Accommodements extrêmes

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                                              Accommodements extrêmes


Article paru dans "Canoe",le 05/11/07

JÉRUSALEM, Israël, le 05/11/07, En regardant les bulletins de nouvelles montrant des chars blindés qui défient des enfants palestiniens, difficile de croire qu'Israël est porté sur les accommodements.

Mais vous savez bien que dans la vraie vie, ça ne se passe pas toujours comme à la télévision. Contre toute attente, l'accommodement est un sport extrême dans ce petit pays où cohabitent 5 millions de Juifs, 1,2 million d'Arabes et une douzaine de minorités religieuses.

On imagine à tort que tout le monde se ressemble en Israël, mais l'État juif est une mosaïque de toutes les couleurs, peuplée de gens venus d'une centaine de pays aussi différents que la Russie, l'Éthiopie et le Canada.

Le quart des Israéliens ne sont pas juifs. Une solide minorité de 20 % de la population est arabe, la plupart de religion musulmane. Et même parmi les Juifs, il y a tellement de diversité, de manières de vivre, que la «majorité juive» est loin de former un bloc homogène.

Ce mélange de populations oblige les autorités israéliennes à faire de très gros accommodements de bon voisinage, sans lesquels le pays éclaterait.

Israël est probablement une des seules démocraties occidentales où des tribunaux islamiques inspirés par le Coran dictent le droit familial des musulmans, sans que ça ne fasse la une des journaux.

La charia gère les mariages, les divorces, les pensions alimentaires et les adoptions chez le million de musulmans d'Israël. C'est loin de faire l'unanimité, surtout auprès des organismes de défense des femmes, mais la charia n'est qu'une des concessions faites par l'État juif aux groupes de pression religieux.

En fait, des tribunaux religieux de toutes les confessions - juive, chrétienne, musulmane, etc. - sont officiellement reconnus par l'État pour arbitrer toutes les questions de droit familial. Le mariage civil n'existe pas en Israël. Comme la majorité des Israéliens est laïque et non-pratiquante, ça commence à devenir un gros problème. Je vous en reparle demain.

Autre accommodement pour les Israéliens arabes: ils n'ont pas à faire leur service militaire, qui est pourtant obligatoire pour tous les autres citoyens, hommes et femmes. L'État juif ne peut tout simplement pas imposer à ses citoyens arabes de prendre les armes contre d'autres Arabes dans les territoires occupés et dans les pays voisins d'Israël.

La petite minorité de juifs ultraorthodoxes à chapeau noir, qui forme 7% de la population, n'a pas non plus à servir dans l'armée. Ces gens n'ont qu'un but: prier et vivre exactement comme il est écrit dans la Bible.

À l'école

L'accommodement le plus extrême se pratique sans doute dans les écoles. Le ministère de l'Éducation est tellement ouvert aux différences culturelles que les élèves arabes de troisième année apprennent l'histoire du point de vue des Palestiniens: leur manuel d'histoire décrit la création d'Israël comme la «catastrophe» pour les Arabes qui ont été chassés de leurs terres par les Juifs après l'Holocauste

L'État subventionne toutes les écoles, même celles des Juifs ultrareligieux qui ne donnent aucun cours d'anglais ou de sciences, ce qui contrevient au programme du ministère de l'Éducation.

La phobie de certains Québécois envers les symboles religieux ferait aussi sourire, dans ce pays qui a vu naître trois des plus grandes religions. Les symboles religieux sont partout, ici. Dans les rues, dans les magasins, dans les écoles et dans les ministères, le voile islamique côtoie la kippa, et le chapeau noir ultraorthodoxe fait bon ménage avec le crucifix.

«Si quelqu'un portait plainte parce qu'il se fait servir par une musulmane voilée, ça serait la rigolade générale. Les gens diraient : t'es tombé sur la tête!» raconte Julien Bauer, professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal, qui se trouve en congé sabbatique à Jérusalem.

Il faut dire que nos petites controverses sur le kirpan à l'école, les vitres givrées du YMCA ou le code de vie d'Hérouxville ne feraient jamais la manchette en Israël.

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