Monique Ayoun, Mère à tout prix ?

Femmes de paroles - le - par .
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monique_ayoun_portrait2.jpgPour découvrir son livre

Doit-on forcément devenir mère pour être soi ? C’est la question que pose la journaliste et romancière Monique Ayoun dans son roman Viens ! Carole, son héroïne, affronte seule un père riche et intrusif qui la veut enceinte avant la dead-line fatidique des quarante ans. Du coup, elle se débat avec un mari indifférent, doté de spermatozoïdes « paresseux » et un amant voluptueux. Quand l’ovulation reste sourde à la pression familiale, l’enfant ne vient pas…

Viens ! aborde un sujet de société encore tabou, le choix conscient ou pas de ne pas être mère. Qu’est-ce qui vous a inspiré ce roman ?

Beaucoup de choses autobiographiques dont la place du père dans la famille. Depuis des années, j’écris pour tenter de dénouer mes propres nœuds. Je n’ai pas d’enfant et comme mon héroïne, je n’aurais jamais osé penser qu’on avait le choix à ce sujet ! A cause d’une autocensure, je ne m’autorisais pas à penser que ce n’était pas mon désir. Il était évident qu’avec l’éducation que j’ai reçue, je devais avoir des enfants (au pluriel !). Et puis mon inconscient s’est révolté. Ce livre m’a aidé à comprendre pourquoi je n’avais pas fait d’enfant.

Peut-on aujourd’hui être une femme sans enfant et ne pas être jugée ?
Il y a encore du chemin. On se retrouve confronté à de la pitié, du mépris ou tout simplement un refus de comprendre ce choix de ne pas faire d’enfant. Au fond, on est obligés de dire qu’on n’a pas pu le faire, ce que fait d’ailleurs mon héroïne pour ne pas se sentir coupable.

Le père de Carole l’infantilise en l’entretenant financièrement. C’est d’abord lui qui souhaite cet enfant. Il veut même lui donner son nom. A-t-elle ainsi l’impression d’un inceste ?

Quand la pression paternelle est forte, que l’enfant est attendu, on ne le donne pas parce qu’il pourrait y avoir un sentiment incestueux. C’est très inconscient. Quand elle est à l’hôpital pour faire une fécondation in vitro, elle est encouragée par les médecins…et par son père !

Votre héroïne tente donc la fécondation in vitro (FIV) avec son mari. Une question décrite avec réalisme. Avez-vous rencontré des femmes qui ont vécu cette expérience ?

Oui. Dans le cadre de mon travail journalistique, j’ai vu énormément de femmes souffrir. Ces techniques de procréation médicale assistées sont dangereuses pour le couple. On ne le dit pas assez. J’en parlais avec Geneviève Delaisi, psychanalyste, et spécialiste de bioéthique. Quand un médecin vous dit comme dans le roman : « Les spermatozoïdes de votre mari sont paresseux, ils ne s’approchent pas de l’ovule », une femme le prend comme « mon mari ne veut pas de moi ! » Ca crée des conflits dans le couple dans la mesure où il y a une sorte d’identification. La parole médicale peut avoir un véritable impact. De plus, on ne parle que des cas de réussites, mais les trois quart des personnes qui font des FIV ressortent sans enfant.

Carole a des origines juives. Et son père incarne la loi juive. Les femmes juives sont-elles toujours plus soumises que d’autres à la pression familiale pour être mère ?
Effectivement, il n’y a qu’un père ou une mère juive pour faire peser cette pression ! Nous sommes une minorité et le devoir de procréation et de transmission est vraiment prioritaire.

De plus en plus de femmes juives militent pour le droit des femmes dans le judaïsme, notamment pour l’obtention du guet dans un divorce*. Que vous inspire ce débat ?

Je crois qu’il y a encore beaucoup de progrès à faire en France. Et cette histoire de guet me semble être du Moyen-âge ! Il y a encore un certain nombre de choses rétrogrades, comme les hommes et femmes séparés dans une synagogue, l’étude de la Torah réservée aux hommes… Je dois dire que si cela évoluait, cela me réconcilierait personnellement avec mon judaïsme. 

A la fin du roman, Carole connait l’épanouissement sans enfant. A quarante ans passés, elle se sent « enfin libre». Doit-on forcément devenir mère pour atteindre le bonheur ?

Non ! Néanmoins, cette pression de l’horloge biologique demeure forte. J’ai connu des femmes qui quittaient l’amour de leur vie pour faire un enfant parce que leur compagnon n’était pas prêt. Est-ce qu’il faut sacrifier sa vie à l’autel de la maternité ? Je ne le pense pas.

Propos recueillis par Paula Haddad

Monique Ayoun, Viens ! éditions Hugo&Cie

* Le guide du divorce religieux (« guet ») en France (Wizo France)

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