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Les fêtes juives Un dossier Alliance Réalisé par Aharon |
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Kippour
dans un camp de travaux forcés
Rabbi Israël Spira, le Rabbi de Bluzhev était
Rav de Prochnik, en Pologne, jusqu'à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.
Il a livré quelques-uns uns de ses souvenirs au Jewish Observer de Juin
1978.
Cela se passe dans le camp de travail de Lemberg Yanowsky, quelques jours avant
Yom Kippour. Comme ailleurs, dans les autres ghettos et camps de travail, les
tortionnaires nazis avaient choisi des juifs pour surveiller les travailleurs
juifs et les pressuriser jusqu'à leur ultime souffle.
Le chef surveillant à Lemberg, était un juif nommé Schneeweiss,
dont la cruauté n'avait d'égal que la haine que lui rendaient
ses frères.. Comme ses semblables à la botte des nazis, son plaisir
avide de satisfaire ses maîtres pour en tirer quelques croûtons
de pain supplémentaires ou quelques jours de vie de plus, le menait à
être encore plus cruel qu'eux-mêmes. Les nazis quant à eux
se délectaient de ces juifs qui opprimaient d'autres juifs.
Yom Kippour arrivait. Certes on pouvait s'arranger avec le jeune. Il était
clair que jeûner représentait un risque fatal, les rations quotidiennes
suffisant à peine à nourrir les travailleurs. D'ailleurs les Rabbins
consultés sur le sujet étaient unanimes: "La Torah ordonne de
manger dans de telles conditions, et interdit de prendre le risque de mourir
de sous nutrition. Nous n'avons pas le droit de hâter la mort, même
si nous sommes trop petits pour comprendre le sens de notre vie dans de telles
conditions".
Malgré ceci il y avait quelques entêtés pour qui un jeune
de Kippour, une paire de Tefiline, un morceau de Matsah ou une sonnerie de Choffar,
quelques gouttes d'huile pour allumer une lampe de Hannoucah, un Minyan … valaient
suffisamment pour risquer de prendre une balle, ou simplement une bastonnade.
Ils 'étaient regroupés autour de leur chef spirituel dans le camp
Yanowski de Lemberg.
"Rav Spira, Yom Kippour arrive. Qu'allons nous faire, Comment est ce possible
de le profaner et de travailler ce saint jour comme un autre jour?"
Le Rabbi était toujours ému de voir le courage de ses juifs. Il
leur promit de faire quelque chose.
Il partit à la rencontre de Schneeweiss.
"Monsieur le Surveillant Chef, vous savez certainement que Kippour approche.
Je suis Rabbin, et il m'importe de respecter ce saint jour. Un groupe de mes
disciples est avec moi. Nous ne vous demandons pas de nous exempter de travail,
mais de nous donner un travail qui ne soit pas une transgression des interdictions
de travailler de ce jour. Nous sommes prêts à faire plus de travail
les jours suivants pour que les quotas soient respectés."
A vrai dire, parler ainsi à Schneeweiss était déjà
un acte de courage, car il était bien peu ami des juifs pratiquants,
et avait de plus un pouvoir de vie ou de mort sur ses travailleurs. Il aurait
pu utiliser cette demande comme un acte de rébellion, et se faire valoir
un peu plus aux yeux de ses maîtres, en dénonçant "la paresse
des rabbins qui cherchent tous les moyens de saper la victoire de la race supérieure
avec des prétextes fallacieux".
Schneeweiss laissa entendre qu'il réfléchirait. Le lendemain,
il fit savoir au Rabbi qu'il était disposé à laisser un
nombre restreint de travailleurs nettoyer les appartements des officiers du
camp. Mais en aucun cas il ne les défendrait si les allemands s'apercevaient
de quoi que ce soit. Dans tous les cas, il ne devait pas rester un grain de
poussière à la fin de la journée, sous peine de…
C'est donc un office de Kippour inhabituel que dirigea le Rabbi de Bluzhev cette
année là, avec quatorze disciples. Il était debout sur
un rebord de fenêtre, nettoyant les vitres, tandis que les élèves
balayaient, époussetaient, mettaient de l'ordre. Ceci en récitant
les prières du jour comme s'il était le chantre devant toute la
communauté.
A midi, le chariot du repas fut apporté. Nul n'y prêta attention,
tant ils étaient occupés à prier - ou à balayer.
Lorsque les Allemands vinrent contrôler le travail de leurs hommes de
ménage de ce jour, tout fut excellent. Jusqu'au moment où ils
tombèrent sur le chariot.
"Juifs, bouffez ça tout de suite!"
Rabbi Spira se dirigea vers les officiers et leur expliqua qu'aujourd'hui c'est
le saint Jour de Kippour, qu'ils ont travaillé loyalement malgré
ceci, que le travail a été très bien fait, et qu'ils demandent
à être dispensés de manger puisque leur loi le leur interdit,
et que ceci ne les empêchera pas de poursuivre leur travail dans les meilleures
conditions.
Les officiers étaient furieux. Ils firent venir Schneeweiss. Le surveillant
Chef s'approcha en tremblant. "Ces chiens de juifs refusent de manger. Occupe-toi
d'eux. On revient dans deux heures, et s'ils n'ont pas mangé, on te descend."
Schneeweiss se redressa, ouvrit sa chemise et leur répondit: "Je n'ai
pas l'intention de les forcer à manger. Moi-même je jeune aujourd'hui.
Si vous voulez me tuer, tuez-moi tout de suite."
Un allemand sortit son arme, mais Schneeweiss resta ferme. Un coup partit, et
Schneeweiss s'écroula par terre.
Ainsi le maudit Schneeweiss était devenu Schneeweiss le martyr, le saint.
Les allemands se tournèrent alors vers les prisonniers juifs, qui étaient
prêts à subir le même sort. "continuez à travailler.
La nourriture sera jetée, et vous ne recevrez rien jusqu'à demain
matin. Au boulot!"
Qui peut sonder le fond d'un cœur juif? Qui sait quelles
élévations l'âme juive peut atteindre?
Une version complète des récits du Rav Israël
Spira se trouve dans "Une chemin dans les cendres", publié
aux Editions Raphaël. La relation est de la plume de Rabbi Nosson Scherman.
Aharon