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Les
fêtes juives |
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Ani
Maamin
Il chantait dans le train
Reb Azriel David Fastag était
un simple commerçant qui gagnait péniblement sa vie grâce
à un petit magasin de vêtements à Varsovie. Mais il
était connu pour bien autre chose: sa voix exceptionnelle et les
Nigounim, les mélodies émouvantes, quil composait pour
les jours de fête.
Cétait lui qui conduisait la prière dans la synagogue
tandis que ses frères laccompagnaient en chur. Nombreux
étaient les fidèles qui étaient prêts à
marcher des kilomètres pour participer à sa prière
tant sa voix claire et émouvante affectait tous ceux qui lentendaient.
Même son Rabbi, Rabbi Chaoul Yedidya Elazar de Modzitz appréciait
tout particulièrement ses Nigounim et, chaque fois que Reb Azriel
David venait avec un nouveau Nigoun, cétait un jour de fête
pour le Rabbi.
De sombres nuages samoncelaient sur le judaïsme européen.
Malgré les terribles décrets, létoile jaune,
les ghettos, les humiliations et la faim, les Juifs ne pouvaient pas imaginer
le sort terrible qui les attendait.
Ce fut en pleine nuit, en 1942, qu'ils furent réveillés en
sursaut; les hommes furent séparés de leurs épouses,
les enfants de leurs parents. Les vieillards furent assassinés sur
le champ, sous les yeux horrifiés de leurs proches tandis que des
familles entières étaient poussées dans des wagons
à bestiaux vers des endroits maudits où leur existence ne
troublerait plus les Nazis: Auschwitz, Treblinka, Maidanek
Dans les trains bondés où macérait encore la saleté
des animaux, sans lumière et sans eau, les détenus tentaient
de respirer, de calmer les enfants, despérer encore malgré
les cris et les pleurs.
Mais dans un wagon, un vieux Juif, aux habits rapiécés, le
visage blanc comme la neige, demanda à son compagnon dinfortune
de lui rappeler la mélodie de "Maré Cohen" que chantait le
Rabbi de Modzitz à Yom Kippour.
"Maintenant? Tout ce qui vous manque, cest un Nigoun? " répondit
lautre avec un regard dur, persuadé que le Hassid avait
perdu la raison, ne se rendait pas compte de la situation.
Mais Reb Azriel David Fastag ne prêtait plus attention ni à
son voisin ni à personne dautre. Il se voyait debout, près
de son Rabbi à Yom Kippour et cétait lui qui conduisait
la prière pour le Rabbi et tous les Hassidim.
Soudain devant ses yeux, il aperçut le livre ouvert à la page
des "Treize Articles de la Foi" de Maïmonide; le douzième brillait
en lettres de feu:
"Ani
Maamine Béémouna Chléma Beviat Hamachiah; Veaf
Al Pi Cheyitmaméa, Im Kol Zé Ahaké Lo Bekhol
Yom Chéyavo". "Je crois dune foi parfaite dans la venue
du Machiah. Et même sil venait à tarder, malgré
cela, jattendrai chaque jour quil vienne".
Fermant les yeux, il médita ces mots et décida: "Cest
maintenant, quand tout semble perdu, que la foi du Juif est mise à
lépreuve, cest le moment de redire ces paroles! "
Imperceptiblement, il répéta ces mots, encore et encore, sur
une mélodie quil était en train dinventer. Oui
là, au milieu de la nuit et de la mort, parmi ses compagnons désespérés
en route vers Treblinka, le Hassid se transforma en une colonne de
chant, tirant de ses poumons ensanglantés une force surhumaine pour
chanter léternité du peuple juif.
Il ne remarqua pas que le silence sétait installé dans
le wagon, que des centaines doreilles lécoutaient avec
stupéfaction et que, petit à petit, dautres voix se
joignaient à la sienne, dabord doucement puis de plus en plus
fort.
Comme sil se réveillait dun rêve, Reb Azriel David
ouvrit les yeux: ils étaient rouges à force de retenir ses
pleurs. Dune voix étranglée, il sécria:
"Je donnerai la moitié de mon Olam Haba, de mon monde futur à
celui qui apportera mon Nigoun au Rabbi de Modzitz! "
Un surprenant silence se fit dans le wagon. Deux jeunes gens savancèrent,
promirent dapporter le Nigoun au Rabbi, au péril de leur vie.
Lun monta sur les épaules de lautre, découvrit
une petite ouverture, lécarta et glissa la tête au-dehors:
- Que vois-tu? lui demanda lautre.
- Je vois le ciel au-dessus de nous, les étoiles qui scintillent
et la lune semble me regarder affectueusement.
- Et quentends-tu?
- Jentends, répondit lhomme, jentends les anges
du ciel qui chantent avec nous Ani Maamine et qui apportent ce Nigoun à
travers les sept cieux jusquau Saint-Béni-soit-Il! "
Encouragés par leurs compagnons dinfortune, les deux sélancèrent
par ce trou et sautèrent du train en marche. Lun succomba immédiatement
à la chute. Lautre parvint à se relever et à
séchapper.
Après la guerre, il finit par arriver en Terre Sainte et confia au
fils du Rabbi à Tel-Aviv les notes quil avait retranscrites.
Celles-ci furent envoyées par courrier à Rabbi Chaoul Yedidya
Elazar qui, après avoir traversé toute lU.R.S.S. jusquà
Shangaï, était parvenu à New York.
Quand il reçut ces notes et quon chanta devant le Rabbi le
dernier Nigoun quavait composé Reb Azriel Zelig dans le train
de la mort, le Rabbi déclara: "Quand ils ont chanté ce Nigoun,
les piliers du monde ont tremblé. Maintenant D.ieu dit: "Chaque fois
que les Juifs chanteront Ani Maamine, Je me souviendra des six millions
de victimes et Jaurai pitié de Mon peuple".
On raconte que le premier Yom Kippour où le Rabbi de Modzitz chanta
Ani Maamine, des milliers de Juifs se trouvaient dans sa synagogue. Toute
lassemblée éclata en pleurs qui tombèrent comme
de leau dans locéan de larmes et de sang versés
par le peuple juif. Le Nigoun se répandit dans toutes les communautés.
"Cest avec ce Nigoun, dit Rabbi Chaoul Yedidya Elazar que les Juifs
ont marché vers les chambres à gaz. Cest avec ce Nigoun
quils danseront à la rencontre du Machiah! "
Publié par www.modzitz.org - Traduit à partir de "HaRakeves
HaMisnaggenes - The Singing Train", de P. Flexer in M.S. Geshuri's
Traduit par Feiga Lubecki Pour le Beth Loubavitch de Paris.
Le chant "Ani Maamin" désormais très connu peut être
entendu sur le site
http://www.modzitz.org/media/animaamin.ram,
ou sans les paroles.