de coalition, les libéraux du FDP et les chrétiens sociaux de Bavière (CSU).

Mme Merkel a notamment exclu des baisses d'impôts à court et moyen termes, ce qui met en grande difficultés le FDP, qui avait axé sa campagne uniquement sur ce thème. Mme Merkel a indiqué qu'elle sanctuariserait les dépenses de retraite et d'éducation, mais elle va réduire le nombre de fonctionnaires et diminuer les effectifs de la Bundeswehr. Une suppression du service militaire n'est pas exclue.

Mme Merkel a également dû s'attaquer au remplacement du président de la République, Horst Köhler, qui a démissionné le 31 mai à la surprise générale. Pour des raisons de tactique politique, elle a dû proposer le nom du ministre-président de Basse-Saxe, Christian Wulff, un chrétien-démocrate catholique jugé très lisse par la presse. Mais les Verts et les sociaux-démocrates ont réussi un coup politique en proposant le nom d'un pasteur Joachim Gauck, 70 ans, qui géra pendant dix ans les archives de la Stasi, la police politique est-allemande. Ce week-end, la totalité de la presse allemande, de droite comme de gauche, a soutenu M. Gauck dans ses éditoriaux. Sur le papier, M. Gauck part battu, mais nul n'ose exclure une surprise lors du vote à bulletin secret qui aura lieu le 30 juin.

Ces difficultés interviennent alors que la chancelière se fait accuser par une partie des commentateurs d'avoir été prise en otage par les Français, le président Nicolas Sarkozy, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet et le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, pour renflouer les pays du sud de l'Europe et faire acheter de la dette publique par la BCE en violation des traités européens. Dans ce contexte, s'afficher avec M. Sarkozy n'est pas nécessairement le meilleur moyen de se renforcer politiquement à Berlin.

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