Claudine Douillet

Claudine Douillet parisienne et juive de naissance de parents profondément sionistes (un père sur l’Altaléna ça laisse des traces).

Fondatrice du premier magazine Juif sur le net, Alliance, en 1997, avant Google !
220 000 lecteurs uniques par mois à son actif.

En 1999 création Alliance-Hosting LLC , une "Web Agency » conceptrice de sites internet pour les entreprises et leur migration sur le net. Formation d’internet pour chefs d’entreprise.

Alliance-Hosting LLC a permis grâce ses moyens techniques la retransmission en directe des 4 radios juives de France 94.8 FM sur le net ,dés 2000, pendant 12 ans.

Experte en communication digitale avec Alliancefr.com, et radiophonique avec "Internet sans prise de tête" sur judaïques FM 94.8 depuis 2000, ma passion est née de la découverte, dés 1996, du plus important moyen de communication avec le monde, internet.

Mon expérience est le résultat de 22 années au service des entreprises désireuses de migrer sur le net et des médias.

Rendre réel ce monde virtuel c’est l’alliance du savoir faire et du faire savoir.

Les articles de Claudine Douillet

Le garrot démocratique : comment une mini-constitution pourrait stopper l'hémorragie israélienne

Le garrot démocratique : comment une mini-constitution pourrait stopper l'hémorragie israélienne

UNE CONSTITUTION "ALLÉGÉE" POUR SAUVER LA DÉMOCRATIE ISRAÉLIENNE

Israël est l'une des seules démocraties occidentales à ne pas avoir de constitution. Pas de règles du jeu gravées dans le marbre, pas de limites claires au pouvoir des coalitions, pas de garde-fou institutionnel qui tienne face aux majorités. Résultat : chaque crise politique devient existentielle, chaque élection rouvre les mêmes fractures, et la démocratie saigne en continu. Le professeur Yedidia Stern, président de l'Institut de politique du peuple juif, pose un diagnostic sans appel et propose l'urgence absolue : une constitution allégée, ciblée sur l'essentiel. Un garrot, avant l'hémorragie fatale.

Le constat : une démocratie sous tension

Depuis des décennies, le débat sur une constitution israélienne tourne en rond. L'idée est soulevée, discutée, puis rangée dans un tiroir. Mais depuis la crise institutionnelle et les affrontements répétés entre les pouvoirs, l'urgence a changé de nature.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : selon l'Institut de politique du peuple juif (JPPI), 58 % des Israéliens estiment que la démocratie est en danger. La fracture droite-gauche domine tous les autres clivages. Dans ce contexte, une idée fait son chemin : une constitution "réduite", ciblée sur l'essentiel. Le professeur Yedidia Stern, président du JPPI et ancien doyen de la faculté de droit de l'université Bar-Ilan, en est le principal promoteur.

Constitution "réduite" vs constitution complète : quelle différence ?

Une constitution classique comporte trois volets : qui sommes-nous en tant que peuple (identité), à quoi nous engageons-nous (droits fondamentaux, égalité, rapports religion-État, traitement des minorités), et comment s'organisent les pouvoirs entre eux. Les deux premiers chapitres sont, en Israël, des champs de mines idéologiques où tout consensus semble hors de portée.

La constitution "allégée" fait l'impasse sur ces deux premiers volets pour se concentrer exclusivement sur le troisième : qui fait quoi, qui contrôle qui, quel équilibre entre les institutions. Pas de déclaration identitaire, pas de charte des droits. Seulement des règles du jeu claires entre le parlement, le gouvernement et la justice.

Pourquoi maintenant ?

La question est posée directement au professeur Stern, et sa réponse est sans détour : "Est-ce que quelqu'un est satisfait de la situation actuelle en Israël ? La moitié du peuple a voté pour la coalition en place, trois ans ont passé, et de son point de vue rien n'a changé. 'Nous avons gagné les élections et il ne s'est rien passé', disent ceux qui ont soutenu cette coalition. L'autre moitié est descendue dans la rue chaque samedi soir pour crier 'on m'a volé ma démocratie'. Les uns ont peur, les autres ont peur. Nous devons créer une situation où peut-être personne ne sera entièrement satisfait, mais où tout le monde acceptera qu'il existe un système équitable."

Un groupe de travail hors du commun

Le projet n'est pas né d'une réunion de technocrates. Il y a deux ans, Stern a réuni une équipe aussi diverse qu'improbable. Autour de la table : l'ancien président adjoint de la Cour suprême, le juge Elyakim Rubinstein, Eyal Yanon, secrétaire général et conseiller juridique de la Knesset pendant dix ans, des doyens et vice-doyens de facultés de droit de tout le pays, et aussi, fait notable, le correspondant juridique de Makor Rishon, un journaliste proche des colons de Judée-Samarie, expulsé de la colonie d'Amona.

"Chaque semaine, des personnes représentant des centaines d'années d'expérience cumulée dans ce domaine se réunissent, avec des idéologies différentes, des préférences différentes, mais avec l'empathie nécessaire pour comprendre qu'il faut aboutir à un compromis", précise Stern.

Protéger les minorités : la métaphore du foot

L'un des arguments centraux de la constitution allégée est la protection de ceux qui, à un moment donné, se retrouvent en position de minorité. Stern utilise une image saisissante : "Imaginez que vous jouez au football, votre équipe mène à la 70e minute, et vous décidez de terminer le match à la 70e minute. Vous changez les règles en cours de jeu." C'est précisément ce que permettent des élections sans cadre constitutionnel stable : chaque majorité peut modifier les règles à son avantage. "Nous devons stabiliser les règles du jeu", martèle-t-il.

La crise de 2023 aurait-elle pu être évitée ?

"Je n'en ai aucun doute, les choses auraient été radicalement différentes. La brèche dans notre édifice constitutionnel, l'absence de limite réelle à ce qu'une coalition peut faire en dehors de l'intervention de la Cour suprême, et cette intervention elle-même pose problème, c'est une faille qui appelle le détenteur du pouvoir à en abuser. Nous devons arrêter le détenteur du pouvoir, peu importe qu'il soit de droite ou de gauche."

Un "ticket d'entrée" pour la prochaine coalition

Stern va plus loin et pose une condition politique : l'adoption d'une constitution allégée devrait être la condition sine qua non de participation à la prochaine coalition gouvernementale. "Si le résultat est une coalition étroite, il n'y aura pas de constitution, faute de légitimité. Mais si nous arrivons à un bloc de 70 membres de la Knesset ou plus, je pense que le vrai dénominateur commun de cette coalition pourrait être précisément ces règles du jeu."

"Israël est aux urgences"

Le message final du professeur Stern est d'une clarté brutale : "Je pense que l'État d'Israël se trouve actuellement dans une salle de traumatologie, aux urgences. Pardonnez l'image : il y a une sorte de sang qui jaillit des veines, nous le voyons en permanence.
Une constitution allégée ne nous guérira pas, mais elle nous fera passer des urgences, avec un garrot, jusqu'au service hospitalier. C'est ce qui est nécessaire en ce moment. Je demande à chaque Israélien de nous voir comme quelqu'un qui a besoin d'un garrot. Une constitution allégée est ce garrot, indispensable pour tous."

En partenariat avec le JPPI, Institut de politique du peuple juif

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Le scandale du consulat turc à Jérusalem : installé dans un bien des survivants du génocide

Le scandale du consulat turc à Jérusalem : installé dans un bien des survivants du génocide

Le paradoxe de Jérusalem : le consulat turc installé dans un bien appartenant aux victimes ottomanes.

Israël vient de reconnaître officiellement le génocide arménien. Une décision historique votée à l'unanimité par le gouvernement, qui résonne d'autant plus fort qu'une étude publiée le même jour révèle une réalité proprement stupéfiante : à Jérusalem, le consulat turc occupe depuis des années un bâtiment appartenant à l'Église syriaque, dont la communauté fut elle-même massacrée par les Ottomans.
L'héritier présumé des bourreaux installé chez les héritiers des victimes, au coeur de la capitale israélienne, avec bail en bonne et due forme.
Le paradoxe est absolu, l'indécence flagrante.

Au lendemain de la reconnaissance officielle par Israël du génocide arménien, une étude du Jerusalem Center for Applied Policy (JCAP) révèle une contradiction historique et morale saisissante : le consulat turc de Jérusalem opère depuis un bâtiment qui appartient à l'Église syriaque, dont la communauté fut elle-même massacrée par les Ottomans.

Un bâtiment qui ne leur appartient pas

Sur la colline de Kiryat HaMemshalah, au nord de Jérusalem, se concentrent de nombreuses représentations diplomatiques. Parmi elles, le consulat turc, qui fournit l'essentiel de ses services à l'Autorité palestinienne et se définit lui-même, côté ankara, comme "l'ambassade de Turquie pour la Palestine".
Ce que personne ne semblait avoir relevé jusqu'ici : le bien immobilier depuis lequel opère ce consulat n'est pas propriété turque. Il appartient à l'Église syriaque.

C'est la recherche du JCAP qui l'a mis au jour. "C'est une contradiction morale, en particulier au regard de la reconnaissance par le gouvernement israélien du génocide arménien", a déclaré Haïm Silverstein, président du Centre.

Les héritiers des victimes ottomanes

Le génocide arménien, commis il y a plus d'un siècle, ne fit pas que des victimes arméniennes. Des milliers de membres de la communauté syriaque-araméenne, également connue sous les noms de chrétiens assyriens ou syriaques-orthodoxes, périrent dans les mêmes massacres. L'Église syriaque représente précisément cette communauté, dont les membres actuels sont les descendants directs de ces victimes. Depuis des décennies, les deux communautés, arménienne et syriaque, mènent de concert un combat pour la reconnaissance internationale de ces crimes.

Et c'est là que le paradoxe éclate. Une institution ecclésiastique qui exige la reconnaissance des massacres subis par les Syriaques, qui exprime sa solidarité avec les Arméniens, autorise simultanément sur son propre bien la présence d'un État qui se perçoit comme l'héritier de l'Empire ottoman.

Un haut responsable de la Patriarchie arménienne a confié à Ynet : "Nous ne connaissions pas ces détails et ils nous ont surpris. Les 'Syriens' (syriaques-orthodoxes) nous sont liés. Malheureusement, c'est ce qui arrive quand l'argent remplace les valeurs."

Une présence qui dépasse la diplomatie ordinaire

Le consulat turc à Jérusalem ne saurait être considéré comme un simple arrangement administratif ou économique neutre. Sa présence excède largement la diplomatie de routine : il constitue une plateforme de soft power culturel, historique et idéologique, incluant la promotion de l'héritage et des symboles ottomans.

Ran Yishaï, directeur de la recherche au JCAP et ancien ambassadeur au ministère des Affaires étrangères, est direct : "Ce cas illustre comment la Turquie continue d'exploiter la faiblesse des communautés chrétiennes au Moyen-Orient, en particulier des chrétiens de Syrie et de Turquie qui vivent aujourd'hui dans la terreur sous les régimes d'Al-Charaa et d'Erdogan. Alors que dans de nombreux pays de la région ces communautés sont gravement menacées, en Israël elles bénéficient de la liberté, de la protection de leurs lieux saints et du droit de vivre en sécurité."

La décision historique d'Israël relance la question

Le gouvernement israélien a voté à l'unanimité, ce dimanche, la proposition du ministre des Affaires étrangères Guideon Sa'ar de reconnaître officiellement le génocide arménien. La résolution adoptée stipule qu'"en vertu du devoir moral et historique, Israël reconnaît le génocide perpétré contre le peuple arménien à la fin de la période de l'Empire ottoman" et condamne "tout déni, minimisation ou distorsion de la vérité historique de ces événements." Cette décision historique devrait accentuer encore les tensions déjà vives avec Ankara.

Dans ce contexte, Ran Yishaï n'hésite pas à franchir un pas supplémentaire : "Il est temps de reconsidérer l'existence même du consulat turc à Jérusalem, qui se définit comme l'ambassade de Turquie pour la Palestine, ou plus exactement pour la sauvegarde du Hamas, tout en niant et en portant atteinte à la souveraineté israélienne sur Jérusalem."

Un bâtiment, une Église, un génocide, et un locataire que l'histoire devrait rendre indésirable : le paradoxe de Jérusalem attend toujours sa résolution.

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Le Cœur de Brahma : le thriller mystique juif que tout le monde va s'arracher

Le Cœur de Brahma : le thriller mystique juif que tout le monde va s'arracher

 

Le Cœur de Brahma : quand un médecin juif plonge le lecteur dans les abysses de la Birmanie pour mieux le ramener à la lumière

Ils ont fui les flammes du Manipur.Un père et sa fille. Une fuite éperdue à travers les jungles birmanes. Des cages, les mines maudites de Mogok, des trafiquants, des tigres. Et au bout de l'odyssée, dans une ruelle de Séoul, la révélation que tout cela avait un sens. Que la douleur était une initiation. 
Ils ont survécu même aux tempêtes de la mer de Chine. Et au bout de l'odyssée, dans une ruelle de Séoul, un vieux sage leur a dit la vérité

Yves-Victor Kamami n'écrit pas des romans. Il envoie des éclairs.

Médecin et écrivain : deux façons de réparer le monde

Claudine Douillet - Vous êtes médecin et écrivain, deux vocations qui semblent opposées et pourtant dans ce roman elles se rejoignent parfaitement. Comment expliquez-vous cette dualité en vous ?

Yves Victor Kamami - En tant que médecin on voit souvent la misère du monde que l'on doit réparer, c'est le fameux Tikoun Olam de la Kabbale. Par ailleurs, on doit pouvoir s'échapper vers d'autres horizons, ce qui explique le côté imaginaire qui me pousse à écrire.

Tout est là, dès la première phrase. Le Tikoun Olam, cette obligation juive de réparer le monde, comme boussole éthique. L'imaginaire comme espace de respiration. Le roman comme synthèse des deux.

Les Bnei Menashe, ces Juifs oubliés au bout du monde

CD- Avidan est un Bnei Menashe, ces Juifs du Manipur qui se réclament des tribus perdues d'Israël. Peu de gens connaissent cette communauté. Pourquoi avoir choisi ce personnage si rare, si méconnu, comme héros de votre roman ?

YVK - J'ai toujours été passionné par l'histoire des dix tribus perdues d'Israël, tels que les Falashas d'Éthiopie, les Lemba d'Afrique du Sud. Les Bnei Menashe sont passionnants par leurs coutumes préservées, par leur souhait de rejoindre la Terre Sainte, par leur engagement religieux et même au sein de la société israélienne, dans Tsahal.

Ce choix n'est pas anodin. Il rappelle à chaque page que le peuple juif est universel, fragmenté aux quatre coins du monde, portant partout avec lui une identité intacte malgré les siècles et les persécutions.

La Birmanie vue de l'intérieur

CD - Les descriptions de la Birmanie, Mandalay, le pont U Bein, les mines de rubis de Mogok, sont d'une précision troublante, presque sensorielle. Avez-vous vous-même foulé cette terre ? Qu'est-ce que vous y avez vécu ?

YVK- J'ai eu la chance de visiter la Birmanie en 2016, alors qu'elle venait de s'ouvrir au tourisme après l'élection de Aung San Suu Kyi. J'ai pu apprécier la beauté des temples, de la jungle, la gentillesse des Birmans et surtout leur diversité en différentes ethnies.

Ce voyage a tout changé. Il a donné au roman cette chair, cette odeur de terre mouillée et d'encens, cette précision des gestes et des paysages qui font qu'on ne lit pas le Cœur de Brahma, on l'habite.

Quand la Kabbale rencontre le bouddhisme

CD -Le Cœur de Brahma est une pierre mystique hindoue qui finit par dialoguer avec la Kabbale juive. Comment vous est venue cette idée audacieuse de faire converger deux traditions mystiques aussi éloignées ?

YVK - J'ai appris la méditation juive kabbalistique telle que la pratiquait Abraham Aboulafia.
Elle ressemble étrangement à la méditation des moines bouddhistes et j'ai pu constater beaucoup de points de convergence entre les deux traditions. Cependant c'est surtout autour de la mystique des rubis et de l'influence éventuelle qu'ils peuvent avoir sur la convoitise et la passion humaine que je me suis basé.

Ce n'est donc pas un effet de style. C'est une conviction profonde, celle que les grandes traditions mystiques, par-delà leurs langages différents, pointent vers la même lumière. Le Cœur de Brahma en est la démonstration romanesque.

La violence comme vérité

CD - La scène des cages, les mines où des enfants fouillent la boue, l'assassinat de la famille du pasteur dont aucun détail ne nous est épargné.
Était-ce un choix délibéré de montrer la violence du monde sans filtre ?

YVK - Le Cœur de Brahma est avant tout un roman d'aventure, de survie et d'espoir. Cependant il prend racine dans des réalités qui sont parfois extrêmement dures.
Les violences interethniques du Manipur, l'exploitation des enfants dans certaines régions minières d'Asie, les trafics humains ou les conflits armés ne sont malheureusement pas des inventions romanesques. J'aurais pu atténuer ces événements, les rendre plus confortables pour le lecteur.
Mais je craignais alors de trahir ceux qui dans le monde réel ont vécu ou vivent encore des situations comparables.
La souffrance des personnages permet aussi de mesurer l'ampleur de leur courage, de leur résilience et de leur capacité à continuer d'avancer malgré tout. Je crois que la littérature a parfois pour mission de regarder le monde en face. Mais elle doit aussi rappeler que dans les moments les plus obscurs subsistent toujours des femmes et des hommes capables de lumière. C'est cette lumière que j'ai voulu placer au cœur du roman.

Maître Elyahou et la figure du sage

CD- Maître Elyahou Ben Sasson, ce sage juif né à Haïfa, passé par Jérusalem et Prague, qui finit par enseigner le Talmud dans une ruelle de Séoul, est-il un personnage inventé ou avez-vous rencontré cet homme quelque part dans le monde ?

YVK - Maître Elyahou est inventé, mais pour moi c'est la figure de Marc-Alain Ouaknin, que je n'ai pu suivre dans ses cours que par Zoom.

Marc-Alain Ouaknin, philosophe, rabbin, passeur de la pensée juive vers le grand public. Une référence qui en dit long sur la profondeur des sources auxquelles puise ce roman.

Les 36 Justes : remparts contre la barbarie

CD - Les 36 Justes cachés qui selon la tradition kabbalistique soutiennent le monde apparaissent à la fin du livre. Pensiez-vous à cette conclusion dès le début de l'écriture ou s'est-elle imposée à vous en cours de route ?

YVK - Les 36 Justes cachés sont pour moi des symboles d'espérance dans la protection des valeurs d'humanité, de morale et d'éthique dans ce monde fou dans lequel nous vivons. C'est un peu comme des remparts contre la barbarie. D'ailleurs je suis persuadé qu'ils existent, cachés de la lumière des médias.

Une conviction qui dépasse largement la fiction et qui donne au roman sa résonance la plus profonde.

La souffrance qui révèle

CD -Le roman dit que la souffrance n'est pas un châtiment mais une purification. Est-ce une conviction profonde que vous portez personnellement, au-delà de la fiction ?

YVK - Dans la Kabbale la souffrance n'est pas toujours perçue comme une punition. Elle peut être comprise comme une épreuve, un passage, parfois même comme une occasion de transformation intérieure.
L'idée n'est pas que la douleur soit souhaitable ou justifiée, mais qu'elle puisse dans certaines circonstances révéler des ressources morales, spirituelles ou humaines que nous ignorions posséder. Dans le Cœur de Brahma les personnages ne sont pas récompensés parce qu'ils souffrent. Ils sont transformés par la manière dont ils affrontent cette souffrance. C'est une nuance essentielle. Ce n'est pas la douleur qui élève l'être humain, mais la façon dont il choisit d'y répondre.

Ce que le lecteur emportera

CD - Quel lecteur espérez-vous toucher, et qu'est-ce que vous voulez qu'il emporte avec lui en refermant la dernière page ?

Je n'ai pas écrit ce livre pour un public particulier. J'espère simplement toucher tous ceux qui aiment les grandes aventures humaines, les personnages confrontés à l'adversité et les récits qui emmènent le lecteur loin de son quotidien, à travers des paysages, des cultures et des destins qu'il ne connaissait pas forcément.

Mais si une fois la dernière page refermée quelque chose continue de l'accompagner, peut-être une réflexion sur l'exil, sur l'identité, sur la transmission, sur la résilience humaine face aux épreuves, alors j'aurai atteint mon but. Le Cœur de Brahma parle de violence mais aussi de courage. Il parle de déracinement mais aussi d'espérance.
Si le lecteur referme ce livre avec davantage d'empathie pour ceux qui vivent l'exil ou la persécution, et avec la conviction que même dans les périodes les plus sombres une lumière demeure possible, alors ce voyage aura eu un sens.

Le Cœur de Brahma d'Yves-Victor Kamami sort en librairie le 29 juin. Un roman à ne pas manquer.

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Yagil, 12 ans, enlevé par le Hamas : «Il a voté contre l'accord, et maintenant il se pavane»

Yagil, 12 ans, enlevé par le Hamas : sa mère pulvérise le ministre qui ose s'en vanter

«Il a voté contre l'accord, et maintenant il se pavane»
La mère de Yagil Yaakov répond au ministre Amihai Eliyahou

Le ministre se félicite, la mère contre-attaque

Le lendemain de l'annonce par Tsahal de l'élimination de l'un des terroristes ayant participé à l'enlèvement de Yagil Yaakov, 12 ans, lors du massacre du 7 octobre au kibboutz Nir Oz, le ministre Amihai Eliyahou (Otzmah Yehudit, Puissance juive) a publié un long message sur X pour se vanter de la neutralisation et proclamer :

«Celui qui a enlevé Yagil est devenu un terroriste de plus avec un long nom et une courte vie.»
Il avait ajouté, citant le garçon lui-même : «Yagil a dit après sa libération une phrase qui s'est gravée profondément dans ma mémoire : 'Parfois j'ai l'impression qu'on oublie ce qui s'est passé. Qu'on nous oublie.' Alors je veux te dire, Yagil : nous n'avons pas oublié ! Car le peuple d'Israël n'oublie jamais ses enfants.»

La réponse de Rennana, la mère, a fusé sur le même réseau : «Ici, c'est la maman de Yagil. Je veux juste te rappeler que tu as voté contre l'accord qui a permis la libération de mes fils, et que vous n'avez pas été là pour nous depuis ce jour jusqu'à aujourd'hui. Je suis contente que tu aies enfin trouvé le temps d'honorer mon fils et d'obtenir ta victoire totale. L'élimination d'un terroriste parmi les centaines qui ont envahi notre maison et détruit nos vies de fond en comble, deux ans et demi trop tard.»

52 jours dans les tunnels

Le 7 octobre, Yagil  12 ans ainsi que son frère 16 ans ont été enlevé à Gaza avec plusieurs membres de sa famille.
Son père, Yaïr, avait également été kidnappé et assassiné en captivité ; son corps a été restitué à Israël ultérieurement. Yagil et son frère Or, 16 ans, ont été détenus dans les tunnels du Hamas pendant plus de 50 jours avant d'être libérés dans le cadre de l'accord sur les otages de novembre 2023.

«Il prend des lauriers qui ne lui appartiennent pas»

Ce mardi matin, Rennana a accordé un entretien au studio de Ynet. «C'est ce message qui m'a fait réagir. Après la publication de la photo et de l'information, j'ai reçu de nombreuses demandes d'interviews que j'ai refusées. La seule raison pour laquelle j'ai répondu, c'est qu'il y a ici une tentative évidente de se parer de lauriers qui ne lui appartiennent pas, de prendre le crédit d'une chose qu'il n'a pas faite. Je rappelle qu'il a voté contre l'accord qui a permis la sortie de mes enfants.»

Elle a insisté sur la gravité de ce contexte : «C'était une période extrêmement difficile. Un enfant de 12 ans et un enfant de 16 ans retenus en captivité pendant 52 jours, je n'ose même pas imaginer. Il y a eu un combat très sérieux pour les récupérer, et Amihai Eliyahou était parmi les rares à s'opposer à cet accord. Un accord dans lequel, je le rappelle, le prix était de trois prisonniers pour chaque enfant. Je ne minimise pas cela, mais quand tu fais partie d'un gouvernement responsable de l'enlèvement de 250 civils, dont mes enfants, tu es aussi responsable de les ramener. Le prix n'est pas à mettre en balance avec mon enfant, il est à mettre en balance avec l'abandon.»

«Où étiez-vous quand il fallait tenir l'épaule ?»

Rennana a nuancé en affirmant ne pas penser que le ministre ne voulait pas voir son fils rentrer, mais elle lui reproche d'avoir «pesé des calculs politiques froids, alors comme aujourd'hui.» Elle a poursuivi : «Je pense qu'il croit au récit qu'il raconte. Mais un homme qui s'est opposé à un accord libérant des enfants et des femmes ferait bien de se taire, au minimum

Ses mots les plus acérés ont visé l'absence du ministre dans les moments sombres : «Je n'ai pas entendu d'excuses. Je n'ai pas entendu 'désolé de ne pas t'avoir ramené plus tôt, mais je suis heureux que...' J'ai entendu seulement 'comme c'est beau qu'on ait éliminé un autre terroriste'. Deux ans et demi après le massacre, deux ans et demi de guerre, la réalité sécuritaire n'a pas changé.
Les habitants de l'enveloppe de Gaza vivent encore sous une menace permanente. Je ne vois pas quel grand changement ce gouvernement a opéré. Il n'y a aucun processus d'apprentissage, aucun bilan.»

Elle a été plus directe encore sur l'absence de soutien concret : «Je suis tellement heureuse d'apprendre que vous ne nous avez pas oubliés. Alors où est l'aide pour que nous puissions reconstruire notre vie ailleurs ? Car moi, je ne peux pas retourner dans l'enveloppe avec mes enfants après ce qu'ils y ont vécu, après ce traumatisme terrible. Où étiez-vous lors des enterrements, des shiv'as, quand les familles de Nir Oz étaient déchirées ? Où étiez-vous pour simplement tenir l'épaule des familles d'otages pendant que leurs enfants étaient détenus dans des tunnels ? Vous n'étiez pas là. Vous n'êtes là que quand il y a des photos de victoire.»

«Il nous utilise politiquement, sans aucun doute»

Interrogée directement sur les intentions du ministre, Rennana a répondu sans détour : «Sans ambiguïté. Il est possible qu'il ait cru chaque mot de ce qu'il a écrit, et qu'à ses yeux il s'agisse vraiment d'un exploit. Mais l'élimination de tous les terroristes du 7 octobre ne crée pas une nouvelle réalité sécuritaire, ni une solution nous permettant de rentrer chez nous dans l'enveloppe. La photo publiée vaut plus que cent mille mots : un enfant de 12 ans en sous-vêtements, tenu par les cheveux de façon brutale, entouré d'une bande de monstres. C'est arrivé, cela ne peut pas être nié. Alors se vanter d'avoir éliminé un terroriste sur des centaines... Si ça te fait te sentir mieux, tant mieux, mais il y a encore beaucoup d'autres choses que tu pourrais faire

«La sensation ne me quittera jamais»

Le ministre n'a pas pris contact avec Rennana après sa réponse publique. «Aucun ministre ne m'a contactée. La veille de l'accord, j'ai parlé à de très nombreux élus, j'ai parlé à tous les membres du cabinet, j'ai essayé de les convaincre de voter en faveur de l'accord.
La sensation qu'il y a des gens de notre peuple qui étaient prêts à laisser mon enfant de 12 ans à Khan Younès, c'est une sensation qui ne me quittera jamais.»

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Israël : des parents et grands-parents filmaient et diffusaient les viols de leurs propres enfants

Israël : des parents et grands-parents filmaient et diffusaient les viols de leurs propres enfants

Israël : des parents filmaient leurs propres enfants

Douze arrestations en un an. Des pères, des mères, des grands-parents. L'unité d'élite Lahav 433 a ouvert une boîte de Pandore.
Des pères qui filment leurs filles. Des grands-parents qui agressent leurs petits-enfants. Des mères complices. Tout cela se tramait derrière des profils anonymes, sur des applications grand public. En un an, l'unité d'élite Lahav 433 a arrêté 12 suspects, dont deux déjà renvoyés en jugement. Une enquête qui n'est pas terminée.

Un père, sa fille de 6 ans, et une caméra

L'acte d'accusation déposé au tribunal de district de Lod est insoutenable. Un père d'une quarantaine d'années a commis 14 agressions sexuelles sur sa propre fille de 6 ans, filmant chaque scène avec son téléphone. Viol sur mineure, actes indécents, production et diffusion de pédopornographie : les chefs d'inculpation sont accablants. Dans son dossier, des centaines de vidéos de sa fille, et des centaines d'autres fichiers pédopornographiques diffusés en ligne.

Il n'est pas seul. Il est l'un des 12 adultes arrêtés en un an par l'unité 105 de Lahav 433, spécialisée dans la lutte contre la pédocriminalité.

Des nourrissons parmi les victimes

Les fichiers saisis sur les téléphones et ordinateurs des suspects ne se limitent pas aux enfants de leur entourage immédiat.
Parmi les centaines de vidéos et photos pédopornographiques échangées sur Telegram et les applications de rencontres figurent des images de nourrissons victimes d'agressions sexuelles.
Des contenus produits et diffusés par des membres de réseaux pédocriminels actifs sur ces plateformes, sous couvert d'anonymat.
Une réalité que les enquêteurs de l'unité 105 affrontent à chaque saisie de téléphone, et qui, selon la commandante Adi Adri, "continue de les frapper de stupeur, même après des années de terrain."

Un signalement, une boîte de Pandore

Tout part d'un appel citoyen, en mai 2025. Un homme tombe sur un profil anonyme d'un site de rencontres où quelqu'un se vante d'abuser de son neveu. Il alerte la police. Les enquêteurs cyber identifient le suspect : un homme d'une trentaine d'années, sans neveux, sans enfants. Mais son téléphone, lui, parle. Il contenait des échanges avec des individus qui envoyaient des photos et vidéos de leurs propres enfants.

La commandante Adi Adri, chef de la brigade d'enquête de l'unité 105, explique le mécanisme : "L'anonymat du réseau leur donne le sentiment d'être protégés. Tout commence là. Quand ils trouvent un terrain commun, ils passent en privé et échangent des vidéos d'agressions sexuelles sur leurs enfants." Elle est directe : "Chez beaucoup, les fantasmes finissent par passer à l'acte."

Le premier suspect interrogé avait pourtant déclaré : "C'était un fantasme. Je ne pensais pas que des gens allaient vraiment abuser de leurs enfants." Un homme sans casier, vie ordinaire en apparence.

Le téléphone du neveu révèle des grands-parents bourreaux

La dernière arrestation en date concerne un homme d'une trentaine d'années qui décrivait sur Telegram l'agression de son jeune neveu. Son téléphone examiné, les enquêteurs ont découvert des vidéos dans lesquelles ses propres parents, le grand-père et la grand-mère, agressent leur petit-fils. Les grands-parents ont été arrêtés. Puis la mère et la tante de l'enfant. Quatre membres d'une même famille, sans casier judiciaire, qui nient les faits.

Leurs avocats ont réagi : "Il s'agit d'une famille normale. Les charges sont sans fondement."

"Un coup dans le ventre, encore et encore"

La commandante Adri ne cache pas l'épreuve que représente ce travail : "Quand on découvre des agressions sexuelles au sein d'une famille, ça nous prend sans préparation. C'est un coup dans le ventre, encore et encore. Mais notre devoir est de mettre nos émotions de côté pour sauver les enfants."

L'unité 105 poursuit ses investigations. Deux actes d'accusation ont déjà été déposés. D'autres sont attendus. La police appelle toute personne ayant été en contact avec les profils Instagram et Telegram du suspect à contacter le centre 105 pour la protection des mineurs en ligne.

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Maison Blanche : quand le chou fermenté devient une affaire d'état

Maison Blanche : quand le chou fermenté devient une affaire d'état

La choucroute a envahi la Maison-Blanche

Il fallait bien un cabinet présidé par Robert F. Kennedy Jr. pour que le chou fermenté devienne une affaire d'État. Le dernier grand mouvement idéologique de l'administration Trump n'est pas un décret : c'est un régime.
À base de choucroute, de kimchi et de steak de boeuf élevé en plein air, il a conquis le vice-président J.D. Vance, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick, le secrétaire aux Transports Sean Duffy, et l'ancien président de la Chambre Kevin McCarthy. Tous convertis. Tous fermentés.

Le gourou à 18 000 dollars la consultation

Derrière cette révolution digestive, un homme : le Dr Sean O'Mara, dont la consultation individuelle est facturée 18 000 dollars.
Ses "programmes d'optimisation" démarrent à 8 000. Sa méthode : manger fermenté, fuir le sucre, et traquer la graisse viscérale par IRM.
"C'est comme reprendre en main un navire qui coule", dit-il au Wall Street Journal.
Il travaille de préférence avec des patients d'un certain âge : "Le retour sur investissement est bien plus grand." Quand O'Mara a reçu Kevin McCarthy, il lui a annoncé qu'il était "le pire cas qu'il ait jamais vu", avant d'ajouter, magnanime : "Mais vous avez un énorme potentiel." McCarthy affirme avoir perdu dix centimètres de tour de taille.

RFK Jr. voyage avec son stock personnel

Kennedy a commencé il y a un an. "J'ai perdu neuf kilos en trente jours", s'est-il vanté cette semaine dans le Michigan. Il attribue au régime la disparition de sa fibrillation auriculaire et voyage désormais avec son propre stock de choucroute en toutes circonstances. Ce qui a ses limites.
Son épouse Cheryl Hines a mis les choses au point dans un podcast : "Nous sommes dans la voiture, habillés élégamment, j'ai l'un de mes plus beaux sacs, et il me tend un sachet de choucroute en demandant : 'Tu peux mettre ça dedans ?' Non. Vraiment, je ne peux pas."

Vance grignote du jerky à bord d'Air Force Two

J.D. Vance a commencé pour le carême, et n'a plus arrêté. Déjeuner type : oeufs, choucroute, cornichons, myrtilles.
Dîner : boeuf ou agneau avec choucroute. En vol, il grignote du jerky de boeuf élevé en plein air ou un hamburger fromage sans le pain. Les réseaux sociaux, eux, ont retenu autre chose du régime : des vidéos de hauts responsables dans des situations olfactivement compromettantes ont largement circulé. La Maison-Blanche a renoncé à la discrétion intestinale au nom du microbiome.

Trump, lui, mange des hamburgers et boit du Coca. Comme d'habitude.

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"Ce qu'il nous reste" le court métrage sur la faim en Israël : honte nationale ou indifférence organisée ?

"Ce qu'il nous reste" le court métrage sur la faim en Israël

La Start-Up Nation laisse ses enfants avoir faim

Deux millions de pauvres. 880 000 enfants sous le seuil de pauvreté. Un taux de pauvreté infantile de 28% deuxième rang mondial dans l'OCDE.
Pendant que les licornes technologiques font la une et que les levées de fonds battent des records à Tel Aviv, un quart des enfants israéliens grandissent dans la précarité.
Depuis vingt-cinq ans, l'association Kol Yaacov fait ce que l'État ne fait pas sans frais de structure, sans communication tapageuse, avec des bénévoles et 100% des dons reversés directement aux familles.
Un court métrage qui buzz en ce moment sur les réseaux, « Ce qu'il nous reste », met des visages sur ces chiffres que personne ne veut regarder. Il est temps de regarder.

La faim silencieuse de la Start-Up Nation

Il existe deux Israël. Celui des licornes technologiques, des levées de fonds record, des salaires en dollars et des rooftops de Tel Aviv où l'on cause disruption entre une salade de quinoa et un café cold brew.
Et puis l'autre celui que l'on ne montre pas, celui que le court métrage « Ce qu'il nous reste », qui circule en ce moment sur les réseaux, oblige à regarder en face : un Israël où des familles entières se demandent, chaque soir, s'il restera quelque chose dans le réfrigérateur.

Ce n'est pas une métaphore. Ce n'est pas de la propagande associative. Ce sont des chiffres que le Bituah Leumi  l'Assurance Nationale israélienne, équivalent de la Sécurité sociale publie lui-même, chaque année, dans un rapport officiel que personne ne lit vraiment.

Selon le rapport sur la pauvreté 2024 du Bituah Leumi, environ deux millions d'Israéliens vivent sous le seuil de pauvreté, dont 880 000 enfants soit plus d'un quart des enfants du pays.
Le seuil retenu n'est pas une invention idéologique : un foyer est considéré pauvre lorsque son revenu net par membre est inférieur à 50% du revenu médian national, conformément à la méthodologie de l'OCDE. Ce seuil s'établit aujourd'hui à 3 547 shekels par mois pour une personne seule, 7 095 pour un couple, et 13 303 pour un couple avec trois enfants. 

Le deuxième rang que personne ne revendique

En matière de pauvreté infantile, Israël se classe deuxième parmi les pays de l'OCDE, derrière le Costa Rica, avec un taux de 28%  en hausse par rapport aux 27,6% enregistrés en 2023.
Dans un pays dont le PIB par habitant dépasse 54 000 dollars en parité de pouvoir d'achat, cette statistique devrait provoquer un débat national permanent. Elle provoque, au mieux, quelques articles en début d'hiver. 

Les premières estimations pour 2025, déjà intégrées dans le rapport du Bituah Leumi, annoncent une dégradation supplémentaire : la pauvreté globale remonterait à 21%, et la pauvreté des enfants à 28,8%. La guerre, la hausse du coût de la vie et l'augmentation de la TVA à 18% produisent un effet de ciseau que les ménages les plus fragiles absorbent seuls. Alliance

La géographie de l'exclusion

L'un des angles les plus frappants de ce tableau est sa dimension géographique. Le taux de pauvreté atteint 24,5% dans la région Sud d'Israël et 21,7% dans la région Nord, contre seulement 11,6% dans la région Centre.
Autrement dit, vivre à Beer Sheva ou à Kiryat Shmona plutôt qu'à Herzliya ou Ra'anana, c'est statistiquement doubler ses chances de tomber sous le seuil de pauvreté.
L'écart est encore plus saisissant à l'échelle urbaine : le taux de pauvreté est de 12% à Tel Aviv, et frôle les 40% à Jérusalem. 

Ce gouffre entre les villes n'est pas une fatalité géographique : c'est le résultat de décennies de politique budgétaire qui ont concentré les investissements en infrastructures, en transports, en éducation et en emploi qualifié dans le couloir côtier central, laissant la périphérie Nord, Sud, Jérusalem se débrouiller avec des moyens structurellement inférieurs.

Ces zones frappées par la pauvreté sont précisément celles qui ont été les premières touchées par la guerre depuis octobre 2023.

Travailler ne protège plus

L'un des paradoxes les plus cruels de la situation israélienne réside dans ce que les économistes appellent la pauvreté laborieuse celle des gens qui ont un emploi et restent pauvres. La part des travailleurs pauvres représente environ 13% de la population active, plaçant Israël au cinquième rang mondial de l'OCDE sur cet indicateur.
En parallèle, le taux de chômage a atteint un plancher historique de 2,6% fin 2024 ce qui signifie que le problème n'est pas l'emploi en tant que tel, mais la qualité, la rémunération et la sécurité des emplois accessibles aux ménages défavorisés. 

Les dépenses sociales d'Israël représentent environ 16,7% du PIB, soit près de cinq points de moins que la moyenne OCDE de 21,2%. Dans un pays où le logement, l'alimentation et les services essentiels ont des coûts parmi les plus élevés du monde développé, cet écart n'est pas un détail technique c'est la mesure exacte de ce que l'État choisit de ne pas faire. Alliance

La faim comme réalité, pas comme figure de style

Au-delà des indicateurs de revenus, le rapport du Bituah Leumi documente une dimension plus immédiate encore. En 2024, 28,1% des Israéliens vivent en situation d'insécurité alimentaire pour des raisons économiques, dont un million d'enfants.
Environ 26% des Israéliens n'ont pas les moyens de se procurer une alimentation saine.
La part d'enfants vivant dans des ménages en insécurité alimentaire reste très élevée, autour de 31,7% pour 2024, même si le rapport note une amélioration partielle par rapport à 2023, en partie liée aux dispositifs de repas mis en place pendant la guerre. BTLAlliance

La faim n'est pas une abstraction dans ces familles. C'est un calcul quotidien : est-ce qu'on mange ce soir, est-ce qu'on mange demain, est-ce qu'on sert les enfants en premier en espérant qu'il restera quelque chose pour les adultes.

La concentration de la pauvreté et le risque d'un débat biaisé

Selon le rapport du Bituah Leumi, 65,1% des personnes pauvres appartiennent aux communautés arabes et haredim un taux presque deux fois supérieur à leur représentation dans la population générale.
Ce chiffre est régulièrement mobilisé pour laisser entendre que la pauvreté serait un problème « communautaire » plutôt qu'une défaillance systémique.
C'est un raccourci intellectuellement malhonnête : ces populations sont pauvres notamment parce que les politiques publiques d'intégration au marché du travail, d'accès à l'éducation professionnelle et de redistribution fiscale les ont historiquement sous-servies et non parce que la pauvreté serait une caractéristique culturelle.

Au demeurant, le rapport note une légère baisse du taux de pauvreté au sein de ces deux communautés entre 2023 et 2024, ce qui tend à montrer que des interventions ciblées produisent des effets mesurables.

Le reste de la pauvreté israélienne près d'un tiers concerne des familles juives laïques ou traditionnelles, des familles monoparentales, des personnes âgées isolées, des travailleurs aux revenus insuffisants. On dénombre ainsi 158 700 personnes âgées pauvres en Israël, un chiffre supérieur à la moyenne des pays de l'OCDE.

Ce que fait Kol Yaacov, et ce que l'État ne fait pas

C'est dans ce contexte que travaille depuis plus de vingt-cinq ans l'association Kol Yaacov, présidée par Pierre Zaoui : en silence, sans frais de structure, avec des bénévoles, auprès de familles en extrême précarité. Son modèle 100% des dons reversés aux bénéficiaires est une réponse directe à une chaîne de défaillances publiques que les chiffres officiels décrivent avec une précision implacable.

Le court métrage « Ce qu'il nous reste » ne fabrique pas une réalité. Il en montre une que le rapport du Bituah Leumi confirme, chiffres à l'appui, depuis des années. La Start-Up Nation génère de la richesse à une vitesse remarquable. Elle n'a pas encore trouvé comment la distribuer.

Mémoire juive, génération Z : Trois jeunes Français ont réinventé la transmission et conquis Israël -videos-

Mémoire juive, génération Z : Trois jeunes Français ont réinventé la transmission et conquis Israël -videos-

Mémoire en mouvement

Ils ont entre 8 et 15 ans. Ils habitent Toulouse, Neuilly-sur-Seine, Paris. Et pour la première fois de l'histoire du programme international "Mon Histoire Familiale", trois jeunes Français ont porté leurs racines jusqu'au cœur du Musée ANU, à Tel Aviv — et l'un d'eux en est reparti lauréat mondial.

C'est une victoire discrète, sans tribune ni médailles retransmises en mondiovision. Pas de stades bondés, pas de commentateurs survoltés.
Et pourtant, quelque chose d'essentiel vient de se jouer cette année dans les couloirs du Musée ANU, le Musée du Peuple Juif installé sur le campus de l'Université de Tel Aviv.
Quelque chose qui touche à ce que nous sommes, à ce que nous transmettons, à la manière dont une génération prend le relais de la précédente.

Un programme né de la conviction que la mémoire est vivante

Depuis plus de trente ans, le Musée ANU coordonne chaque année un concours pas tout à fait comme les autres. "Mon Histoire Familiale" invite des élèves d'écoles juives du monde entier à plonger dans leurs propres archives, à interroger grands-parents et oncles, à fouiller les tiroirs de la mémoire familiale, puis à transformer ce matériau intime en une création originale.

Livre, film, arbre généalogique, maquette, peinture, jeu, composition musicale. Toutes les formes sont permises, pourvu qu'elles soient habitées.

Des milliers de jeunes participent chaque année, venus d'une dizaine de pays. L'ambition du programme est à la fois modeste et vertigineuse : redonner à chaque enfant le goût d'appartenir à une histoire plus grande que lui, sans jamais l'y enfermer.

Cette année marque un tournant. Pour la toute première fois, des écoles françaises ont rejoint l'aventure. Et la France, à sa première participation, a frappé fort.

Aaron, Yael, Rose : trois noms, trois œuvres, une même urgence

Parmi les centaines de projets évalués par le jury international, trois créations francophones se sont hissées en finale mondiale. Trois projets qui n'ont rien de scolaire, rien de convenu, et qui portent chacun la marque d'une sensibilité singulière.

Aaron Levy, élève du Collège Marianne Picard à Neuilly-sur-Seine, a remporté le titre de lauréat international.
Son projet : un jeu de société familial, aussi ludique que profond. Au fil du plateau, les joueurs traversent l'histoire de sa famille à travers des questions, des anecdotes, des photographies et des recherches historiques d'une rigueur remarquable.

Ce qui a séduit le jury, c'est précisément cela : la transmission n'est pas ici un devoir solennel, elle devient un moment de jeu partagé, de rires et de curiosité. Aaron sera prochainement invité en Israël pour présenter son œuvre au sein du musée même.

Yael Attias, 8 ans, élève du Talmud Torah de Toulouse, a imaginé une toupie musicale intergénérationnelle de Hanoukah.
Chaque face de l'objet est associée à un membre de sa famille.
Lorsque la toupie s'arrête sur l'une d'elles, Yael interprète au violon un morceau choisi pour incarner cette personne, son caractère, les souvenirs qu'elles partagent.
Ce projet-là est d'une beauté rare. Une enfant de 8 ans qui traduit en musique ce que les mots ne peuvent pas toujours dire, qui fait de la toupie de Hanoukah un vecteur de transmission intime et universel à la fois.

Rose Asseraf, elle aussi élève du Collège Marianne Picard, a choisi un tout autre registre.
Sa famille entretient depuis plusieurs générations un rapport profond à la mode.
Rose en a fait un magazine, au sens plein et littéraire du terme : archives familiales, photographies, récits personnels, le tout rassemblé dans une publication qui montre comment un héritage peut circuler à travers le goût, le vêtement, le style.

La mode comme langage d'identité. L'idée est forte, l'exécution élégante. Cliquez ici

Un programme qui s'étend, une aventure qui commence

Ce que l'on découvre en creusant, c'est l'ampleur d'un dispositif pédagogique qui dépasse largement le cadre d'un simple concours.
"Mon Histoire Familiale" se déploie aujourd'hui dans plus de trente pays, en partenariat avec des écoles et des communautés du monde entier.
Le programme s'articule autour de neuf sessions réparties sur l'année scolaire, pensées pour accompagner les élèves, notamment autour de l'âge de la Bar ou Bat Mitsvah, dans une véritable enquête sur leurs origines familiales.

Interviews de proches, collecte de photographies, d'objets, de recettes, de musiques et de témoignages, construction d'un arbre généalogique, puis création d'une œuvre personnelle entièrement libre : vidéo, maquette, dessin, composition musicale.
La démarche est rigoureuse sans être contraignante. Elle invite chaque jeune à relier son histoire intime à l'histoire collective du peuple juif, tout en développant des compétences concrètes de recherche, d'analyse et de créativité.

Ce qui distingue ce programme des initiatives pédagogiques classiques, c'est la trace qu'il laisse. Chaque projet intègre les archives du Musée ANU, contribuant à constituer un patrimoine vivant, fait de milliers d'histoires familiales venues des quatre coins du monde. Une mémoire collective construite projet par projet, enfant par enfant.

Les inscriptions pour la session 2026-2027 viennent d'ouvrir.
Les écoles et communautés francophones qui souhaiteraient rejoindre l'aventure peuvent consulter l'ensemble des lauréats 2026 sur le site du programme : mfs.anumuseum.org.il/fr/les-laureats

Ce que ce concours dit de nous

On pourrait ne voir dans "Mon Histoire Familiale" qu'un concours parmi d'autres, une initiative pédagogique bien intentionnée. Ce serait passer à côté de l'essentiel.
Ce programme repose sur une conviction profonde : l'identité juive ne se transmet pas par décret. Elle se construit, se raconte, se réinvente à chaque génération.

Elle vit dans les détails d'un album photo, dans le prénom d'un arrière-grand-père, dans la recette transmise sans jamais être écrite, dans la mélodie qu'on fredonne sans savoir d'où elle vient.

Ce que font ces jeunes, c'est exactement cela. Ils ne répètent pas une leçon. Ils s'approprient une histoire, la retravaillent avec leurs propres outils de leur époque, et la rendent à la communauté sous une forme nouvelle. Aaron avec son jeu de plateau, Yael avec son violon, Rose avec ses pages de magazine, disent tous trois la même chose : je suis le fils ou la fille de quelqu'un, et je choisis de le savoir.

Dans un moment où les questions d'appartenance et d'identité juive traversent la communauté française avec une intensité particulière, la participation de la France à ce programme international n'est pas anodine. Elle dit que la mémoire peut être joyeuse. Que la transmission peut être créatrice. Que nos enfants, quand on leur donne les outils et la liberté, sont capables de faire de leur histoire une œuvre.

Le Musée ANU a su créer les conditions de cette rencontre. La France vient d'en saisir l'invitation. Il serait dommage que ce soit la dernière fois.
Pour en savoir plus contacter Sarah TUBIANA Tel: +972 55 773 2378
Coordinator of French & Spanish Education
The Koret International School for Jewish Peoplehood

ANU - Museum of the Jewish People

sarah@anumuseum.org.il

 

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Comment les Émirats ont contraint Washington à signer la paix avec Téhéran -vidéo-

Comment les Émirats ont contraint Washington à signer la paix avec Téhéran -vidéo-

LE CHANTAGE AU PÉTRODOLLAR : COMMENT LE GOLFE A FORCÉ LA MAIN DE WASHINGTON

Pendant que Trump célébrait son accord avec Téhéran, Abu Dhabi tenait un couteau sous la table. Ce couteau s'appelle le yuan.

Alliance Juin 2026

Le 17 juin 2026, Donald Trump et le président iranien signaient à Doha un mémorandum d'entente pour mettre fin à la guerre.
Un accord présenté comme une victoire américaine. En réalité, Washington n'avait plus le choix. Ce que l'on sait aujourd'hui, c'est que la pression la plus décisive n'est pas venue d'Israël, ni du Pakistan médiateur, ni même des frappes sur Fordow.
Elle est venue d'Abu Dhabi, en costume de banquier, armée d'une seule phrase prononcée à Washington en avril : « Si nous manquons de dollars, nous vendrons notre pétrole en yuans. »

Un aveu qui vaut une déclaration de guerre monétaire

Mi-avril 2026, Khaled Mohamed Balama, gouverneur de la banque centrale des Émirats arabes unis, prend l'avion pour Washington.
Il arrive en marge des réunions de printemps du FMI.
Officiellement, il est là pour « aligner les perspectives financières régionales ».
En réalité, il vient signifier au secrétaire au Trésor Scott Bessent, et aux responsables de la Réserve fédérale, que les Émirats ont besoin d'une ligne de swap en dollars un mécanisme d'urgence entre banques centraleset qu'en l'absence de cet accès, Abu Dhabi pourrait basculer vers des monnaies alternatives pour ses ventes de pétrole.
Le yuan chinois est cité explicitement. L'information, révélée par le Wall Street Journal, fait l'effet d'une déflagration discrète dans les couloirs du Trésor américain.

Ce n'est pas une rumeur. Ce n'est pas une posture de bazar. C'est un banquier central qui, en face du Trésor des États-Unis, conditionne l'avenir du pétrodollar à une réponse américaine concrète.
La Fed n'accorde de telles lignes permanentes qu'à cinq banques centrales : la Banque d'Angleterre, la BCE, la Banque du Japon, la Banque du Canada, la Banque nationale suisse. Jamais à un État du Golfe. Ce jour-là, Abu Dhabi exige d'être traité autrement. Ou il ira chercher ailleurs.

La guerre qui a tout déréglé

Pour comprendre l'ampleur du séisme, il faut revenir au 28 février 2026. Ce jour-là, les États-Unis et Israël lancent des frappes de surprise sur l'Iran, assassinant plusieurs responsables dont le Guide suprême Ali Khamenei.
Téhéran riposte immédiatement sur tous les fronts : bases américaines, infrastructures pétrolières du Golfe, et surtout coup de maître stratégique le détroit d'Ormuz.
La porte par laquelle transite 20 % du pétrole mondial est fermée.

Les Émirats subissent plus de 2 800 drones et missiles iraniens avant la trêve du 7 avril. Leurs infrastructures énergétiques sont endommagées. Leurs exportations par Ormuz, bloquées. Mais l'attaque la plus dévastatrice n'est pas militaire : elle est monétaire.
Depuis mi-mars, les Gardiens de la révolution iraniens facturent aux navires souhaitant transiter par le détroit jusqu'à 2 millions de dollars par passage réglés en yuan chinois et en bitcoin car l'Iran a du contouner le Dollars suite aux sanctions américaines. Et c'est exactement là que le piège se referme !

Des alliés américains France, Japon, Thaïlande, Philippines  paient en devise chinoise pour faire passer leur pétrole. C'est une humiliation géopolitique et le début d'un précédent irréversible.

L'infrastructure d'une révolution monétaire silencieuse

Ce qui rend la menace émiratie crédible, c'est qu'elle ne repose pas sur des vœux pieux.
Elle s'appuie sur une architecture financière patiemment construite depuis dix ans.
Les Émirats sont membres fondateurs du projet mBridge, une plateforme de monnaies numériques de banques centrales développée avec la Chine, Hong Kong, la Thaïlande et l'Arabie saoudite en statut d'observateur.

Sur mBridge, une cargaison de pétrole peut être réglée en yuan numérique en quelques secondes, sur un registre que les États-Unis ne peuvent ni tracer, ni bloquer, ni sanctionner. C'est la fin opérationnelle de l'arme des sanctions américaines du moins pour les transactions qui empruntent cette voie.

Les Émirats avaient en outre rejoint les BRICS en janvier 2024, s'ouvrant des cadres de règlement en rouble, roupie et yuan.
La Banque populaire de Chine maintient des lignes de swap avec plus de 40 pays.
Le commerce entre la Chine et les Émirats a dépassé 100 milliards de dollars en 2024, doublant en dix ans. ADNOC, le géant pétrolier d'État émirati, a lancé début 2026 une émission obligataire potentielle de 2 milliards de dollars libellée en yuans. Ce n'est pas une menace théorique. C'est une stratégie en cours d'exécution.

La quitte d'OPEP : le coup de grâce symbolique

Le 1er mai 2026, une semaine après la rencontre de Washington, les Émirats arabes unis annoncent leur sortie de l'OPEP, mettant fin à 59 ans d'adhésion.
Troisième producteur du cartel, Abu Dhabi tourne la page en quatorze mots : « Le moment est venu de concentrer nos efforts sur ce que notre intérêt national commande. »
Ce faisant, les Émirats se désolidarisent de la structure institutionnelle qui, depuis 1974, avait fait du dollar américain la monnaie obligatoire du pétrole mondial. L'OPEP n'était pas qu'un cartel de production. C'était le pilier organisationnel du pétrodollar.

La part du dollar dans les réserves mondiales est aujourd'hui à son plus bas niveau en 25 ans : environ 57 %, contre 72 % en 2001. Les économistes de Deutsche Bank avertissent que la guerre Iran-États-Unis pourrait être « le catalyseur des origines du pétro-yuan ». Ce n'est pas une prophétie. C'est un constat d'infrastructure.

Qatar, Pakistan, Chine : les coulisses de l'accord

L'accord du 17 juin ne tombe pas du ciel. Il est le produit d'une mécanique de pression que Washington a mis des semaines à comprendre.
Le Pakistan, médiateur officiel dès le 30 mars après qu'il eut envoyé des avions de chasse soutenir l'Arabie saoudite tout en servant de canal avec Téhéran, livre un premier cessez-le-feu le 7 avril. Mais le vrai levier, c'est le Golfe.

Le Qatar, qui avait d'abord refusé de prendre en charge la médiation alors qu'il était lui-même sous les missiles iraniens, finit par accueillir en mai une délégation iranienne dans des négociations coordonnées avec Washington.

Doha sait que chaque jour de fermeture d'Ormuz lui coûte des milliards : l'interruption du GNL a retardé d'un an son expansion du champ North Field East. L'Arabie saoudite négocie en sous-main avec les Houthis. Oman maintient des canaux ouverts avec Téhéran.
Ce n'est pas la pression militaire américaine qui a fait plier l'Iran.
C'est la convergence des intérêts financiers du Golfe tous menacés, tous exaspérés, tous capables de faire basculer l'ordre monétaire mondial.

Les fonds souverains du Golfe détiennent plus de 2 000 milliards de dollars investis en actifs américains. Les devises du Golfe sont arrimées au dollar, ce qui nécessite quelque 800 milliards de réserves de soutien. Ces États ne cherchent pas à détruire le système dollar. Ils cherchent à en renégocier les conditions. Et en 2026, pour la première fois depuis 1974, ils ont les moyens techniques de le faire.

Ce que l'accord révèle et ce qu'il cache

L'accord de juin 2026 prévoit une moratoire temporaire sur l'enrichissement d'uranium iranien, des discussions sur des allègements de sanctions, et la réouverture progressive des routes maritimes dans le Golfe. Ce que Trump présente comme une victoire, c'est en réalité un retrait américain conditionnel conditionné par la pression du Golfe, de la Chine et de l'effondrement rampant du pétrodollar.

Ce que l'accord ne dit pas : les péages en yuan perçus au détroit d'Ormuz ont déjà créé un précédent. Des alliés américains ont payé en devise chinoise pour faire passer leur pétrole. Le projet mBridge est opérationnel. L'Arabie saoudite a ouvert l'accès d'Alipay+ à 12 millions de ses citoyens. La Chine n'a pas eu besoin de tirer un seul coup de feu. Elle a attendu.

Le vrai accord n'est pas celui signé à Doha entre Trump et les Iraniens. C'est celui conclu, sans signature, entre Abu Dhabi et Washington : des dollars d'urgence contre le silence sur le yuan. Une ligne de swap contre la préservation du pétrodollar pour quelques années supplémentaires. Un empire monétaire qui achète du temps, face à des alliés qui ont compris qu'ils n'en avaient plus besoin.

Yaacov Agam, géant de l'art israélien, s'est éteint à 98 ans

Yaacov Agam, géant de l'art israélien, s'est éteint à 98 ans

Yaacov Agam, géant de l'art israélien, s'est éteint à 98 ans

Le sculpteur de la lumière et du mouvement disparaît

Yaacov Agam n'est plus. Le peintre et sculpteur israélien, lauréat du prix Israël, s'est éteint à 98 ans. Ses funérailles auront lieu lundi à 17 heures au cimetière militaire de Rehovot. Auparavant, à 14 heures, son cercueil sera installé pour une cérémonie de recueillement sur l'esplanade du musée Agam, à Rishon LeZion.

Pionnier de l'art cinétique, Agam aura été l'un des artistes israéliens les plus reconnus et les plus exposés au monde. Ses œuvres ont voyagé jusqu'au Guggenheim de New York, jusqu'à Amsterdam et jusqu'en France, où il a longtemps vécu et créé.
On lui doit notamment la fontaine "Feu et Eau" de la place Dizengoff à Tel-Aviv, "l'Échelle de Jacob" au Binyaney Hauma de Jérusalem, et la façade colorée tournée vers la mer de l'hôtel Dan à Tel-Aviv.

Cette année encore, à 97 ans, il recevait le prix Israël. Le jury saluait alors "une contribution de sept décennies à l'art israélien et international". Le texte précisait que "Agam a fait éclater les frontières de l'art plastique tel qu'on le connaissait et a renouvelé les langages de l'art cinétique et de l'op art".

L'élément novateur central de son œuvre, selon ce même texte, tenait à "l'idée du changement intérieur, aussi bien dans le corps même de l'œuvre que dans le point de vue mouvant du spectateur".

Les hommages affluent de tout le pays

Le président de l'État, Itzhak Herzog, a réagi avec émotion. "J'ai appris avec une profonde tristesse la mort de Yaacov Agam, l'un des plus grands artistes d'Israël et l'un des créateurs israéliens les plus respectés et les plus connus au monde", a-t-il déclaré.

"Agam, lauréat du prix Israël, a fait éclater les frontières et offert au monde un langage artistique unique fait de mouvement, de changement et de renouveau. Ses œuvres, devenues partie intégrante des musées et des collections les plus importants du monde, et aussi ici même à la résidence du président, ont exprimé une vision créative hors du commun et ont constitué une source d'inspiration pour des générations d'artistes et de créateurs. J'ai eu la chance de le connaître depuis mon enfance, et c'était un homme fascinant. Chaque rencontre avec lui laissait transparaître la fougue, la curiosité et la créativité inépuisable qui l'ont caractérisé tout au long de sa vie. Son héritage artistique et humain continuera d'accompagner la culture israélienne et les amoureux de l'art, en Israël comme dans le monde, pour de nombreuses années encore."

Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, a salué à son tour "un artiste qui a frayé un chemin nouveau, qui a offert à la création israélienne un langage unique et porteur d'inspiration".

Il a ajouté : "Son héritage artistique continuera d'éclairer et d'influencer des générations de créateurs en Israël et dans le monde. Au nom du ministère de la Culture et des Sports, j'adresse mes condoléances à sa famille, à ses amis et à tous les amoureux de l'art en Israël."

Le maire de Rishon LeZion, Raz Kinstlich, a lui aussi rendu hommage à l'artiste, disparu "dans une vieillesse heureuse" à 98 ans.

Le maire est revenu sur sa dernière rencontre avec l'artiste, "il y a environ deux mois, lorsqu'il a reçu le prix Israël", où il a pu "le remercier à nouveau pour sa contribution de longue date à l'art, à l'État et à notre ville". Il a confié sa fierté d'avoir fondé avec lui le musée Agam,
"qui lui a montré de son vivant à quel point nous l'aimions et l'estimions", et a assuré que ce musée "continuera d'être un joyau municipal qui perpétuera son œuvre et sa vision et permettra aux générations futures d'apprendre, de vivre et d'honorer l'un des plus grands artistes nés ici".

Du quartier religieux de Rishon LeZion au Guggenheim

Né en 1928 à Rishon LeZion sous le nom de Yaacov Gipstein, Agam grandit dans une famille religieuse. À 18 ans, il décide de suivre sa passion pour l'art et part étudier à l'académie Bezalel de Jérusalem. Ses études terminées, il s'envole pour l'Europe, où il se perfectionne en Suisse, en Italie et en France. Cette période est marquée par une grande précarité matérielle : il récupère alors les matériaux de ses œuvres directement dans les poubelles du marché.

Une rencontre fortuite avec un artiste parisien donne naissance à sa première exposition, intitulée "Yaacov Agam, l'art en mouvement".
Les critiques élogieuses ouvrent la voie à l'exposition suivante, "Le Mouvement", qui réunit plusieurs artistes pour qui le thème du mouvement constitue un élément central de leur travail.

Cette exposition restera gravée dans l'histoire de l'art comme la première étape marquante du courant cinétique.

La vague d'enthousiasme des critiques transforme immédiatement le statut d'Agam, qui accède alors à une reconnaissance internationale et reçoit des commandes de personnalités de tout premier plan.

Dès les années 1950, ses œuvres sont exposées dans les musées et les expositions les plus prestigieux du monde. Elles figurent aujourd'hui dans les collections d'institutions majeures, parmi lesquelles le MoMA et le Guggenheim à New York, ainsi que le Centre Pompidou à Paris, qui présente le "Salon cinétique" surnommé aussi "salon Agam" comme l'une des pièces maîtresses de sa collection. Avant de rejoindre Pompidou, cette installation ornait le palais de l'Élysée.

Ses créations occupent aussi l'espace public à travers le monde, de la Maison-Blanche à Washington jusqu'à des places et des sites emblématiques de New York, Miami, Buenos Aires, Tokyo, Paris et Taipei.

Agam a aussi conçu la plus grande hanoukia du monde, haute de onze mètres, installée chaque année à Manhattan le temps de la fête de Hanouka, en s'inspirant d'une illustration de Maïmonide .
Près de la Juilliard School de New York se dresse également sa sculpture "Trois fois trois", composée de neuf colonnes pivotantes en acier inoxydable que le public est invité à transformer du bout des doigts.

Yaacov Agam, géant de l'art israélien, s'est éteint à 98 ans

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Une empreinte indélébile sur le paysage israélien

En Israël aussi, Agam a marqué l'espace public de son empreinte. Parmi ses œuvres les plus connues figurent "l'Échelle de Jacob" au Binyaney Hauma de Jérusalem, le monument "Yizkor" sur l'esplanade du Mur occidental, la sculpture "Cent portes" à la résidence présidentielle, et "Le Rythme du temps" au musée de Tel-Aviv. Il a également dessiné la façade colorée de l'hôtel Dan à Tel-Aviv ainsi que la sculpture "Menorah-Racines" dans le jardin Brenner de la ville.

Mais l'œuvre à laquelle son nom reste le plus étroitement associé demeure la fontaine "Feu et Eau" de la place Dizengoff, installée en 1986 et mariant les deux éléments.

Au fil des années, cette fontaine s'est retrouvée au cœur d'une controverse publique lors de la rénovation de la place : Agam s'opposait fermement à son déplacement, estimant que modifier l'environnement dans lequel elle avait été conçue en altérait le sens artistique profond.
"La fontaine n'est jamais devenue une tour Eiffel, parce qu'il y avait une jalousie immense de la part des artistes. La place attirait des foules entières, mais personne n'a compris ce que j'avais fait là", confiait-il en 2001 dans un entretien accordé au magazine "7 Yamim".

Une œuvre qui se construit dans le regard du spectateur

La singularité d'Agam tient à ceci : ses œuvres, qu'il s'agisse de sculptures ou de tableaux, ne sont jamais statiques. Elles produisent une impression sans cesse renouvelée selon le déplacement du spectateur dans l'espace. Ce dernier devient ainsi un acteur à part entière de l'expérience artistique, puisque c'est lui qui dévoile, par son mouvement, les compositions colorées et formelles enfouies dans l'œuvre.

Cette transformation perpétuelle, dictée par le regard de celui qui observe, empêche également l'œuvre de se figer à un instant donné dans une forme "parfaite" et interdit au spectateur de jamais la "saisir" dans sa totalité. L'expérience même de la contemplation devient ainsi tout aussi dynamique que l'œuvre observée.

Au-delà de son activité créatrice, Agam s'est aussi consacré au développement de méthodes pédagogiques. Dans les années 1980 et 1990, en collaboration avec le département d'enseignement des sciences de l'institut Weizmann, il élabore un programme éducatif fondé sur le langage visuel, destiné à cultiver la créativité, la mémoire et la pensée par les formes et les images plutôt que par les mots. Ce programme, étudié à l'institut Weizmann, fut ensuite déployé dans des jardins d'enfants et des écoles à travers tout le pays.

Les confidences amères d'un artiste mal compris

Derrière la reconnaissance internationale, Agam n'a jamais caché une certaine amertume face à l'incompréhension dont il estimait avoir souffert dans son propre pays.
"Je me sens en plein échec. Les choses importantes que je voulais vraiment accomplir, je n'y suis pas parvenu. J'ai travaillé trente ans sur une méthode d'éducation visuelle, et je n'ai pas réussi à faire passer le message. J'ai consacré des années et des centaines de milliers de dollars au dictionnaire des 'Agamils et on méprise ce travail. J'ai dédié dix ans à créer 'Feu et Eau' pour la ville de Tel-Aviv et on en a fait une ferraille honteuse. Mon œuvre la plus importante, on en a fait un tas de ferraille. J'ai introduit la quatrième dimension dans l'art comme conception du monde, et on dit que j'exploite le judaïsme à des fins commerciales.
Dans le monde, on me surnomme le Léonard de Vinci du XXIe siècle et ici, on dit que je suis un gâteau américain."

En 2017, à Rishon LeZion, la ville où il avait élu domicile, ouvrait le musée Yaacov Agam, qui rassemble une trentaine d'œuvres de l'artiste, parmi lesquelles trône la fontaine "Feu et Eau" de la place Dizengoff. Lors d'un entretien donné à l'occasion de cette ouverture, il confiait : "En ce moment je suis en plein combat, je veux finir ici le travail que j'ai mené, et il me reste beaucoup à faire."

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