Savoir faire la part des choses…
Interrogé ce matin sur les ondes de Kol Israël à propos des conclusions de la Commission Zeiler, le Grand Rabbin de Tel-Aviv Israël Meïr Lau a surpris le journaliste en affirmant que « toute cette affaire devait être remise dans de justes proportions ». Bien qu’étant d’accord sur le danger de la corruption envahissante dans la société israélienne, l’ancien Grand Rabbin d’Israël a mis l’accent sur une nouvelle dramatique parue dans la presse, mais qui n’a pas eu les « honneurs » des gros titres : d’après les chiffres publiés par l’ONU, 18.000 enfants meurent de faim chaque jour dans le monde! Le Grand Rabbin s’est - à juste titre – indigné de ce que « ce monde moderne qui a su inventer des téléphones portables ultra sophistiqués, est capable en même temps de laisser mourir de faim des milliers d’enfants par jour ».
C’est tout à fait le rôle de nos guides spirituels de montrer du doigt non seulement les maux qui frappent notre société, mais aussi les drames humains qui secouent la planète, et qui devraient interpeller les consciences juives, autant et sinon plus que les problèmes de corruption.
Dans cet ordre d’idée, il est bon de se pencher sur un problème humanitaire douloureux qui se passe chez nous, à savoir, la présence de 200 réfugiés du Darfour, qui croupissent dans des prisons israéliennes. Malgré les critiques et les appels venus de toutes parts, les autorités israéliennes ont refusé jusqu’à présent de prendre une quelconque décision à leur égard.
Une délégation de parlementaires, accompagnée de militants des droits de l’homme ainsi que de journalistes, s’est rendue dernièrement dans les lieux de détention afin de se rendre compte sur place de ce drame humain. Ils ont été bouleversés par ce qu’ils y ont vus.
L’un des participants raconte l’histoire émouvante de ce réfugié, emprisonné depuis un an et trois mois dans la prison de Massayahou, qui avait fui son village au Soudan pour fuir le carnage qui s’y déroulait. Durant six mois, lui et son frère se sont trouvés dans la même prison israélienne sans le savoir ! Les réfugiés ont chacun à leur tour raconté les horreurs qu’ils ont vécu au Darfour, où une guerre civile sévit depuis des années, ayant fait des centaines de milliers de morts et de réfugiés, dans l’indifférence quai général de la Communauté internationale. Mais ils ont aussi fait part de leurs craintes quant à leur futur.
Personne parmi les « visiteurs » n’est resté insensible à cette misère humaine. Le président de la Commission parlementaire chargée de travailleurs étrangers, Ran Cohen (Meretz), a exhorté le gouvernement à libérer ces malheureux de prison, car « ce ne sont pas des délinquants ou des criminels, mais des victimes d’une épuration ethnique, et il est du devoir de l’Etat juif de prendre ces personnes en charge ».
Le député Gilad Erdan (Likoud), chef de file du lobby parlementaire en faveur du Darfour, s’est, quant à lui, insurgé contre les rumeurs selon lesquelles « certains détenus seraient membres d’Al Qaïda ». Il a insisté sur le fait que « nous Juifs, devons être un exemple dans le monde dans des domaines tels que celui-ci, du fait de notre propre histoire ». Il s’est engagé à déposer une proposition de loi à la Knesset visant à ce que « chaque réfugié soit pris en charge par l’Etat d’Israël, même s’il provient d’un pays ennemi, comme c’est le cas en l’occurrence ».
Le député travailliste Avishaï Braverman a tenu à s’adresser aux journalistes étrangers présents, pour leur assurer « qu’Israël va tout entreprendre afin de trouver une solution satisfaisante à cette question ».
Suite à une plainte déposée devant la Cour Suprême, le Ministre de la Défense avait nommé un conseiller chargé de cette question. Jusqu’à présent, 90 parmi les 300 réfugiés ont été placés dans des Kibboutzim ou Moshavim.
Israël s’est toujours proposé par le passé de se porter au secours des personnes en détresse à travers le monde. Malgré les difficultés financières ou la situation sécuritaire, notre pays a toujours été au premier plan pour prêter assistance aux victimes de catastrophes humaines ou naturelles. Israël ne peut donc pas se permettre de négliger ces 300 réfugiés qui se trouvent son propre territoire.
Si l’on veut trouver un lien entre cette affaire et celle du scandale qui secoue la Police, on pourra dire que dans les deux cas, il s’agit d’une faille dans la vocation d’Israël de Justice, de Droiture et de Bonté. C’est tout à l’honneur du Rav Meïr Lau d’avoir rappelé l’échelle juive des valeurs, et que le devoir humanitaire se doit tout de même de rester la préoccupation principale du peuple juif.