Likoud : quand Shalom déclare la guerre…

Israël - le - par .
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                          Likoud : quand Shalom déclare la guerre…

Le 09/07/07, Tout semblait trop calme au Likoud depuis quelques mois, et sa réputation de ‘parti qui s’entredéchire comme des chiffonniers’ s’était quelque peu effacée, « au profit » des travaillistes, qui nous avaient gratifié d'une belle foire d'empoigne lors de leurs dernières primaires.

Caracolant sans interruption en tête des sondages, le Likoud en tant que formation, et Binyamin Netanyahou en tant que leader quasi incontesté, n’attendaient que la tenue d’élections pour revenir au pouvoir, et mettre fin au règne lamentable de Kadima et consorts. Ceci à tel point, que cette perspective avait provoqué la mobilisation générale des partis gouvernementaux et de l'appareil médiatique, dont le seul et unique but avoué était: « Tout faire pour empêcher le retour de Bibi !»

Mais voilà. C’était sans compter les inimitiés personnelles, les calculs politiques étroits, et la préférence des intérêts personnels sur l’intérêt général, qui existent dans tous les partis politiques, Likoud y compris.

A la veille de la réunion du Comité central du Likoud, la conférence de presse qu’a donnée ce matin Silvan Shalom, annonçant son retrait de la courses des primaires, n’était pas simplement une réaction à la décision de Bibi d’avancer la date de la confrontation interne. Elle a été l’occasion pour l’ancien ministre de vouloir « régler son compte » à son supérieur et rival. Tant le ton utilisé, que les termes employés, traduisaient le mépris, la jalousie et le dépit d’un fade technocrate, qui ne sera jamais arrivé à faire de l’ombre au leader du Likoud.

Certes, la précipitation de Netanyahou à organiser ces primaires peut se discuter. Et la loi démocratique veut que chacun puisse être candidat et bénéficier des mêmes chances que ses concurrents. Mais on ne peut reprocher à un politicien – chef de parti de surcroît – de faire…de la politique, et de prendre les mesures qu’il juge nécessaires pour son parti. Et l’argument de « vouloir s’emparer de force du parti » est un peu fragile en l’occurrence, sachant que Silvan Shalom n’a jamais été un concurrent de poids par rapport à Netanyahou. Les deux hommes n’ont jamais été au coude à coude dans les intentions de vote, comme cela a été le cas entre Barak et Ayalon par exemple.

Devant les micros, ce matin, l’intervention de Silvan Shalom a résonné comme un coup de tonnerre dans une période où l’actualité politique est relativement calme. Concentrant ses attaques sur la personnalité de Binyamin Netanyahou, Silvan Shalom a accusé en vrac le chef du Likoud « d’agir à nouveau avec les tripes et non avec l’intelligence », « de réagir uniquement en fonction des sondages », et de « sacrifier à la tradition de la loi de la force ».

Retraçant rapidement l’histoire du parti, Shalom a essayé de montrer que « Si Begin et Sharon avaient en leur temps réussi à faire du Likoud une grande maison, Bibi n’avait réussi qu’à en chasser les meilleurs éléments » Et de citer Benny Begin, Dan Méridor, Itsh’ak Morderkhaï, Roni Milo, David Lévy, Ariel Sharon, Shaoul Mofaz ou Tsahi Hanegbi… « Veut-il aussi me chasser du parti ? » s’écrie-t-il ? « Non ! Le Likoud est ma maison, elle l’a été avant Bibi, et elle le sera encore après lui !»

Reprenant les reproches que font à Netanyahou ses adversaires politiques, Shalom se transformait soudain en propagandiste contre son propre camp: « D’après les sondages, le Likoud est en perte de vitesse. Et à nouveau, on assiste à la victoire de l’émotionnel sur la raison, de la panique sur la capacité de jugement »

Puis, lançant une phrase assassine : « ce qui se passe aujourd’hui au Likoud, rappelle le parti Baath au pouvoir en Syrie ! » Rien que cela ! Il oublie juste que sous le parti Baath, il n’aurait jamais pu s’exprimer de la sorte envers le chef du parti !!!

Tout cela pour annoncer finalement son retrait de la course : « Les primaires devaient désigner celui qui serait candidat du parti aux prochaines élections générales. Pour cela il aurait fallu une confrontation honnête, idéologique, sérieuse. Comme ce n’est pas le cas, je ne veux pas participer à un semblant de primaires. Je me retire donc de la course, et je laisse les militants choisir entre Binyamin Netanyahou et Moché Feiglin. Que le meilleur d’entre eux gagne ! »

Au Likoud, les réactions n’ont pas tardé, toutes aussi virulentes que les attaques dont a été l’objet son chef de file. Le principal concerné n’a pas encore réagi personnellement, mais dans son entourage direct, on déclare que « cela fait déjà un an que Shalom fait des gesticulations de bouledogue. Il s’avère qu’il n’est même pas digne d’un caniche. »

On s’étonne également de cette réaction qui semble à contre-courant du parti : « Tous les députés du Likoud, et l’immense majorité des militants sont favorables à Netanyahou et à sa décision d’avancer des primaires. Shalom est celui qui depuis des mois appelait à des primaires, et soudain, lorsqu’elles arrivent, il crie au scandale. La réponse st claire : comme il voyait qu’il n’avait aucune chance de l’emporter, il a préféré quitter la course en faisant le plus de dégâts possibles » Geste d’intelligence politique pour certains, de mauvais perdant et de lâche pour d’autres.

De manière générale, tous les ténors du parti se rangent autour du chef de leur parti, déclarant qu’ « il ne faut pas se tromper de combat, l’essentiel étant de gagner lors des prochaines élections générales ». Et il est fort à parier que Silvan Shalom n’occupera pas la 2e place sur la liste que présentera le Likoud !

Ces élections seront d’ailleurs le test de vérité pour Silvan Shalom. En s’opposant ainsi frontalement, publiquement et virulemment à Netanyahou, Shalom a pris un gros risque, et joué son va-tout politique. Si Bibi et le Likoud perdent les élections, il pourra se poser en alternative et dire « Je vous avais averti depuis longtemps, le ‘système Bibi’ était voué à l’échec ». Par contre, si Netanyahou l’emporte, Shalom sera relégué, et jeté aux oubliettes du parti. S'il veut survivre politiquement, il lui restera alors à faire comme tant d’autres, et frapper à la porte d’un autre parti, peut-être un Kadima en « restructuration ».

En attendant, les diverses accusations lancées par Shalom constituent du pain béni pour les conseillers en communication des autres formations. On peut d’ores et déjà être sûrs que les « clips » durant la campagne électorale utiliseront en boucle les qualificatifs employés par l’ancien ministre, pour dénigrer et délégitimer celui qui est aux yeux de la majorité de la population – aujourd’hui en tous cas - le seul qui puisse constituer une alternative politique à la situation intenable qui règne aujourd’hui.

C’est l’histoire d’un calife qui voulait être à la place du calife….

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